‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 52 sur 76 · ASSASSINAT DE LA VEUVE IDATE · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DE LA VEUVE IDATE

avait souffert et la fureur qui avait guidé les mains des auteurs de ce crime.

La victime fut laissée toute la nuit à la place où elle avait reçu la mort, et le 30 au matin, le commissaire de police, Wolf, ayant fait prévenir la préfecture de cet événement, MM. Garlier, Allard et moi, accompagnés d'agents, nous rendîmes sur les lieux. La veuve Idate était, comme la veille, étendue sur le dos au milieu de la salle à manger et cachée par ses vêtements que les assassins avaient eu soin de relever, probablement pour se garantir du jaillissement du sang. Les rideaux des fenêtres et du lit de Mmc Dupuytren étaient maculés de sang.

Plusieurs meubles ouverts et fracturés, la disparition du linge, des cachemires, des dentelles et de deux coffrets en acajou contenant : l'un l'argenterie et l'autre les bijoux de Mme Dupuytren, prouvaient clairement que la cupidité était le seul mobile qui avait guidé les assassins.

Pendant que le juge d'instruction constatait l'état des lieux, MM. Garlier et Allard émettaient chacun une opinion différente sur les circonstances qui avaient précédé et accompagné l'assassinat. Le premier prétendait qu'un seul individu avait commis le crime ; le second soutenait le contraire, en se basant sur la nature des blessures, et s'appuyant de son ex périence, il concluait qu'il avait été impossible qu'une seule personne eût pu commettre un pareil forfait. M. Carlier m'interpella en me demandant mon avis: l'idée me vint que peut-être je pourrais

me former une opinion, si j'examinais avec soin les taches de sang dont je viens de parler. Avant de vous répondre, dis-je, je vous demanderai deux minutes de réflexion; et je passai aussitôt dans la chambre où le vol avait été commis; je ne tardai pas à remarquer que toutes les taches de sang se ressemblaient par leur dimension et par leur forme, et. que c'était la même main qui les avait produites. D'un autre côté j'avais aussi remarqué que les pesées, faites aux meubles pour les fracturer, ne ressemblaient pas à celles que font les voleurs de profession à l'aida d'un ciseau à froid ou d'un bec d'âne, et que, d'aprèsles traces laissées par l'instrument, le bois où la pesée avait eu lieu se trouvait plus écarté d'un côté que de l'autre, et que les effractions semblaient avoir été pratiquées par un fort couteau de boucher, charcutier ou cuisinier. J'appelai ces messieurs auxquels je fis part de mes observations; M. Garlier me dit : Que concluez- vous de tout ceci? Je conclus, répondisse, qu'il ne doit y avoir qu'un coupable et ce coupable n'est pas un voleur de profession. C'est un point essentiel, reprit M. Garlier, de savoir à peu près à quoi s'en tenir sur cette affaire.

Le concierge, interrogé pour savoir si personne d'étranger n'était venu chez la baronne pendant son absence, répondit qu'il n'avait vu qu'un ancien cuisinier de Mmc Dnpuytren, nommé Gilard, qui, vers les cinq heures du soir, était venu causer avec lui dans sa loge pendant plus d'une heure. Gilard fut arrêté, il nia sa participation au crime, mais on ap-

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