‹ Mémoires de Canler, ancien chef du Service de sûretéChapitre 60 sur 76 · FIESCHI, PEPIN, MOREY ET NINA LASSAVE · texte numérisé non relu

FIESCHI, PEPIN, MOREY ET NINA LASSAVE

veille, 27, à onze heures du soir, surveillait le boulevard avec huit agents de police et interrogeait du regard toutes les fenêtres.

La police avait été informée qu'on avait construit une machine infernale destinée à tuer le roi, que cette machine devait être placée dans une des maisons du boulevard Saint-Martin près le théâtre de l'Ambigu, et qu'elle devait faire explosion lorsque le roi passerait et envelopper un grand nombre de personnes dans le désastre qu'elle occasionnerait.

Pour empêcher cet attentat, on avait établi sur ce boulevard une surveillance qui n'eut aucun résultat, puisque, comme tout le monde le sait, la machine, placée dans une maison du boulevard du Temple, éclata en faisant un grand nombre de victimes, sans atteindre Louis-Philippe qui restait debout au milieu des morts et des blessés.

Pendant le premier moment de trouble, l'auteur du forfait avait utilisé les instants en cherchant à prendre la fuite par le derrière de la maison, où il fut arrêté. Il refusa de faire connaître son nom, mais le 2 août on apprit à la préfecture qu'il s'appelait Fieschi.

Aussitôt on fit des recherches dans les sommiers judiciaires, dans les bureaux de la deuxième division, et là on trouva qu'il existait depuis quelque temps un mandat d'amener décerné par un juge d'instruction contre Fieschi, inculpé d'escroquerie au préjudice du Trésor, et que ce mandat m'avait été remis pour le faire mettre à exécution.

J'étais parti la veille à dix heures du soir, fort tranquillement, de mon bureau, car j'ignorais complètement cette particularité; mais le lendemain à

six heures du matin arrivait chez moi un de mes agents :

— Il parait, me dit-il, que l'individu qui a fait le coup du boulevard du Temple est un nommé Fieschi, contre lequel vous avez depuis longtemps un mandat d'amener; M. le préfet et M. le procureur général vtulent savoir pourquoi vous n'avez pas fait arrêter cet homme.

Je compris parfaitement l'importance de cette question et je calculai à l'instant la responsabilité énorme qui aurait pesé sur moi, si par ma négligence j'avais été la cause indirecte et bien involontaire de ce crime.

A vrai dire, le délit, objet du mandat, n'avait pu fixer plus spécialement mon attention que les cent ou cent cinquante autres mandats ou jugements que je recevais chaque mois de la justice, et qui, en attendant leur exécution, étaient serrés dans un tiroir fermé à clef. Heureusement je m'étais occupé d'une manière sérieuse de la recherche du coupable: six rapports annexés au mandai constataient les démarches faites, l"à (aoulebarbe, demeure de Fieschi; 2° près de La femme Laurence Petit, sa concubine, qu'il avait abandonnée ; 3* près de M. C***, ingénieur, protecteur de l'inculpé.

Le mandat et les rapports furent remis immédiatement au préfet de police, qui en prit connaissance

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