CHAPITRE XIII
J’étais désolé qu’on eût violé l’Assemblée nationale, et j’en témoignai tout haut mon mécontentement. Une personne, qui resta pendant tout ce temps dans mon cabinet, m’entendit dire :
« La sottise faite aujourd’hui sera peut-être la mort de la République. >
M. Ëlouin, chef de police municipale, me dit, eu présence de personnes qui s’en souviennent :
« Votre conduite a été ferme et sage. »
Si je reproduis ces paroles, c’est que M. Élouin a déposé ensuite qu’il n’avait pu juger de mes impressions dans ce moment difficile. J’avais commis la faute de le conserver en place; il devait tôt ou tard m’en infliger la punition. Ce n’est point pour flatter l’opinion que j’écris ce livre, mais bien pour énoncer ma pensée entière. En révolution, il n’y a que les nullités absolues qui n’ont pas d’ennemis.
Je voulais, par une lutte constante en faveur des principes démocratiques, amener les nations européennes à suivre notre exemple et à se constituer en République. Or, pour obtenir ce résultat, il fallait conduire avec ordre et sagesse la question des affaires. La démonstration du 15, en apportant ces désordres avec elle , semblait donner gain de
MÉMOIRES DE CAU8SIDIERB.
cause à nos ennemis, qui dirent ensuite : vous voyez les résultats du droit souverain dans les m»ins du Peuple. Aujourd’hui il crée une assemblée par son suffrage; le lendemain, il la brise!
De là, des calomnies sans fin et des tentatives plus effrontées pour retourner à l’ancien régime.
Pour ma part, j’étais outré et humilié, tout à la fois, du rôle presque passif que j’avais été contraint (le jouer dans cette affaire; de fausses mesures ayant été prises en dehors de moi, et mon indisposition m’ayant confiné à la Préfecture. ' ’’ Un amour-propre fatal inspirait le désir du commandement absolu à ceux qui étaient investis de quelque autorité. Je portais ombrage à certains hommes et comptais pour peu dans leurs décisions.
J’avais renvoyé une partie des Montagnards à leur caserne. Bien qu’ils eussent eu la fibre du mouvement surexcitée à un haut degré, ils s’étaient tenus tranquilles, et se contentèrent de crier : Vive la République démocratiipu! ! lorsque la garde nationale défila devant eux. Ils furent, du reste, parfaitement calmes et inoffensifs. •
Dans la soirée, le capitaine Bertrand m’apporta la liHtre suivante :