DEUXIÈME PARTIE
Depuis quarante ans, toutes les fêtes monarchiques avaient été organisées selon le même programme : des revues, des théâtres en plein air, des mâts de cocagne, des feux d’artifice ; la joie par ordre. Il appartenait à la république de sortir de cette voie rebattue.
C’était, certes, une idée nouvelle que d’essayer une fête entièrement populaire, où le peuple fût en même temps acteur et spectateur.
La république de février n’avait-elle pas écrit en tête de son manifeste : Droit au travail , honneur aux travailleurs !
La fête du 21 mai devait être la consécration de cette promesse.
En effet, tous les divers corps d’état, sous la direction du citoyen Charles Blanc, prêtèrent avec empressement leur concours gratuit. Chacun d’eux créa un chef-d’œuvre de son art, et l'entoura d’emblèmes allégoriques, d’une rare élégance.
Dans cette grande solennité, tous les hommes utiles, tous les producteurs, jadis dédaignés par le pouvoir et par l’aristocratie bourgeoise, allaient faire eux-mêmes les honneurs de leur fête à la représentation nationale et aux délégués des départements.