CHAPITRE X
soldats de Louis-Philippe, en cas d’une victoire chèrement acquise, n’auraient eu à marcher que sur des cadavres et des décombres. »
J’appuyai l’opinion d’Albert. D’après ce que, personnellement, j’avais été à même de voir, la réussite ne pouvait être douteuse. La lutte, prolongée de quelques jours, aurait seulement amené, d’une manière plus infaillible, l’affranchissement du peuple.
Le gouvernement provisoire, remercié le 8 mai, fut remplacé, le 40, par une commission exécutive composée de cinq membres de l’ancien gouvernement, MM. François Arago, Garnier-Pagès, Marie, Lamartine et Ledru- Rollin. Le côté pâle du gouvernement se trouvait en complète majorité.
C’est à ce moment de la dissolution du gouvernement révolutionnaire, qu’on annonça l’arrivée de la duchesse de Berri en France.
Elle était venue, disait-on, intriguer en faveur de Henri V, et tenait des conciliabules secrets avec les légitimistes. On l’avait vue, soit à Saint-Cloud, soit à Paris. Certaines gens allèrent plus loin, et prétendirent que Henri Y lui-même était avec elle et préparait une prochaine restauration. J’avais reçu une foule d’avertisscmenls de ce genre; mais, comme
DEUXIÈME PAUTIE.
d’habitude, j’attachai peu d’importance à ces dénonciations absurdes, qui tendent à détourner l’attention des choses réelles ; cependant, une personne digne de foi vint m’affirmer que la duchesse de Berri était réellement cachée dans le faubourg Saint-Germain, sous le nom d’une dame de sa cour ; que deux témoins oculaires, qui la connaissaient, étaient sûrs de l’avoir reconnue.
J’invitai le secrétaire général à se rendre lui-même auprès de la personne désignée, afin d’en finir avec ses rapports.
Il reparut au bout d’une heure, accompagné d’une dame qui n’avait de ressemblance avec la duchesse que les cheveux ; elle avait été reçue, jadis, à la cour de Charles X ; mais elle protesta de son abstention en affaires politiques, ajoutant qu’elle avait voulu venir ellemême pour en témoigner devant moi.
Je lui répondis, aussi courtoisement que possible, que je regrettais fort qu’elle se fût dérangée ; qu’en envoyant mon secrétaire auprès d’elle, ma conviction était formée d’avance. Elle se retira satisfaite de ces explications.
Depuis, je n’entendis plus parler de duchesse ni de prétendants.