CHAPITRE XXII
tion. Il mit en regard l’ordre qu’il avait donné de battre le rappel, lors de la prétendue attaque des ouvriers, le 16 avril, et ses actes comme membre de la commission exécutive.
Enfin, il développa son talent d’orateur au plus haut degré. Malgré les préventions qu’avaient fait naître en moi quelques points de sa conduite politique, je fus fortement ému. Selon moi, nul orateur à l’Assemblée nationale n’avait encore montré un talent aussi remarquable.
Le pouvoir exécutif, par un reste de pudeur, n’avait point décrété de mandat d’amener contre lui; on n’osa point aller à fond. Son acquittement était garanti à l’avance.
Le président du conseil, M. Cavaignac, vint alors dire à la tribune que la demande en autorisation de poursuites contre Louis Blanc et Caussidiere avait été provoquée par le gouvernement. C’était très-explicite.
Les explications de Louis Blanc furent trèsnettement posées. Il prit une à une chaque accusation et les détruisit toutes pièce à pièce, avec une force de logique incontestable.
La chaleur de la salle et la fatigue amenée par un discours de deux heures lui firent demander un instant de repos. On en profita
pour remettre la séance à huit heures et demie du soir.
J’avais pu voir chez bon nombre de représentants une inattention complète aux explications du citoyen Louis Blanc. Chacun d’eux semblait se dire : « Tu peux débiter de belles et bonnes choses tant que tu voudras, ça n’einpêcbera pas que tu sois condamné. »
La séance fut reprise sur les huit heures et demie. La même affluence existait dans les tribunes. Louis Blanc acheva son plaidoyer avec une clarté d’expression digne d’un meilleur succès.
Il était plus de dix heures lorsque vint mon tour de parler. J’avais demandé le renvoi au lendemain ; mais le pouvoir avait pris ses mesures : il voulait en finir. M. Marrast, président, insista pour qu’on achevât la besogne dans la nuit. Sa proposition fut votée par la majorité.
J’aurais dû tout simplement déposer mes explications, avec les pièces justificatives, sur le bureau du président et en réclamer l’insertion au Moniteur, en protestant énergiquement contre le droit de juridiction imposé par des royalistes à des républicains, dont le plus grand tort était d’avoir toujours pris les in-