‹ Mémoires de Caussidiere expréfet de police et représentant du peopleChapitre 168 sur 209 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Pendant que ces mouvements avaient lieu au dehors, l’Assemblée nationale était en proie à l’émotion la plus profonde, émanant de la même cause.

Le citoyen Lamartine, après une chaleureuse improvisation, proposa un projet de décret maintenant l’exécution de la loi de 1832 à l’égard de Louis Bonaparte.

A la lecture de ce décret, l’Assemblée entière se leva comme un seul homme, en agitant les mains, et criant « Vive la république ! »

Cet incident rallia pour un instant toutes les opinions.

Dans la séance du lendemain, l’admission de Louis Bonaparte fut réclamée de nouveau, et appuyée notamment par les citoyens Louis Blanc et JulesFavre, avec des motifs différents.

Divers orateurs prirent la parole pour et contre, entre autres, le citoyen Ledru-Rollin ; il fit ressortir logiquement les conséquences graves pouvant résulter de l’admission d’un prétendant, et les dangers d’une guerre civile.

Pierre Bonaparte protesta énergiquement de son amour sincère pour la république :

— Démocrate de père en fils, dit-il, je ne servirai jamais sous une forme étrangère à une république démocratique.

CI1APITRE XIX.

Une véritable sincérité et l’accent du cœur parurent animer cette improvisation, qu’il est bon d’enregistrer.

Jérôme Bonaparte, en bon parent, s’attacha à défendre son cousin, dont l’admission à l’Assemblée nationale fut enfin prononcée , après de longs débats.

Aujourd’hui, la candidature de Louis Bonaparte à la présidence est sérieusement agitée.

Dieu veuille que ces discussions de personnes, où les intérêts du pays ne sont pour rien, ne nous amènent point une guerre civile ! Si par malheur il en était ainsi, il serait du devoir des démocrates de s’abstenir de ces luttes d’individualités ; car ils auraient alors à s’emparer du pouvoir d’une main ferme, pour en finir avec les prétentions ambitieuses, qui cherchent sans cesse à tromper le peuple trop crédule.

Afin d’écarter ces moyens d’agitation suscités par les royalistes bonapartistes ou les royalistes henriquinquistes, je répéterai qu’il faut s’abstenir de président, sous peine de voir le pays retomber tôt ou tard dans les errements d’une royauté déguisée.

L’admission de M. Bonaparte ouvrait de nouvelles espérances aux réactionnaires, qui

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