‹ Mémoires de CaussidièreChapitre 23 sur 142 · CHAPITRE VH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VH

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les premières années de la révolution de Juillet. Kn 1852, je fus initié à la Société des Droits de l’homme. Peu après, je pris volontairement du service dans l’armée. J’entrai dans le 38* de ligne, et je la’y acquis une sorte de célébrité en faisant représenter sur le théâtre de Soissons une pièce dans laquelle se trouvaient des allusions politiques que mes supérieurs ont punies très-sévèrement. J’ai ensuite subi un procès en cour d’assises, à Laon ; mais je dois dire que les griefs politiques qu’on m’imputait n’avaient aucun fondement : le verdict du jufy l’a, du reste, prouvé ! L’espèce de réputation que me procurèrent ces deux événements me mit bientôt en rapport avec les principaux chefs du parti républicain. On me regardait comme toutpuissant dans le régiment, etM. IWarrast, de la Tribune , m’engagea plusieurs fois à tenter une démonstration qui, disait-il, devait donner le branle à toute l’armée.

«Je quittai le service en 1855, et je passai un an à Paris à étudier le droit. A cette époque, je fus initié à la Société des Familles, sur laquelle je pourrai donner quelques renseignements, si on le désire. Je retournai ensuite chez moi ; et c’est alors que je commençai à reconnaître que je m’étais

«SS MI-MOIRRS DR GAU8SIDIERE.

rendu trop longtemps Tinstrument d'hommes dont la plupart n’étaient que des ambitieux désappointés, et les autres des séides égarés, voulant entraîner le pays dans leur égarement ; et j’abjurai les principes de sang et de destruction que j’avais eu la folie d’embrasser. Le contact journalier du monde m’a, depuis, ôté bien d’autres illusions de jeunesse; et c’est par cette décroissance rapide de foi dans les apparences, que j’en suis arrivé à dépouiller de toutes les préventions qui l’environnent l’emploi que je sollicite en ce moment.

Je dois vous avouer, monsieur le préfet, que je compte plus pour le succès de ma demande sur votre bonté et sur mon désir ardent de me rendre utile, que sur les titres réels que je puis offrir. M. Boutmy, dont je suis particulièrement connu, s’était chargé de vous présenter une note sur ma vie, ainsique quelques mots en ma faveur. J’espère qu’il l’aura fait, et que les détails que je viens de prendre la liberté de vous soumettre vous sont déjà connus en partie. M. François Delessert, à qui j’ai eu l’honneur d’écrire, il y a quelque temps, au sujet de sa candidature dans mon pays, a pris sur mon compte, à ce sujet, des renseignements qui, je crois, ne m’ont pas été défavorables. Si vous le

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jugiez conveneble, et que tous daigniez vous en donner la peine, vous pourriez vous en assurer auprès de lui.

O Je finis, monsieur le préfet, en vous priant de m’excuser de vous avoir entretenu si longtemps de moi, et en réclamant de votre bonté qu’elle veuille bien prendre en considération l’objet de ma demande.

c J’ai l’honneur d’être, avec respect, monsieur le préfet, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Signif L. Delahoode, rue Coquenard, 9.

« Paris, ce 25 mars 1838. »

J’avais mis au courant de cette affaire Monier, vieil ami de vingt ans, dont j’étais sûr, et que, plus tard, je nommai secrétaire général pour récompenser son intelligence et son activité. Il écrivit à quelques-uns des patriotes désignés dans les rapports, de se trouver le lendemain soir, à neuf heures, au Luxembourg. J’avais prévenu Albert,

1!M MÉMOIRES DR CAUSSIDIERE.

qui nous prêta sa chambre sans savoir de quoi H s’agissait.

Je ne voulais point que Delahodde fût jugé à la Préfecture, où il eût été mis en pièces par les Montagnards, si l’affaire eût transpiré; et l’on n’eût pas manqué de dire que nous l’avions assassiné par crainte de ses révélations.

Il prenait ses repas à ma table, ainsi que quelques secrétaires et employés extraordinaires. Je l’avais en face de moi, et il fallait me contenir!... Ce supplice aurait pu durer longtemps; je lui annonçai donc qu’après le dîner nous aurions à nous rendre chez Albert, avec quelques camarades, pour une chose sérieuse. Nous partîmes ensemble. Le long du chemin, il me parla de sa capacité pour faire un bon secrétaire général.

Nous arrivâmes enfin chez Albert, où j’avais eu le soin d’envoyer les pièces de conviction. Seize personnes, y compris Delahodde, étaient présentes. La séance prit de suite une certaine solennité, (irandmesnil fut nommé président, et j 'expliquai le iiut de la réunion.

Delahodde, croyant qu’on n’avait pas de pièces irrécusables, commença par rappeler sa conduite de républicain depuis dix-sept ans. Sur l’exhibi-

niAPtTRE VII,

tion de quelques rapports, il continua à nier avec effronterie, et demanda une vérification d’écriture.

L’exaspération des assistants était à son comble devant une pareille audace.

On l’écrase de faits et de preuves nouvelles ; on lit la lettre originale que nous venons de citer. Alors, l’accusé se courbe honteusement, et déclare qu’en un moment de désespoir il s’est jeté dans les bras de la police, qu’il a fait des rapports, mais qu’il n’a jamais été agent provocateur, et qu’il n’a à se reprocher l’arrestation d’aucun républicain.

Quelques-uns de ses anciens amis, présents à cette scène dramatique, l’engagèrent à se brûler la cervelle. Il se contenta d’écrire l’aveu suivant :

« Je déclare que tous les rapports signés Pierre sont de moi.

« Paris, ce 14 mars 1848.

« Delahodde. »

Le procès-verbal de la réunion fut rédigé séance tenante, et signé; Grand mesnil, Tipliaine, Monier. Roquet, Pilhes, I.echallier, Bergeron, Loucbet,

Âlliert, Cailkud, Cli. Roiivenat, Mercier, Caussidiere et Chenu; la signature de ce dernier presque illisible.

Delahodde fut immédiatement conduit au dépôt de la Préfecture, puis écroué à la Conciergerie et gardé au secret, comme ayant entretenu, après le 24 février, une correspondance avec des agents du pouvoir déchu.

Quelques jours après mon départ de la Préfecture, une ordonnance de non-lien l’a rendu à la liberté, dont il a profité ponr se rendre à Londres, oü il attaque la République et les républicains dans un petit journal, intitulé le Bostu. Ce nouveau métier, bien digne du précédent, lui attirera sans doute, par la suite, 1a récompense de ses œuvres.

A quelques jours de là, plusieurs mouchards de M. Pinel me furent désignés, le sieur Chenu entre autres. Il s’était glissé parmi les Montagnards, dont je voulais l’épuration complète. Je le fis appeler, en présence du capitaine Morisset seulement. Je lui dis que j’étais certain qu’il avait joué un rôle infâme vis-à-vis de ses camarades, ce qu’il commença à nier.

« Je suis sûr de ce que j’avance, ajoutai-je,

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