‹ Mémoires de Caussidiere expréfet de police et représentant du peopleChapitre 48 sur 209 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

obéissant à ce magnétisme irrésistible des grandes foules, tous, avec un enthousiasme unanime, saluèrent l’aurore du gouvernement républicain.

Dans mes souhaits ardents pour l’ordre et pour l’union de tous les Français, je n’eusse pas osé prévoir un si magnifique résultat. Elle restera gravée dans mon esprit tant que je vivrai, cette journée qui vint me fortifier et me prouver combien l’amour de l’humanité élève l’homme, et fait vibrer en lui les nobles sensations de l’existence.

Le matin de ce jour mémorable, j’étais triste et perplexe ; le soir, j’eusse quitté la vie sans regret. J’aurais dit : J’ai vu.

O mon père ! si quelques mois plus tôt, la mort ne t’avait pas brisé, et que tu eusses assisté à ce grand spectacle de fraternité, tu aurais oublié toute ta vie de souffrances et de misères pour la sainte cause des peuples.

Dieu te devait cette récompense!... Oh! que je t’ai regretté ce jour-là !

Noblesse oblige : toi qui lis ton entrée dans le monde, présenté au baptême chrétien par * des mains royales ’ ; toi qui reçus de deux

' Mon grand-père étant attaché à l'ambassade de

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princes leurs prénoms avec la promesse de te protéger et de te servir de famille, tu préféras, plus tard, emporté par tes croyances, entrer au service de la république. Les campagnes d'Italie et d’Égypte furent les arènes de ton grand courage. Une vie obscure, mais toute de probité, acheva ta carrière. Ton dernier mot, lorsque je te serrai sur mon cœur, étouffé par les sanglots, fut pour la république. Ce souvenir de la noblesse de tes sentiments redoublera mes efforts pour devenir meilleur et arriver à la hauteur de tes vertus.

Que l’on me pardonne cette digression du cœur, mais je ne pouvais mieux allier la mémoire de mon père qu’à celle de cette journée.

Ma tristesse et ma perplexité du matin n’étaient pas sans causes : les bruits malveillants , répandus encore la veille , n’avaient point cessé. Ainsi, on assurait que certains agitateurs devaient profiter de cette journée pour amener du désordre dans les rangs des citoyens, et s’emparer, durant ce temps-là, de l’hôtel de ville et de la préfecture. D’autres se

Vienne, mon père fut tenu sur les fonts de baptême par l’archiduc Jean Ferdinand d’Autriche et l’impératrice Beatrix

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proposaient de crier : » A bas Louis Blanc ! à bas Ledru-Rollin ! » qu’on accusait des choses les plus contradictoires, et surtout: « A bas les socialistes ! » comme au 1 6 avril.

Ces immenses réunions me tenaient toujours dans l’inquiétude de l’imprévu ; aussi, avais-je pris toutes les mesures d’ordre indiquées par la prudence. Un fort détachement, consigné à la préfecture , correspondait avec moi par une ligne de surveillance, aboutissant à l’Arc de Triomphe.

Dès sept heures du matin , toutes les compagnies de la garde républicaine et des montagnards s’étaient réunies à la préfecture. Nous partîmes pour arriver à la tête de la colonne du défilé qui commençaient près de l’Arc de Triomphe.

J’étais à cheval, ayant à ma droite le colonel Mercier ; quelques chefs de la garde républicaine nous entouraient. Malgré mes préoccupations, j’eus un instant de bonheur et de fierté, lorsque j’arrivai en présence des membres du gouvernement provisoire, à la tête d’hommes dont l’attitude martiale faisait plaisir à voir. Je fus alors trop ému pour prononcer , comme j’en avais l’intention , quelques paroles de sympathie.

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