DEUXIÈME PARTIE
s’attachaient avec acharnement à déconsidérer la commission exécutive, et l’accusaient de mollesse dans ses actes; ils lui faisaient surtout un crime de l’existence des ateliers nationaux, qu’on présentait comme une émanation du Luxembourg, et dont on déversait le blâme sur Louis Blanc, quoiqu’il y fut resté absolument étranger.
Le personnel de la direction des ateliers nationaux avait été très-dispendieux, et l’on évaluait les dépenses à quinze millions.
La réaction feignait d’y voir une armée toujours prête à peser sur les décisions de l’Assemblée nationale.
Les journaux annoncèrent, un jour, que le directeur, M. Émile Thomas, avait été enlevé par ordre du gouvernement, et conduit à Bordeaux pour être embarqué sur un navire d'État; on répandit le bruit que des malversations avaient nécessité cet enlèvement, et que la commission exécutive avait agi ainsi pour éviter le scandale.
D’autres organes de la presse prétendaient, au contraire, que M. Thomas ayant soutenu le maintien des ateliers nationaux, il avait été enlevé, dans la crainte d’une collision.
Le citoyen Taschereau déclara, d’ailleurs, à
ClUPITRE XIX.
la tribune, qu’il y avait un rapport ministériel de tout point favorable à la gestion du directeur des ateliers nationaux.
On avait donc pris une mesure dictatoriale et intempestive à l’égard d’un fonctionnaire public.
M. Trélat, ministre des travaux publics, fut interpellé; son explication, assez diffuse, consista à prétendre que le citoyen Émile Thomas avait accepté librement la mission d’organiser les travaux dans les Landes, mission qui lui avait été donnée dans son propre intérêt ; du reste, M. Trélat était peiné d’avoir à dire que ses ordres avaient toujours rencontré du mauvais vouloir; il terminait ainsi :
« Le citoyen Thomas ne voulait pas prendre la responsabilité des mesures qu’on lui proposait; il menaçait même de publier son opposition. »
Si l’on met en regard de cet aveu du ministre des travaux publics la lettre du 15 mai, adressée à M. Recurt, signée Garnier-Pagès et François Arago, et disant entre autres choses, ceci :
« Faites offrir aux ouvriers des ateliers nationaux, âgés de 18 à 25 ans et non mariés, un engagement dans l’armée , et renvoyez