CHAPITRE IVi
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« Les fous que vous savez vienuent de procla* mer la République. Empêchez la duchesse d’Orléans de se montrer. Le moment n’est pas propice.
« Tout à vous, mon bon. >
Il était donc difficile que les deux partis du Gouvernement provisoire pussent jamais s’accorder.
Lorsque M. Garnier-Pagès fut nommé maire de Paris, j’appris que son intention, approuvée par une partie du nouveau gouvernement, était de subordonner la Préfecture de police à la Mairie. Cette immense administration, qui, de 1815 à 1821, avait été constituée en ministère et ne relevait que du roi, allait se trouver réduite à l’état de commissariat général.
Déjà, sous les régimes précédents, la préfecture de la Seine avait tenté de s’approprier la police municipale, pour amoindrir l’importance de la Préfecture de police ; mais la démonstration pratique avait toujours repoussé victorieusement cet empiétement anormal. Je n’étais pas alors assez éclairé sur cette question pour en discuter l’opportunité ; je devais seulement aider le gouvernement dans ses efforts, bien décidé à me retirer lorsque le pouvoir républicain serait assis.
4 lu HÉMUiaeS DK CAUSSlDlKKt.
J’acceptai donc le titre de délégué, qui devait remplacer momentanément celui de préfet de police.
Cependant ma position n’était point régulière.
La Mairie de Paris avait hérité de l’esprit d’antagonisme qui animait autrefois la Préfecture de la ‘ Seine contre la Préfecture de police, et cet esprit s’était fortifié de l’ascendant acquis par la fraction du parti républicain auquel appartenait le maire. On avait résolu d’encadrer la Préfecture de police, comme une simple division, dans les attributions de la Mairie.
C’est ainsi que je fus reconnu d’abord comme délégué au département de la police. Délégué par qui? Le Gouvernement provisoire ne s’était pas mis en rapport direct avec moi, et dès les premiers temps, cette situation me causa un tel dégoût et de tels embarras, que j’envoyai trois fois ma démission à l’Hôtel de ville. Ainsi, le Moniteur, sous prétexte qu’il insérait seulement les décrets des pouvoirs reconnus, avait refusé l’insertion d’une ordonnance que j’avais envoyée. A ce refus, j’éprouvai un serrement de cœur, qui a toujours été chez moi le précurseur de la colère, passion que je suis parvenus maîtriser, après plusieurs années de
CRAnTHE IV. m
lutte. Je compris qu’il fallait faire régulariser ma position ou quitter la place, ne prévoyant déjà que trop bien tous les mauvais vouloirs qui allaient me circonvenir. J’écrivis donc au maire de Paris la lettre suivante :
« Paris, le 26 février 1848.
« Je prie monsieur le maire de Paris de vouloir bien passer à la Préfecture, et en même temps faire régulariser ma position auprès des organes officiels du gouvernement.
« Je ne puis accepter de responsabilité, si j’ai à lutter contre d’autres administrations qui ne reconnaissent pas ma qualité de délégué.
« En conséquence de ce, veuillez faire cesser cet état d’anarchie, et comptez sur le zèle
« de votre tout dévoué
c Caussidieke. »
MÉMUlRbi) DK CAUStÜlUlKRt.
Voici la réponse que je reçus immédiatement :
M Aussitôt que j’aurai un moment, j’irai vous voir.
« Bon courage.
« Tout va bien ! »
« Garmër-Pagès.
Cependant, de tous côtés, ou m’instruisait que les hommes du National, c’est-à-dire les amis de Marrast, s’emparaient des places, et qu’il était question de me substituer un des leurs. J’écrivis donc de nouveau, dans la journée, et je n'hésitai pas à donner ma démission.
Je reçus alors la visite de MM. Gamier-Pagès et Recurt. <Ge dernier venait pour me remplacer, et m’exhibauD pouvoir du gouvernement. Je cherchai alors à le mettre au courant, et il 'put de suite se convaincre de l’immensité du travail et de la responsabilité, dans les fonctions du préfet de police. De plus, le mécontentement évident de ceux qui faisaient le service de la Préfecture, et aussi l’idée qu’il allait commettre une mauvaise action , le décidèrent à déchirer son mandat.