‹ Mémoires de Caussidiere expréfet de police et représentant du peopleChapitre 49 sur 209 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le cri du cœur : « Vive la république ! »

répété par toute la garde, et un salut de mon sabre, furent toute ma démonstration.

Je me plaçai à la droite de l’amphithéâtre, et fis établir une haie de garde républicaine à cheval et à pied pour maintenir la foule, qui, cette fois, n’eut point à souffrir les bourrades dont on la gratifiait sous la monarchie.

La pluie, qui avait assombri le commencement de cette fête, cessa. Le soleil vint rayonner sur les myriades de baïonnettes qui cou-

vraient l’avenue des Champs-Elysées. Les rapports les plus satisfaisants sur l’ordre et la tranquillité qui régnaient partout me décidèrent à aller jouir du coup d’œil sur l’estrade, où se trouvaient réunis les membres du gouvernement provisoire.

Comme je témoignais ma satisfaction à M. de Lamartine de cette solennité, rassurante pour le sort de la république et sa sécurité future, il me répondit :

— Croyez bien que le caractère de cette immense manifestation est surtout favorable à la propriété et au bon ordre.

Ce fut alors qu’il me dit, ainsi que quelques membres du gouvernement provisoire, de détruire le mandat d'arrestation contre Blanqui.

Ci) DEUXIEME PARTIE.

— L’unanimité patriotique de cette journée, ajouta-t-il, fera réfléchir ceux qui auraient de mauvais desseins.

— Je pense, répondis-je, quelle produira un bon effet sur les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur.

J’appris plus tard que les rapports de divers ambassadeurs avaient été concluants pour le maintien de la paix avec la république.

Les membres du gouvernement provisoire paraissaient heureux et touchés de cette fête imposante. Un seul avait l’air profondément ennuyé : c’était M. Marrast, qui exprimait son impatience en termes sarcastiques, que nous ne voulons pas reproduire.

Autour de nous se trouvaient confondus, sur l’estrade, les blessés de février et les décorés de juillet, les détenus politiques, l’étatmajor de l'armée, de nombreuses députations de la magistrature, de l’administration et de tous les corps de l'État. Derrière nous, sur un amphithéâtre qui se dressait jusqu’à la voûte du monument, étaient assises des dames, en grand nombre et richement parées, auxquelles on avait offert des bouquets.

Mais le spectacle le plus magnifique était cette longue avenue déroulée devant nous,

Page 1