CHAPITRE XXI
Je ne cherchai point à exhumer le souvenir de son frère, dont j’avais entendu presque les dernières paroles, toujours sympathiques au Peuple. Je vois encore cette figure si noble, amaigrie par la soutfrance, cette fête active, toujours préoccupée de l’avenir du pays, et lui donnant ses dernières pensées. Oh ! je l’aimais bien, celui-là ; car il n’avait jamais dévié !...
Je savais que de prétendus amis de Godefroy Cavaignac invoquaient son nom en faveur de mesures fatales que, vivant, il eût désapprouvées. Je ne tenais point à être leur imitateur, malgré la bonté de ma cause.
Je revis le général Cavaignac, ([uelques jours après, pour lui soumettre un projet de finance c^ui m’avait été confié par quelqu’un. Il me parut avoir repris de l’initiative, mais du côté de la réaction. S’il ne manqua point aux bis de la politesse, je crus néanmoins apercevoir un peu' de froideur dans son maintien.
Notre entretien fut court, et n’eut aucune signilication qui mérite d’être rapportée.
Je m’aperçus aussi, d'autre part, que j’étais en suspicion.
Le citoyen Pucoux venait d’être nomiiié préfet
2tS MI'MUIKIiS i)K CAUSSIDIKIIK.
(le police , en reinplacemerrt fl(* mon successeur, M. Trouvé-Cliaiivel. 11 m’aborda un jour dans la salle des Pas-Perdus, en présence de plusieurs représentants royalistes, et me pria tout haut de lui donner quelques renseignements administratifs sur la Préfecture. J’y accédai très-volontiers; et, devant ces messieurs, nous prîmes rendez-vous pour le lendemain.
Grand émoi de leur part. Après la .séance, ils (Wururent au ministère de l’intérieur, et demandèrent à M. Sénard, alors ministre, la destitution de M. Ducoux, qui entretenait des rapports avec Caussidiere. La police allait-elle donc retomber entre l(?s mains du préfet de Février?
Le ministre de l’intérieur ne crut point devoir obtempér(*r à celte supplicpie ; il promit seulernenl d’engager .M. Ducoux à s’abstenir de relations avec moi. Il y réussit en effet si bien, que, pendant quelque temps, le citoyen Ducoux s’esquivait lestement, lorsqu’il m’apercevait.
Je ne pouvais m’empêcher d’en rire, toutes les fois que ce fait se reproduisait ; car j’avais appris, le lendemain, par M. Sénard lui-même, la visite des royalistes et leur singulière injonction.
J’étais au courant de toutes les menées des réac-
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lionniiirps ; cnr j’avnis enooro les alliiros cl l’œil de la police un peu partout : aussi voyais-je tous IbvS fils de leurs trames. La contre-révolution marchait à grands pas, et allait bientôt nous donner une leçon pratique de sa gratitude envers ceux qui, pendant quelques mois, n’avaient eu d’autre souci que de sauvegarder les vaincus et de leur laisser part égale avec les vainqueurs.
Le dernier in-quarto du rapport de la commission d’enquête venait d’être distribué ; M. Marrast, président de l’Assemblée nationale, fixa le jour des répliques au vendredi 25 août.
Il me souvient qu’un peu avant le 25 août, .M. Portalis, qui paraissait me vouer une espè(;e d’affection, me disait :
— Vous feriez bien de solliciler du Gouvernement une mission étrangère : on vous l’accorderait certainement.
Je lui demandai le pourquoi de ce conseil, qui n’était point du tout en accord avec mes intentions.
— Parce qu’à tort ou à raison, l’on vous craint, et que l’on voudrait se débarrasser devons, à tout prix! me répon<lil-il.
iin ' MKMOIRF.S DE CAUSSIDIEKE.
— Pouilant, je crois cire sincèrement républicain, lui flis-je.
— Oui, mais d’une nuance trop foncée.
Sur ce que je lui objectai, que chaque corps d’armée avait son avant-garde, et que le Gouvernement s’éloignait du but de la révolution, il ajouta :
— Au surplus, quand nous en serons arrivés à M. Thiers, plutôt que de nous joindre à lui, nous nous rallierons à vous.
Il aurait aussi bien fait de dire :
« Quand la maison sera brûlée, nous apporterons du feu pour l’éteindre. »