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F1ESCHI, PEPIN, MORE? ET NINA LASSAVE

et acquit ainsi la certitude que je n'avais rien négligé.

Peu de jours après, on apprit que les canons de fusil qui avaient servi à confectionner la machine infernale avaient été d'abord placés dans une malle et transportés par le commissionnaire Dubronet dans la chambre de la nouvelle maîtresse de Fieschi, la fille Nina Lassave, dont on ne pouvait parvenir à découvrir la demeure. Le commissionnaire était un garçon picard, chez lequel la force avait remplacé l'inteUigence, et qu'on pouvait justement comparer à ces bêtes de somme qui transportent un fardeau sans savoir ni pour qui, ni dans quel endroit. Interrogé sur la course qu'il avait faite, il répondit qu'il avait porté une malle dont il ignorait le contenu, dans une chambre à l'étage supérieur d'une maison du quartier de l'Hôtel de ville, mais il ne put ni indiquer la rue, ni désigner la personne chez laquelle il était allé. On confia cet homme aux soins des agents Bouveret et Schacherer qui, placés sous la direction de M. Milliet, commissaire de police, furent chargés de retrouver la maison où la malle avait été déposée.

A cette époque, le quartier de l'Hôtel de ville était couvert de petites rues qui n'existent plus aujourd'hui, et qui alors se ressemblaient toutes, car toutes étaient étroites et sales, véritable labyrinthe où l'honnête et intelligent commissionnaire se perdait, et dont ce dédale inextricable de ruelles achevait de dérouter la faible imagination et les souvenirs confus.

Depuis deux jours, les recherches se faisaient sans

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succès, les inspecteurs et leur indicateur avaient parcouru vingt fois toutes les nies qui avoisinenf l'Hôtel de ville, et devant chaque maison les premiers avaient dit à celui-ci: Est-ce là? et chaque fois l'enfant de la Picardie avait répondu : Non, je ne crois pas, ce ne doit pas être là. L< ^ agents, fatigués et perdant tout espoir de réussite, vinrent rendre i compte de leurs démarches infructueuses. J'étais dans le cabinet du chef du service lorsqu'on lui lit ce rapport verbal. — Vous devriez, lui dis-je, me donner cela, vous savez que j'ai la main assez heureuse, et peut-être, si je m'en mêlais parviendrais-je à trouver.

— Je le souhaite, me répondit-il, allez et faites pour le mieux.

Nous partîmes de la préfecture, les inspecteurs. Dubronet et moi, et nous nous dirigeâmes vers l'Hôtel de ville. En arrivant au coin de la rue du Long-Pont, je demandai aux inspecteurs s'ils avaient parcouru cette rue. — Certainement, répondit l'un d'eux, et plusieurs fois encore! — Kl aous passâmes outre. \«>ii- allâmes dans tout le quartier, nous arrêtant devant chaque maison et obtenant toujours la même réponse de aotre commissionnaire. Mes inspecteurs commençaient peut-être à se réjouir intérieurement de l'insuccès de mes recherches, lorsque je résolus de continuer mes Investigations sans la présence du commissionnaire; mai-, avant de le faire conduire au poste le plus voisin, je lui adressai une dernier question :

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— Dans la rue où vous avez porté la malle, voyait-* m une église ?

— Non, monsieur, je ne me rappelle pas ! me répondit-il.

(À ce moment nous nous trouvions sor le quai, eu face la rue du Long-Pont, à l'extrémité opposée de laquelle se dessinait le portail de l'église Saint- Gervais).

N'obtenant de Dubronet que des réponses négatives, je chargeai mes agents de le consigner au poste du marché Saint-Jean, et leur recommandai de venir promptement me rejoindre.

Pour s'éloigner, ils prirent par la rue du Long- Pont, et à peine avaient-ils fait une centaine de pas, que l'inspecteur Bouveret accourut m'avertir que le commissionnaire venait de reconnaître la maison numéro 11 pour être celle où il avait porté la malle. Les quelques mots que je lui avais dit au sujet de l'église avaient suffi pour préciser et déterminer souvenirs.

Je m'empressai de me rendre à la maison désignée, où je trouvai Dubronet et Schacherer qui m'attendaient dans la cour. Le concierge nous dit que depuis quelques jours demeurait au quatrième une jeune fille répondant parfaitement au signalement que je donnais, et que, du reste, il reconnaissait notre commissionnaire pour avoir apporté une malle chez sa locataire. Je montai à l'étage indiqué, je frappai, l'on ne me répondit pas; j'appelai, et le même silence continua ; regardant alors par le trou

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de la serrure, je vis une robe étalée sur le lit qui se trouvait eu face de la porte. Je pensai tout aussitôt que .Nina Lassave s'était suicidée, el j'allais descendre pour envoyer requérir l'assistance d'un commissaire de police afin <le faire ouvrir la porte, lorsque je vis une jeune fille sortir «l'un cabine! situé entre le troisième et le quatrième étage. A sa figure, je la reconnus facilement pour être la personne à laquelle j'avais affaire ; aussi, m'avançanl vers elle : N'êtesvous pas, lui dis-je, mademoiselle Nina Lassave? — Oui, monsieur, répondit-elle; je vois ce que c'est, vous venez pour m'arrêter. Il est fâcheux pour moi que vous soyez venu aujourd'hui, car j'avais l'intention d'en finir ce soir et de me périr, soit avec du poison, soit en me jetant à l'eau. J'entrai dans sa chambre; la malle en question était auprès du lit. J'avais enfin atteint le but de mes recherches! Je laissai Nina Lassave sous la garde de mes deux agents et j'allai tout de suite prévenir M. Joly, chef de la police municipale, de la capture que je venais de faire. Après m'avoir complimenté sur L'importance de la prise que j'avais opérée, il ajouta : « Cette arrestation, voyez-vous, va donnera la justice la clef de toute cette affaire el jeter un jour (<>ui nouveau dans ses Investigations. />

En effet, ce ne lui qu'après la confrontation de Nina Lassave avec Piescbi que celui-ci se décida à parler el que Pépin el More} furent arrêtés.

Je quittai H. Joly et retournai rejoindre mes deux agent-. En attendant le commissaire de police que

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j'avais envoyé requérir pour procéder à une perquisition dans la chambre et dresser procès «verbal, je causai avec Nina Lassave et lui demandai, entre autres choses, si elle était bien attachée à Fieschi.

— Moi? fit-elle, je n'ai jamais pu le sentir ! Je dirai plus, je n'ai jamais éprouvé que de la répugnance pour lui.

— Cependant vous étiez sa maîtresse ?

— Ah ! cela, c'est toute une histoire et qui déjà remonte à longtemps. Fieschi était l'amant de ma mère, et pour cette cause je le détestais franchement ; mais nous vivions tous ensemble, et il fallait bien en passer par là ou quitter ma mère, et je ne le voulais pas. Souvent Fieschi m'avait entretenue de son amour, et, profitant des sorties de ma mère, il m'avait pressée de me livrer à lui, mais j'avais toujours repoussé ses propositions et j'espérais l'avoir dégoûté par mes refus continuels, lorsqu'un jour, à la suite d'une querelle qu'ils avaient eue ensemble, ma mère s'absenta pour vingt-quatre heures. Je me trouvai seule avec lui. Pour m'inspirer plus de confiance, il ne me parla pas de sa passion de toute la journée. Le soir, sur les neuf heures, j'allai me coucher comme d'habitude : ma chambre était au rez-dechaussée, la fenêtre donnait sur la cour. Je fermai ma porte à double tour et je me mis au lit. Vers minuit, je fus réveillée en sursaut : quelqu'un frappait à ma croisée. — Qui est là? criai-je sans me lever. — C'est moi, ma petite Nina, répondit Fieschi, ouvre-moi vite, je t'en prie, ouvre-moi! Sur mon

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refus et La menace d'appeler du secours, il se retira silencieusement, Je crus en être <|uitte pour la peur,

mais grande était n erreur, car, vers une heure

du matin, je fus de noumeau réveillée par le bruil que produisaient en tomJbant par terre les débris d'un des carreaux de La Pénétre, puis je vis un bras passer par cette ouverture, ouvrir L'espagnolette, ei enfin Fieschi sauter dans ma chambre. Tout cela s'était l'ait si rapidement que je n'avais pas eu le temps de me lever, et, muette de siisissement. je me trouvai à sa discrétion. J'eus beau chercher à me défendre, il fallut céder, et, à partir de cette nuit. maigri' mes pleurs et mes supplications, je dus être sa maîtresse ! Il m'aime éperdument et peut-être aurait-il su me rendre heureuse si j'avais répondu à son amour; mais, comme je vous l'ai dit, je n'ai jamais eu que de la répugnance et de la haine pour lui : le corps a cédé, mais le cœur s'est toujours révolté.

M orey et Pépin furent arrêtés, et, quelques jours après, <•(• dernier lut extrait de sa prison bot du ordre du juge d'instruction ei confié aux mains de M. Bfilliet, commissaire de police, ef de deux agents pour être chez Lui afin de le faii e assistera ta \ idange de la fosse d'aisances, dan- Laquelle on pensail qu'il avait pu jeter des armes ou des papiers compromettants. L'opération commença vers la fin de la Boirée, r\ certes elle n'était pas des plus agréables. Le commissaire se lenail près deB vidangeurs ei examinait nvec la plus scrupuleuse attention les matières qu'os retirait Pépin était an peu plus 1 < ► i n , placé entre Les

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(feux agents. L'ouverture de la fosse se trouvait dans la cave, sous la boutique. Ter- une heure du matin, Pépin remarqua que M. Mïliïet, uniquement occupé de ses recherches, ne s'inquiétait aucunement de lui : il vit, en outre, que ses deux gardiens, cédant a la fatigue et aux émanations fétides qui se dégageaient, avaient succombé au sommeil. Alors réunissant toui son courage, il franchit en trois enjambées les seize marches qui le séparaient de sa boutique. Quand le commissaire et ses agents s'aperçurent de la fuite de leur prisonnier, ce dernier était déjà en lieu de sûreté, car il se cacha, et se cacha si bien, que toutes les recherches de la police furent infructueus

Cependant Pépin, comme tant d'autres, trouva un Judas pour le trahir, et le 14 septembre, le chef de la police de sûreté fut chargé par le préfet d'accompagner un délateur, un ami de Pépin, qui connaissait sa retraite et lui avait promis de lui porter un passeport pour fuir à l'étranger. J'étais de l'expédition avec une dizaine d'agents.

Le chef de la police de sûreté, le brigadier Fraudin et le délateur montèrent en voiture et partirent tous trois en éclaireurs : les autres agents et moi, nous nous rendîmes au pont d'Austerlitz. en face la rue Lacuée, où des coucous loués à l'avance nous attendaient et nous transportèrent à Tournan, lieu fixé pour le rendez-vous. Nous y arrivâmes vers quatre heures de l'après-midi. Pendant ce temps, nos éclai reurs avaient été jusqu'au village de Saint-Germainles-Couilly ; ils s'étaient aventuré- un peu sur la route

de la ferme de Belleyme, où Pépin Be tenail caché; puis N***, Le délateur, avait déclaré que le moment n'était pas propice el qu'il faudrait revenir dans quelques jours; tous trois nous avaient rejoints. Pour Be donner une tournure et ne pas éveiller les soupçons, la plupart des agents avaient trouvé moyen de se munir de carniers et de fusils de chasse : mais cette tenue prédisposai! encore aux conjectures, car les habitants de la petite ville ne savaient que penser de tous ces chasseurs ne chassant rien en apparence, puisqu'en réalité ils n'étaient venus que pour une chas-»- a L'homme. En conséquence, je proposai de renvoyer à Rosoy une partie des agents pour y coucher.

La chose étant convenue, j'appelai un de nos brigadiers, que je savais être sinon poltron, du moins peu courageux, el je lui dis :

— Il a été convenu que Ton passerait la nuit en surveillance dans Les champs a ces mots je vis un L( frisson courir par tous ses membres). Mais, continuaij<*, comme on m- pourrait qu'éveiller des soupçons en restant (mu- ici, Bix suffiront pour la surveillance, <•! vous all.v. avec les autres agents, retourner à H 1 1-< » \-, vous y coucherez •■! vous nous y attendrez.

Notre poltron, enchanté de ne pas passer La nuit a la belle étoile, reprit à huit heures 'lu soir la route de Rosoy et m ses deux Lieues, mm seulement sans murmurer, mai- encore - itisfail de cette faveur. !><■ Lendemain, mai- Les primes en passant <•! mai- rentrâmes à Pari-.

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Mais on ne devait pas en rester là, et, à bien prendre, ce qui avait été différé n'était pas perdu, car le 18 du même mois, nous reçûmes l'ordre de nous rendre à Meaux et de n'y arriver qu'à dix heures du soir. A cet effet, nous allâmes louer à la porte Saint- Denis deux coucous qui allèrent nous attendre rue de Paradis-Poissonnière et nous nous mimes en route. Le dénonciateur, cette fois, n'était pas avec nous. L'affaire était d'une haute importance pour la police. La première expédition ayant manqué, le préfet s'était réservé la conduite de celle-ci et avait gardé le délateur près de lui dans sa calèche. Un peu avant d'arriver à Glaye, ils nous rattrapèrent et nous devancèrent sur la route ; quant à nous, nous allions bien plus modestement que le fringant attelage du préfet, et, arrivées à Claye, les malheureuses haridelles, exténuées des efforts qu'elles avaient dû faire pour nous amener jusque-là, tombèrent, hors d'état de nous conduire plus loin, et nous dûmes prendre des chevaux de poste pour finir notre route. A dix heures du soir, nous faisions notre entrée dans l'ancienne capitale de la Brie, puis, descendant à l'hôtel de la Herse d'or, où le préfet était déjà, nous y soupions, et à minuit nous nous remettions en marche pour la ferme de Belleyme, située à environ dix kilomètres de Meaux. Les gendarmes de cette ville, qui avaient été requis par le préfet de police, nous accompagnaient.

Pépin avait été placé dans cette ferme par le meunier Collet, de Lagny, sous le prétexte que sa santé

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faible el chancelante demandai! au grand air el à la tranquillité «I»' La campagne une convalescence paisible et efficace : plusieurs fois il avail reçu dans cette retraite la visite de X*'*. son dénonciateur.

Dans sa dernière visite, V" avail promis à Pépin de Lui apporter un passeport afin <|u*il pût passer i L'étranger. Au Lieu d'un passeport, il lui apportait li mort.

A une heure «lu matin, aous traversions Coupray village à six kilomètres de Meaux, et Là dous prenions un guide, Le sieur Vavasseur, pour nous conduire au refuge de Pépin; mais bientôt nous nous arrêtions au pied de la côte où est situé l<i village de Saint-Germain-les-Gouilly, pour y Laisser nos voitures • •i continuer notre chemin à pied sous La conduite de noire guide.

Pendant La courte halte que nous avions faite, le préfH s'était entretenu quelques instants en particulier avec l«' chef de la police de BÛreté, qui vint ensuite me communiquer ce dont il avait été question entre eux.

— Croiriez-vous, me dit-il que M. le préfet veut absolument que j'aille à La ferme de Belleyme voir Pépin, en me présentant comme envoyé par V". pour lui annoncer que le passeport qu'il attend n'est pas prêt, mais que ce ne sera qu'un retard de quelques jours ? Je vais peut-être me trouver la dans un coupe-gorge, car vous pensez bien <ju*il n'est pas ieul, et que s'il ne me reconnaît pas, Bee complices le fei "ni pour lui.

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