‹ Mémoires de CaussidièreChapitre 19 sur 142 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

plusieurs quartiers tle Paris et fie la banlieue. Ces tléiuarches avaient ordinairement pour résultat de calmer les inquiétudes semées à dessein par les ennemis de la révolution. Souvent aussi elles faisaient rentrer à la Préfecture des fusils et des sabres qui servirent à armer nos premières recrues.

Mes compagnies de républicains intervenaient ainsi partout où l’ordre pouvait être menacé.

Tantôt ils escortaient des prisonniers dans la banlieue où la gendarmerie locale n’avait pas une autorité suffisante; tantôt ils prêtaient main-forte à la garde nationale pour protéger la Banque et autres établissements publics; car la garde nationale refusait souvent de marcher si elle n’était pas appuyée par la garde du Peuple. Tantôt ils battaient la ville dans tous les sens et par tous les temps, et ramassaient des prisonniers, comme le 3 mars, où ils arrêtèrent trente-sept déserteurs de l’armée et de la marine, qui furent conduits à l’étatmajor. Tantôt ils faisaient respecter les machines et les presses des journaux, assaillies par des foules égarées; et c’est bien un peu à leur zèle que M. de (lirardin a dù la conservation du matériel de son journal, et peut-être la vie. Presque toujours ils réussissaient à disperser les rassemblements et à

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prévenir les collisions, car la parole conciliatrice (le ces soldats, portant encore le costume de Touvrier, était toute-puissante sur le Peuple.

Quelquefois, c’étaientleurs chefs qui terminaient les discussions entre les maîtres et les travailleurs. Ainsi, l’arhitiage de Morissetet de Mercier lit cesser la grève des (‘ocliers et conducteurs d’omnibus, qui exig(*aient une augmentation de 25 centimes par jour. Un peu plus tard, à Puteaux, Mercier et Caron lireiil également cesser la grève des blanchisseuses qui ne voulaient [dus travailler seize heures, et demandaient à réduire leur journée conformément au décret du Luxembourg.

Officiers et soldats se multipliaient et couraient avec empressement où leur intluence pouvait être nécessaire.

Une de leurs expéditions, qui intéressa le plus Paris, fut celle que je dirigeai, le 6 mars, sur le ^ château des Tuileries, occupé par une bande d’insurgés, qui, depuis le 24 février, y tenaient garnison.

En vain le Gouvernement avait plusieurs fois invité celte troupe indisciplinée à évacuer le château. On disait qu’ils mettaient pour condition à leur retraite un certificat de patriotisme et de

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bonne conduite, une rente de douze cents francs à diacun, et l’assurance qu’on ne les fouillerait pas en sortant. Ils faisaient, d’ailleurs, dans l’intérieur du palais, un service militaire, de concert avec le gouverneur Saint-Amand et quelques gardes nationaux : mais ils n’obéissaient à personne, et inspiraient une certaine terreur dans le quartier.

J’avais appris aussi que beaucoup d’objets disparaissaient cliaqiie jour des appartements, et on en apporta même quelques-uns de peu de valeur à la Préfecture.

On avait refusé à un agent de sûreté de mettre les scellés sur les pièces principales ou d’en retirer les objets de grand prix. Il fallait en finir avec cette prise de possession, infiniment trop prolongée.

J’envoyai donc aux Tuileries un détachement de cent cinquante hommes, commandés par le citoyen Caillaud, qui me rendit compte de sa mission dans le procès-verbal suivant :

« Citoyen préfet,

« Je me suis rendu, comme vous me l’avez prescrit, avec cent cinquante hommes, au palais

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(les Tuileries , pour en faire sortir les individus qui, depuis onze jours, ne voulaient reconnaître aucune autorité, et, il faut le dire, qui ont fait la terreur de ce quartier.

« A mon arrivée, l’entrée m’a été refusée, comme elle l’avait été d’abord à deux cents élèves de Saint-Cyr, quelcpies heures auparavant.

€ Après beaucoup de difficultés, j’y suis cependant entré seul, pour remettre votre lettre au citoyen gouverneur, qui n’a rien voulu prendre sur lui, dans la crainte d’un conflit, et s’est rendu à l’état-major de la garde nationale. J’y ai été appelé un instant après, et, autorisé à exécuter vos ordres alors , je me suis rendu au guichet de l’Kchelle pour y exiger l’entrée de ma troupe.

a Pour première réponse, un coup de fusil a été tiré. On a dit plus tard que c’était un accident ; mais il est permis d’en douter. Un des chefs est venu au guichet, annonçant leur détermination de s’opposer à notre entrée.

« Durant cet entretien, deux hommes des leurs venant du dehors se firent ouvrir. Je voulus profiter de cette circonstance pour forcer la porte, et il en résulta une rixe dans laquelle un élève de l’école Polytechnique, un lieutenant de la gardé nationale

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