DEUXIEME PARTIE
Le lendemain se passa en propos violents, tenus dans les corps de garde et sur les boulevards, en provocations de toute sorte. Néanmoins, l’ordre matériel ne fut pas troublé, et l’on pouvait présumer que cette émotion étant dissipée, les choses allaient suivre leur allure habituelle, lorsque le 18, dès six heures du matin, le rappel fut battu dans les rues.
Paris ressembla en un clin d’œil à une ville assiégée.
J'envoyai au ministère de l’intérieur pour savoir quel grand danger menaçait la capitale : il fut répondu qu’on ignorait le motif de cette levée de boucliers; qu’il était question de communistes devant attaquer le gouvernement.
J’envoyai à l’état-major; tout le monde semblait avoir le cerveau fêlé, ce jour-là; l’épidémie de la peur avait encore augmenté d’intensité depuis le dimanche!...
L’hôtel de ville se préparait à un siège. Mes exprès, lancés à chaque instant dans toutes les directions, me rapportaient que les gardes nationaux se précipitaient vers les places d’armes des différentes légions, en affirmant que les communistes allaient mettre tout à feu et à sang ; que le gouvernement provisoire était cerné dans l’hôtel de ville, etc., etc.
Cf! AP1TRE HT. 33
La garde républicaine et les montagnards avaient été consignés. J’étais outré d’être responsable de cette saturnalc de fusils, sans motifs; et il me vint un instant la pensée de me mettre «à la tête d’une forte patrouille préfectorale, pour rappeler les habitants à l’ordre, dans une proclamation énergique. Cela se pouvait d'autant mieux qu’à chaque instant les patriotes des différents quartiers venaient m'annoncer que leurs compagnies se tenaient à ma disposition.
Ce jour-là , j’aurais pu agir avec quarante mille hommes bien armés.
Mais le gouvernement me laissa, une partie de la journée, sans me faire connaître ses intentions.
On me prévint que des gardes nationaux étaient à la recherche de Blanqui, et qu’ils se proposaient aussi de se rendre au domicile de M. Cabet, soit pour l’arrêter, soit pour y porter la dévastation.
Blanqui fut introuvable , comme toujours.
Je dépêchai un renfort d'agents à M. Melchetal, commissaire de police du quartier habité par M. Cabet, avec l’injonction expresse de protéger ce citoyen et son domicile par tous les moyens que lui accordait la loi. lleureuse-