CHAPITRE XVU
tait les chefs ; et dès le 28 février, il élevait comme par pressentiment, au grade de général de division, M. Cavaignac, appelé, bientôt après, au ministère de la guerre. Dès le 25 février, il avait créé la garde mobile, pour enrégimenter et disci ’ pliner les gamins des barricades.
L’armée cependant était toujours éloignée de ^ Paris. On avait bien dit dans une proclamation aux soldats :
« La liberté ne vous demandera plus d’autres services que ceux dont vous aurez à vous réjouir devant elle, et à vous glorifier devant scs ennemis. »
Mais la majorité contre-révolutionnaire de l’Hôtel de ville n’aurait pas été fâchée d’avoir la protection de quelques régiments, et, petit à petit, elle rapprochait des troupes de la capitale, malgré l’opposition de la presse et des clubs.
On a vu, en juin et depuis, les glorieux services que la Commission exécutive et l’État de siège ont demandés à l’armée, et combien les soldats français employés par M. Cavaignac ont à se réjouir devant la liberté !
La question extérieure fut aussi perfidement conduite que les autres par le Gouvernement pro-
286 MÉMUIBES UK CAUSSIUIKKE.
visoire. Les esprits clairvoyants comprirent vite, après l’éloquent manifeste de M. Lamartine, que l’inaction de la République française perdrait ia révolution en Europe. Hélas! les successeurs de M. Lamartine, exagérant encore cette politique sans courage, ont abandonné les peuples insurgés contre la tyrannie. Hélas! qui sera responsable, devant l’histoire, des malheurs de l’Italie, de l’Allemagne, de la Prusse et de l’Autriche, des massacres de Milan et de Vienne ? Ce n’est pas vraiment la France révolutionnaire, mais l’indigne pouvoir, qui, comme la monarchie, a trahi la cause de l’humanité!
La plus grande faute du Gouvernement provisoire à l’intérieur, fut l’adoption du vicieux système électoral qu’il reçut des mains de M. te vicomte de Cormenin.
Si la seule conquête qu’on n’ait pas osé nous enlever est le suffrage universel, l’organisation de ce suffrage fut si faussement combinée, que ses résultats se sont trouvés au rebours du sentiment national. Le principe de la souveraineté du Peuple est adopté ; mais son application est bien loin de répondre à une expression sincère et irrécusable.
Aussi, l’Assemblée constituante a-t-elle aboli.