‹ Mémoires de Caussidiere expréfet de police et représentant du peopleChapitre 15 sur 209 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

A cette époque, les corporations ouvrières étaient complètement absorbées par l’étude de l’organisation du travail, et ne songeaient nullement à entrer en lutte avec le pouvoir.

Les ouvriers attendaient l’amélioration matérielle de leur sort, qu’on leur avait solennellement promise quand on avait peur d’eux.

C’est tellement vrai, que beaucoup de patriotes accusaient Louis Blanc de paralyser l’instinct révolutionnaire du peuple, en l’entretenant d'intérêts matériels seulement. Us accusaient aussi les collègues de Louis Blanc d’avoir inventé le Luxembourg pour détourner l'attention des ouvriers, et les empêcher de contrôler leurs actes : « On a donné au peuple un os à ronger, ajoutaient-ils, jusqu’à ce qu’on soit en mesure de le lui retirer. »

Quoi qu’il en fût, tous ces bruits effrayants et perfides avaient produit leur effet. Le ministre de l’intérieur, qui, mieux que tout autre, devait connaître et juger le peuple, se laissa aller à la panique générale, et donna ordre de battre le rappel dans tous les quartiers. Au bout d’une heure, la capitale entière était en mouvement : les bataillons se bâtaient d'arriver de tous côtés sur la place de l'hôtel de ville, pour former un rempart contre les 2 3

prétendus ennemis de la république. Les faubourgs et la banlieue accoururent également au secours de la république en danger.

Un esprit de vertige semblait planer sur Paris.

Cependant la colonne, qui s’avançait en bon ordre le long du quai, se trouva bientôt en présence de la garde nationale et de la garde mobile, qui, considérant les ouvriers comme ennemis, leur barra le passage. Les abords de la place et du palais étaient inaccessibles, et les travailleurs inoffensifs ne purent pénétrer jusqu’au gouvernement provisoire. Blessés de cet accueil, ils murmuraient déjà, lorsque le bruit circula parmi eux que Louis Blanc venait d’être assassiné. Ce fut seulement alors qu’éclatèrent des menaces et des imprécations.

Les généraux Courtais et Duvivier firent ouvrir un passage qui permit enfin à la colonne, venue du Champ de Mars, de défiler devant les membres du gouvernement.

Ce défilé s’effectua toutefois à grande peine. On avait laissé devant l’hôtel de ville une ligne de gardes nationaux, fort épaisse. La haie se resserrait à chaque instant, au point d’arrêter et d’empêcher la manifestation populaire qui dura plusieurs heures.

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