‹ Mémoires de CaussidièreChapitre 40 sur 142 · CHAPITRE AIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE AIV

Attaques des joointnx réactionnaires. — La banque de Francé. — Ses billets et tes actions. — De l'escompte et de la circulation du papier. — Moyen proposé par la Réforme. — Caisse de garantie en Hollande. — .Avantages de cette caisse. — Mobilisation d’un milliard. — Les agioteurs et le lansquenet. — Crise linancièreet crise commerciale. — Fabriques et boutiques. — Achats et ventes. — Les comm-indes pour l’exportation. — Les riches et les pauvres. — Napoléon et les marchandises anglaises, — Prôtet et faillite. — Un million pour cent mille francs. — Les drapeaux de la misère. — Du pain ou du plomb ! — Le travail et non l'auméne. — Délicatesse des ouvriers. — Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas. — Le journal la Presse. — Groupes menaçants autour de ses bureaux. — Propos de M. Girardin. — A bas la Presse ! — La liberté du journalisme. — Eloquence populaire des Montagnards. — Les élections, le clergé, l’armée. — Puissance du Gouvernement provisoire. — Le droit au travail. — Colonies agricoles. — De la propriété. — Le sol est la véritable richesse d’un pays.

Déjà les journaux réactionnaires, la Prm$^ entre autres, accusaient d’incurie le gouvernement et déclamaient à l’onvi sur la crise financière, ré-

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sultant (lii manque de ennfianee, qui rendait les affaires stériles en ce moment-là.

Une fâcheuse mesure du Gouvernement provisoire, relative à la Banque de France, pour des intérêts qu’elle devait rembourser , frappa de discrédit les billets , tout en augmentant la valeur des actions.

Aussi , pendant quelques jours , chacun courant à la Banque changer ses billets contre des valeurs monnayées, le comité directeur dut en venir à n’autoriser cet échange que pour les administrations et encore dans une certaine limite.

Les capitalistes refusaient d’escompter le papier de commerce , craignant eux-mêmes la difficile circulation de ces valeurs et le non-payement à l’échéance.

Ces raisons plausibles n’admettaient aucune contradiction.

Parmi les divers moyens pratiques qui furent imaginés pour ramener la confiance chez les escompteurs, le journal la Réforme en proposa un, qui avait eu précédemment le mérite de la réussite en Hollande, dans une situation financière analogue à celle de la France, après la révolution de Février.

CIIAPITRf; XIV.

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Lh Hollande avait créé et doté une caisse de garantie, qui n’escomptait pas le papier, mais qui le cautionnait et en assurait le rembourse^ ment en cas de non payement des signataires primitifs.

Pour cela il avait été formé dans toutes les villes où fonctionnait la caisse de garantie, une commis* sion de vérification , composée des hommes de la localité, les plus capables de connaître et de juger la sincérité et la solidité du papier à garantir.

■Cette commission décidait de l’admission ou du rejet du papier présenté, et un timbre ou endos de garantie était apposé sur les valeurs admises , moyennant prélèvement d’un droit déterminé.

Alors, le papier ayant un aval parfaitement solvable et la signature nationale elle-même, allait se répandre dans le pays, circulait sans difficulté, et les capitaux, bien loin de le repousser, vinrent au-devant de lui.

Les résultats furent tels, que la crise disparut en quelques mois. Non-seulement les capitaux dont on avait doté la caisse de garantie ne furent pas perdus , mais encore les souscripteurs et intéressés reçurent un fort dividende.

Cette banque nationale, presque semblable au

MÉMOIRES DE CAUSSfDIERE.

projet de comptoirs d’escompte dans chaque arrondissement de Paris, avec un comité de surveillance choisi parmi les actionnaires eux-mêmes, devait se réaliser au moyen d’un capital de cent millions, car cette somme pouvait garantir un milliard de valeurs commerciales.

La mobilisation d’un milliard de valeurs aurait ramené la circulation.

Les cent millions de dotation de la caisse de garantie se composaient ainsi : 1* d’une retenue sur les traitements payés par l’Ëtat aux fonctionnaires de tout ordre et de toute nature, dans les proportions suivantes et pendant un an :

Traitement de 1,000 francs et au-dessous, point de retenue ;

Traitement de 1 ,000 à 4,000 francs , retenue d’un dixième ;

Traitement de 4,000 à 8,000 francs , retenue d’un cinquième ;

Traitement au-dessus de 8,000 francs, retenue d’un quart.

On évaluait que ces retenues pouvaient former un fond de cinquante millions ;

2° De l’application de l’impôt de 45 centimes par franc sur les patentes, qui serait porté à

CNAPiTRE Xir.

50 centimes , ce qui donnerait un fonds de vingtcinq millions ;

3° Vingt-cinq millions auraient été prélevés sur les quarante , destinés à établir des caisses d’escomptes dans les départements , rendues inutiles par la mesure proposée ;

4* Ce capital se serait augmenté des primes perçues en échange de la garantie.

J’ai cité ce projet, parce que je le crois applicable. Lorsque la Hollande en fit l’essai, il réussit complètement.

Si le mauvais vouloir, et l’emploi des petits moyens n’eussent pas contribué à la stagnation des affaires, la confiance serait revenue plus tôt; car, pour l’esprit actif des spéculateurs de capitaux, l’état d’inertie semble la plus grande des calamités.

Les agioteurs se font une seconde nature du mouvement du négoce : c’est une espèce de jeu qui leur procure les émotions du lansquenet, et dont ils ne peuvent plus s’abstenir au bout d’un certain temps.

Cette crise financière venait influer fatalement sur le commerce qui, pour d’autres causes, était en souffrance et en danger.

r» MfilHOIRKS DE CAI SSIDIERE.

Ainsi , le malaise qui existait avant février se continuait. La saison du printemps, qui d’ordinaire apporte des commandes dans les fabriques et, par suite, des achats et ventes dans les magasins et boutiques , ne produisit point ses résultats accoutumés.

Nous en déduirons les causes tout à l’heure. Pour les fabriques , c’était le manque de commissions restreintes, cette fois, par les acheteurs étrangers.

Toutes marchandises en tissus de tous genres les confeétions et articles de modes, se commandent l’hiver, avant la fête de la Toussaint, afin de les avoir aux fêtes de Pâques, époque où apparaissent toutes les nouveautés et à laquelle se font aussi les achats les plus importants. Il en est de même pour tous les articles fabriqués à Paris, tels que les bronzes, les objets en ivoire , les châles, les bimbeloteries , en un mot pour les mille autres articles de Paris ou de la province.

Les envois de ces diverses productions précèdent plus ou moins les deux époques que je viens (l’indiquer pour l’exportation ; ainsi , pour l’Amérique, on expédie de six semaines à deux mois plus tôt.

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