‹ Mémoires de Caussidiere expréfet de police et représentant du peopleChapitre 11 sur 209 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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vrier ; et que j’espérais bien, à l’aide de mes amis, empêcher le peuple de se donner les premiers torts.

Je dois dire que je l’engageai avec instances à se rallier sincèrement à la minorité démocratique du gouvernement provisoire, afin d’établir un équilibre si nécessaire au succès de la révolution.

Il me répondit qu’il y réfléchirait.

Nous nous trouvions fréquemment d’accord, M. Lamartine et moi, sur les questions d’ordre et d’intérêt général, quoique nos principes ne fussent pas les mêmes; car il semblait redouter l’affranchissement des travailleurs, tandis que je voulais , dans toute l’extension praticable , l’abolition du prolétariat.

Il est peu d’hommes pratiques qui aient fait une étude sérieuse des questions sociales agitées aujourd’hui dans la classe ouvrière. Les problèmes les plus neufs sont souvent discutés à fond par des ouvriers, avec une force logique qui, sans aucun doute, ferait défaut à la plupart de nos hommes d’Etat.

Je ne crains pas de dire que c’est un jugement trop superficiel qui condamne ou ajourne imprudemment tant de mesures impérieuses.

Je prévins aussi le ministre de l’intérieur 2 2 .

des murmures du peuple contre les hommes de réaction, et de l’excentricité du club Blanqui, en lui témoignant que je voyais là un grand danger pour l’ordre.

J’avais reçu, le matin, la visite d’un ami de Blanqui, le nommé Flotte, dont le plus grand défaut est d’avoir le caractère aigri par les souffrances de plusieurs années de détention. Il me dit que Blanqui était d’accord avec M. Lamartine; qu’il l’avait vu plusieurs fois, et que si Ledru-Rollin voulait , Blanqui irait le visiter !...

— Pourquoi voulez-vous que j’aie une entrevue avec Blanqui ? me dit Ledru-Rollin.

— Parce que ses intentions sont peut-être moins mauvaises qu’on ne les suppose : quitte à le traiter en ennemi, s’il n’explique pas sa conduite.

— C’est un homme qui a une poche à fiel à la place du cœur, me répondit Ledru-Rollin, et si je le recevais, il irait partout se vanter de m’avoir imposé ses volontés. N’en parlons plus.

Je n’insistai point, d’autant plus que je partageais l’opinion de M. Ledru, devant laquelle j’eusse fait d’ailleurs fléchir la mienne; en outre, j’étais déjà au courant de certaines in-

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tentions qui ne pouvaient me disposer à pactiser avec la poche à fiel.

Je proposai aussi au ministre, ce jour-là, de porter la garde républicaine, alors en création, au chiffre de six mille hommes, dont cinq mille à pied et mille à cheval, tous bien et dûment répuhlicanisés, capables de faire de la propagande par la conciliation , et de repousser toute tentative de désordre quelconque. Il me répondit que le gouvernement acceptait déjà avec peine ce nouveau corps dont on lui désignait l’esprit comme trop révolutionnaire ; qu’il fallait s’arrêter là, pour le moment.

Je me contentai donc d’augmenter mon personnel d’agents secrets, et je me tins en garde.

Malgré les protestations mielleuses qu’on me faisait fréquemment, je me défiais, non d’une attaque de vive force, je l’eusse souhaitée, mais des machinations qui nous précipitèrent bientôt dans la seconde période révolutionnaire.

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