DEUXIÈME PARTIE
sèrent les jours et les nuits, livrés à un travail actif et incessant. Le conseil, sans doute, perdit en discussions hostiles des moments précieux; mais encore faut-il lui rendre cette justice, que, s’il ne fit pas toujours bien, il fit beaucoup en peu de temps.
La réaction, déjà puissante, accusait Louis Blanc et Albert d’agiter et de troubler la société. Ils donnèrent leur démission de président et vice-président du Luxembourg.
Aucun budget ne leur avait été alloué pour favoriser les tentatives d’associations entre ouvriers, tandis que les ateliers nationaux, dirigés par M. Émile Thomas, sous le patronage de M. Marie, absorbaient d’immenses capitaux, sans autre résultat que de démoraliser les citoyens.
Louis Blanc avait toujours été opposé à ces ateliers de cantonniers, où l’on employait cent vingt mille hommes à des terrassements inutiles ; ce qui n’a pas empêché de le rendre responsable, bien injustement, de cette malheureuse création des ateliers nationaux.
On lui reprochait aussi une vie somptueuse dans son palais du Luxembourg, dont le budget cependant était si mesquin, que M. Garnier-Pagès, alors ministre des finances, adressa
CU APITKE X.
à Louis Blanc et à Albert des observations sur ce qu’il appelait leur parcimonie.
Chacun d’eux, en effet, ne dépensait que 2 fr. 50 c. pour son dîner.
— C’est une critique de vos collègues, disait Garnier-Pagès, et des dépenses qu’ils sont obligés de faire.
— Vous autres, qui recevez des banquiers et des millionnaires, lui aurait répondu Louis Blanc, vous êtes libres de les traiter avec luxe; mais moi, constamment en face d’ouvriers, qui manquent souvent du nécessaire, je ne pourrais, sans insulter à leur misère, déployer pour ma table un faste insolent.
En effet, j’avais été invité à dîner quelques jours avant les élections, chez M. Crémieux, où se trouvaient réunis MM. Lamoricière, Bedeau, Étienne Arago, Louis Blanc et Albert. Je dis à celui-ci que M. Grandmesnil, en sortant de dîner au Luxembourg, s’était plaint de l’exiguïté de leur ordinaire, prétendant que les employés vivaient beaucoup mieux qu’eux.
— C’est vrai, me répondit Albert : outre que nous tenons à vivre simplement, nous ne voudrions pas vivre luxueusement en face du peuple qui souffre.