‹ Mémoires de CaussidièreChapitre 104 sur 142 · ISA · texte numérisé non relu

ISA

amour-propre ; un jour viendra ou les d^moerates seront mieux appréciés. »

Leur promesse solennelle de se conduire en bons citoyens, et un cri unanime de : Vive la République démocratique ! terminèrent cette soirée; ils furent prendre quelque repos, et je fus en faire autant.

J’étais horriblement fatigué ; au milieu de ces préoccupations successives, je m’étais traîné tant bien que mal sur ma jambe malade, mais je sentis alors que je serais bientôt condamné à l’inaction absolue.

Le lendemain, dès cinq heures du matin, toute la garde était rassemblée dans la cour, l’arme au bras et prête à défiler. Je voulus les voir encore une fois réunis.

L’adieu fut triste ; je ne puis rendre l’impression que j’éprouvai à mesure qu’ils passaient devant moi : il semblait qu’une partie de moi-même s’en allait avec eux.

J’eus un serrement de cœur inexprimable ; des larmes roulaient malgré moi dans mes yeux ; ce n’étaient point des soldats qui me quittaient : c’étaient des frères, des amis avec lesquels j’avais traversé des phases pénibles.

Ce fut un rude moment !

MÉMOIRES DE C^USSIDIERE.

Je ne devais plus revoir bon nombre d’entre eux qui furent tués aux journées de Juin !

Malgré les promesses solennelles de la Commission exécutive, et l’assurance réitérée du général Bedeau, que les grades seraient conservés aux officiers, plus des trois quarts reçurent leur destitution peu de jours après.

Il restait une autre corvée de ce genre à faire.

Il fallait inviter les Montagnards licenciés, à abandonner la caserne Saint-Victor, où ils étaient casernés et à se retirer — où ils pourraient !

La plupart étaient pères de famille et avaient perdu leur état. Le Pouvoir exécutif sadiant leur position malheureuse, avait accordé qu’ils toucheraient encore leur solde pendant dix jours.

De ce côté-là, la République ne se ruinait pas.

J’envoyai Crevât auprès d’eux. Cet ami joignait l’esprit d’ordre à la fermeté du caractère : son patriotisme éprouvé l’avait fait accepter avec plaisir par les Montagnards. Aussi, depuis qu’ils s’étaient épurés, en renvoyant quatre-vingts desleurs, avaientils repris la discipline d’un corps armé et une conduite irréprochable.

Lorsque mon émissaire arriva près de la caserne Saint-Victor, elle élaitcernée parlagarde nationale.

«■.HAPITRE XIV.

iri7

qui voulait expulser de force les Montagnards, mais toutefois sans oser pénétrer dans l’intérieur.

Crevât revint, avec un officier de garde nationale, m’informer de ce qui se passait. J’invitai cet officier à faire retirer la garde nationale et à laisser sortir librement les Montagnards. Presque tous avaient leurs fusils depuis le 24 février, et voulaient les garder, sauf à les déposer dans leurs mairies, s’ils en recevaient l’ordre.

Il fut convenu que les Montagnards sortiraient six par six, avec leurs armes, et .sans qu’on les inquiétât.

Sur mon ordre écrit, les Montagnards s’exéculi’rent comme il avait été dit ; seulement, au lieu de leur assurer une retraite paisible, la garde nationale, qui stationnait dans les rues adjacentes, arracha les armes à plusieurs d’entre eux; ils furent vexés et maltraités, quelques-uns même arrêtés.

Ainsi a été dissoute cette garde de féroces Montagnards qui, pendant près de trois mois, ne frappèrent ni ne tuèrent personne, et firent un rude service contre les voleurs et les fauteurs de désordre.

Leur seul tort fut d’avoir introduit au bout d’un certain temps, parmi cette troupe d'élite, des

1&8 MÉMUIHES DE CAÜSSIDIËKË.

holUDies tarés, de toutes les polices; c’est alors qu’on leur souffla de mauvais desseins et l’esprit de turbulence.

Personne cependant n’a eu à s’en plaindre, que moi. Ils s’amendèrent ; je leur avais pardonné de bon cœur !

Je n’avais plus, enfin, qu’à mettre en ordre mes affaires, en attendant mon successeur. J'invitai le comptable, ainsi que le caissier, à mettre leurs comptes en règle.

Il me parut convenable, dans les circonstance.s exceptionnelles où je me trouvais, d’indiquer aux habitants de la capitale les motifs de ma retraite.

Je fis donc allicher l’adresse suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇJtlSE.

Liberté, Egalité, Fraternité.

Page 1