‹ Mémoires de CaussidièreChapitre 71 sur 142 · CHAPITRE q. 2T · texte numérisé non relu

CHAPITRE q. 2T

l’Hotel de ville; et c’est ainsi que la bourgeoisie de la garde nationale cria toute la soirée : « A bas les socialistes / » c’est-à-dire : «A bas la révolution de Février! » tandis que le Peuple criait : « A bas le prolétariat ! »

Aussi le 16 avril fut-il surnommé la jotMTté* dea dupet.

La réaction seule y trouva son compte.

Ce qui n'empêcha pas le Gouvernement provisoire de comparer, le lendemain, dans ses proclamations, la journée bourgeoise du 16 avril à la journée populaire du 17 mars.

On lisait dans la proclamation du 17 :

« Le 1 6 avril n’a fait qu’ajouter une consécration à ce qu’avait si puissamment inauguré le 1 7 mars. De même que le 17 mars, le 16 avril a montré combien sont inébranlables les fondements de la République. Citoyens, Vunilé du Gouvernement provisoire représente l’unité de la patrie. C’est ce que vous avez compris; grâces vous en soient rendues ! »

ËITectivement, il y avait dans la nation la même harmonie qu’à l’Hôtel de ville : une scission profonde, hélas ! entre les deux classes de citoyens ; — l’anarchie !

S6 MÉMOIBES DE CAUSSIDIERE.

Il eet manifeste, d’aprës ces aveux et ceux de M. Lamartine, dans ses éloquents discours aux députations, que le avril fut provoqué et exploité par la majorité réactionnaire du Gouvernement, tt servit à sa consolidation.

Et cependant, le lendemain, les ouvriers du Luxembourg protestèrent par une adresse publique. La presse et Topinion interprétèrent de mille façons cette journée énigmatique, et le Gouvernement lui-même, le 18 avril, fut obligé de rappeler à la concorde les citoyens des diverses classes, recommençant, depuis deux jours, de déplorables hostilités.

Les vrais républicains, les partisans de k République démocratique et sociale, ne se trompèrent point, cependant, sur la signification du 16 avril et sur la faklité de ses conséquences.

Us comprirent, à ce moment, qu’on trahissait la révolution, et que la destinée de la République était compromise.

CflAPITRË 111

Paris en deux camps. — Le <7 aTril. — Les corps de garde. — Le 18 avril. — On 1»( le rappel. — Le ministère de l’intérieur. — L’état-major. — L'épidémie de la peur siège i PHétel de ville. — Contes sor les commiiiiistes. — Saturnale île fusils. — Pafroiiille préfectorale. — 40,000 hommes. — BUnqui introuvable. — M. Cahet. — Les généraux Courtais cl DoviTier, — Proclamation sur le rappel. — Les gardes nationaux p<Hirfai* vent les ouvriers. — Arrestation de Flotte, — La blouse et l’babit. — Suis-je communiste? — La 'peine de mort. — Respect à la propriété. — Discordes sociales. — Décrets populaires. — Abolition deo droits snr la viande et sur lus JboiosoBc. — Impôt «somptuaire. — Inamovibilité de la magistrature, — M, Bartiic destitué. — 65 généraux à la retraite. — Hypocrisie et intrigues. — Serment et trahison de Louis XVI. — ConspinatiaD contre la République.

La journée du 16 avril, outre qu’elle scinda la population en deux camps, amena beaucoup d’actes agressifs contre les communistes, ou autres citoyens portant la blouse de l’ouvrier. Le lendemain se passa en propos violents, tenus dans les corps de garde et sur les boulevards, en provocations

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M HÉUOIBBS DE CAUSSIDIEBE

de toute sorte. Néanmoins, l’ordre matériel ne fut pas troublé, et l’on pouvait présumer que cette émotion étant dissipée, les choses allaient suivre leur allure habituelle, lorsque le 18, dès six heures du matin, le rappel fut battu dans les rues.

Paris ressembla en un clin d’œil à une ville assiégée.

J’envoyai au ministère de l’intérieur pour savoir quel grand danger menaçait la capitale : il fut répondu qu’on ignorait le motif de cette levée de boucliers; qu’il était question de communistes devant attaquer le Gouvernement.

J’envoyai à l’état-major ; tout le monde semblait avoir le cerveau félé, ce jour-là ; l’épidémie de la peur avait encore augmenté d’intensité depuis le dimanche !...

L’Hôtel de ville se préparait à un siège. Mes exprès, lancés à chaque instant dans toutes les directions, me rapportaient que les gardes nationaux se précipitaient vers les places d’armes des différentes légions, en affirmant que les communistes allaient mettre tout à feu et à sang; que le Gouvernement provisoire était cerné dans l’Hôtel de ville, etc., etc.

La garde républicaine et les Montagnards

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