CHAPITRE I. a
qui n’avaient osé bouger pendant le mois de mars, relevaient la tête. Ils aigrissaient follement, par lies propos injurieux , les hommes qui , après Février, avaient oublié le passé et n’avaient eu qu’un désir : fonder en commun une grande famille nationale.
Aussi , quelques clubs , et notamment celui de Klanqui , accusaient de trahison le Gouvernement provisoire, et demandaient le renvoi des élections, afin d’avoir le temps d’éclairer le peuple sur ses véritables intérêts et sur le choix de mandataires qui lui fussent véritablement dévoués.
l/ajoumement des élections a été une grande laute. Ceux qui poussèrent au délai d’un mois ne songèrent point qu’ils perdraient en avril l’effet produit par Février, chaque révolution entraînant sa tentative de réaction.
Il est évident que si les élections avaient eu lieu le mars, elles eussent amené à l’Assemblée plus de candidats démocrates. Ce retard d’un mois fut insuffisant pour instruire le peuple , qui négligea de voter dans la capitale, tandis que ses ennemis vigilants rassemblèrent toutes leurs voix, et qui se laissa circonvenir en province par les harangues
40 HÉMOIHES DE CAU6SIOIERE.
Uypocriles des royaît$u$ de la vHlle tl dv Und*main..,.
I.a crédulité et la légèreté du peuple, non moins que son insouciance pour la conduite morale de ses affaires, sont, le plus souvent, les causes de sa perte.
Puis , il prend en haine et mépris ses gouvernants; il songe à la révolte ; le pays en souffre; rien rte se conclut ; tout est à recommencer.
Les hommes du privil^e disent : de quoi le peuple se plaint-il? N’a-t-il pas le suffrage universel? N’est -il point libre de choisir ses mandataires? Et si nous souiiaes à l’Assentblée nationale, c’est parce que nous représentons véritablement ses intérêts.
Ce raisonnement spécieux peut être détruit facilement, mais il n’en est pas moins dangereux ; car on s’en sert pour abuser la partie flottante et inintelligente de la nation.
Ainsi, les administrations et l’armée peuvent être facilement circonvenues par leurs chefs ; ies fabricants, les directeurs d’ateliers, peuvent inflaenca* le vote naturel de leurs subordonna, par des menaces de renvoi. Les prètree de l'ÉgUse peuvent
CHAPITKE I.
égarer ceux qu’fls sont chargés de conduire dans la bonne voie.
La supercherie des uns , la peur et l’aveuglement des autres , viennent fausser de la sorte la sincérité des élections.
Au lieu de temporiser, la partie démocratique du Gouvernement provisoire aurait sagement fait d’adopter la proposition de Louis Blanc : la révolution de Février, disait-il, nous impose le devoir de rédiger sans délai une constitution véritable’ment républicaine, qui sera présentée à la sanction d’une assemblée nationale.
11 est évident qu’une pareille constitution , en rapport avec les besoins du pays, et acclamée d’idwrd par le peuple , eût été ensuite votée d’entbousiasme paries élus du suffrage universel. Nul, alors, n’aurait osé attaquer l’inviolabilité des représentants , et les fatales journées de Juin n’entacheraient pas l’bisiloire de la France.
'L’iiésitatioa 'du pouvoir à réaliser des réformes indispensables , les intrigues des réactionnaires , la violence de certains patriotes imprudents, devaient bientôt détruire' l’harnaonie qu’on avait cherché à établir entre toutes les cbsses.
Les bons citoyens , justement effrayés de la tes^
li MÉMOIRES DE CAUSSIDIEBE.
(lance des choses , prévoyant d’inévitables conflits, venaient dénoncer les espérances coupables des ennemis de la République.
En même temps , Blanqui , dans son club, continuait sa guerre haineuse contre le (jouvernement, dont il signalait, chaque soir, les allures boiteuses. U traitait également de suspects et d’ennemis tous les démocrates qui n’approuvaient pas exclusivement ses idées et qui ne partageaient pas ses passions. Aussi, la contre-révolution ne manquait pas d’exploiter les emportements insensés de ce club, pour inquiéter la France.
Cette excitation des esprits préoccupait fortement les hommes de l’Hôtel de ville.
Moi aussi , je voyais avec douleur se multiplier des complications périlleuses. Il me répugnait de penser que peut-être bientôt la raison et la justice devraient recourir à la force.
J’invitai quelques amis dévoués, qui avaient pied dans la bourgeoisie , à lui faire comprendre combien elle avait intérêt au maintien de la paix; qu’elle ne devait point obséder le pouvoir, ni le compromettre dans une politique rétrograde.
J’en causai avec M. Lamartine, qui vint me voir. Il me manifesta, à son tour, des crainte sur les