‹ Mémoires de CaussidièreChapitre 70 sur 142 · CHA.PITRE U · texte numérisé non relu

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qu’on leur avait solennelleaieut promise quand on avait peur d’eux.

C’est tellement vrai, que beaucoup de patriotes accusaient Louis Blanc de paralyser l’instinct révolutionnaire du Peuple, en l’entretenant d’intérêts matériels seulement. Ils accusaient aussi les collègues de Louis Blanc d’avoir inventé le Luxembourg pour détourner l’attenlion des ouvriers, et les empêcher de contrôler leurs actes : « On a donné au Peuple un osa ronger, ajoutaient-ils, jusqu’à ce qu’on soit en mesure de le lui retirer. »

Quoi qu’il en fût, tous cesbr uits effrayants etperfides avaietit produit leur effet. Le ministre de l’intérieur, qui, mieux que tout autre, devait connaître et juger le Peuple, se laissa aller à la panique générale, et donna ordre de battre le rappel dans tous les quartiers. Au bout d’une heure, la capitale entière était en mouvement : les bataillons se hâtaient d’arriver de tous côtés sur la place de l’Hôtel de ville, pour former un rempart contre les prétendus ennemis de la République. Les faubourgs et la banlieue accoururent également au secours de la République en danger.

Un esprit de vertige semblait planer sur Paris.

Cependant la colonne, qui s’avançait en bon or-

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jdrele loog du quai, se trouva bientôt en préeenoe de la garde nationale et de la garde mobile, qui, considérant les ouvriers comme ennemis, leur barra le passage. Les abords de la place et du pa> lais étaient inaccessibles, et les travaiUears inoffeo> sifs ne parent pénétrer jusqu’au Gouvernement provisoire. Blessés de cet accueil, ils murmuraient déjà, lorsque le bruit circula parmi eux que Louis Blanc v^ait d’être assassiné. Ce fut seulement alors qu’éclatèrent des menaces et des impréca* lions.

Les généraux Courtais et Duvivier firent ouvrir un passage qui pernuteo^n à la coloone, venue du champ de Mars, de défiler devant les membres du Gouvernement.

Ce défilé s’effectua toutefois à grand’ peine. On avait laissé devant l’Hôtel de ville une ligne de gardes nationaux, fort épaûsse. La baie se resserrait à chaque instant, au point d’arrêter et d’empêeber la manifestation populaire, qui dura plusieurs heuees. >

Il est à remarquer que pendant tout ce tempslà, une cinquantaine d’indivkks, apostés vers les, marches de l’Hôtel de ville, oe oessèpent de crier : Vive la Ih^ublique ! à bas les communistes ! cri

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plus OU moins répété par les gardes nationaux, et qui semblait une incrimination provoquante, adressée aux ouvriers. Cette manœuvre, dont on ailtribue les honneurs de l’invention au ciioy^en IHarrast, produisit son effet ; elle scinda le Peuple en deux camps, et ranima les haines apaisées, en apparence, avant cette malencontreuse journée. Et tandis qu’on criait ainsi : Â bas les communistes! le cortège, en passant, répondait : Vive la République démocratique ! vive Louis l^anc ! vive Ledru-Rollin *

M. Garnier-Pagès, qui a toujours eu une passion mallieureuse pour la popularité, se glissa alors entre ses deux collègues acclamés par le Peuple, et s’empara du bras de Ledru-Rollin. Celui-ci fit un geste pour le repousser :

^ «-Comment, mon bon, vous me refusez le bras? lui dit Garuier-Pagès.

— Si vous me tendiez plus souvent la main au conseil, répliqua Ledru-Rollin, vous auriez mieux le droit de me prendre le bras en public, »

Le Gouvernement tout entier était alors sur les marches de l’Hôtel de ville. Quelques-uns des membres descendirent au milieu de la garde nationale et du Peuple, Dupont (de l’Eure) en tête, appuyé

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sur le bras de Louis Blanc ; puis ils remontèrent à la fenêtre de la salle du Conseil.

Et les députations se succédaient à l’Hêtel de ville. G’étaient'de nouvelles députations d’ouvriers, venant attester que le Peuple voulait la République démocratique et sociale, l’abolition du prolétariat, l’organisation du travail et de l’association ; c’étaient des émissaires de la banlieue qui offraient leur concours au Gouvernement provisoire. Et le citoyen Lamartine, qui tint longtemps la parole au milieu de celte crise, répondait que • au- « cune division possible n’existait entre les memc bres du Pouvoir;» ajoutant, un peu plus bas, que

< l’indivisibilité du Gouvernement provisoire de-

< vait être la conquête civique de cette magnifique « et unanime manifestation. »

Là, en effet, était le caractère de la démonstration du 16 avril. Le sentiment du Peuple, sinon son projet, était opposé à la majorité contre-révolutionnaire du Gouvernement, qui appela à sou aide la garde nationale, grâce à la connivence inexplicable du ministre de l’intérieur.

M. Ledru-Rollin ayant fait battre le rappel, tous les ennemis de la révolution trouvèrent l’occasion excellente pour venir protéger leurs complices de

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