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CHAPITRE Xm

d’un nombreux état-major, et des élèves de l’école Polytechnique faisaient aussi partie de cet appareil militaire.

A peine fûmes-nous entrés dans la salle voisine de celle où siégeait le Conseil, que nous vîmes arrêter le colonel Saisset, qu’on avait mandé, comme nous, pour paraître devant la Commission exécutive.

Un capitaine d’état-major, auquel on avait dit d’aller chercher le colonel pour affairei de service, voyant à quelle mission on l’avait employé, entra en fureur; il lança son chapeau par terre, et tira son sabre pour le briser.

« Où est le misérable, criait-il, qui m’a fait faire le sergent de ville, pour arrêter mon colonel? »

Il fut entouré, et l’on eut beaucoup de peine à calmer sa colère, en lui assurant que l’arrestation n’aurait pas de suites!...

Mercier me dit alors :

« Serions-nous tombés dans un traquenard?

— Je ne le pense pas, lui répondis-je ; peut-être avait-on contre Saisset des motifs qui n’existent pas contre nous. >

Je fus alors appelé à entrer an Conseil, où se

ir>8 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.

trouvaient alors quelques ministres et plusieurs sous-secrétaires d’État.

Le citoyen Garnier-Pagès prit la parole et me dit que les membres de l’Âssemblée nationale, ofTensés dans la dignité de leurs fonctions, en attribuaient la responsabilité au commandant de la garde nationale et au préfet de police, dont ils demandaient la destitution.

Je dus faire alors énergiquement l’énumération des services que je croyais avoir rendus à la Répir blique, depuis près de trois mois; passant presque toutes les nuits au travail, et ne cessant de donner des avis, soit sur l’intérieur de Paris, soit sur les départements.

« — J’en appelle, dis-je, au citoyen Ledru-Rollin; l’avez-vous donc révoqué aussi, lui, que je ne l’aperçois pas? >

Il se montra en ce moment ; il s'était tenu jusque-là dans une encoignure, le dos tourné; ce qui l’avait rendu invisible pour moi.

J’entrai dans les détails de la fausse position à laquelle on m’avait réduit en m’éloignant des affaires.

Je me plaignis des luttes que j’avais eues à soutenir contre les envahissements de l’Hôtel de ville ;

CBAPITRB XIII.

de riiidifférence qu’on affectait pour le corps des Montagnards et pour la garde républicaine, qu’on avait écartée des cérémonies publiques, et notamment 'du programme de la fête du 14 mai ; enfin, du refus de sanctionner les nominatioas d’of&âers dans le Moniteur.

Dans l’état où étaient les esprits n’eùt'il pas été imprudent de ma part d’envoyer ces troupes pour empêcher les manifestations de parvenir jusqu’à l’Assemblée, à moins que je me fusse misa leur tête, ce qui m’était physiquement impossible. N’avais-je pas aussi dû croire que le pouvoir et le président avaient pris des mesures extraordinaires.

Je terminai en ajoutant que j’étais prêt à résigner mes fonctions, et ne désirais que la paix nécessaire pour m’occuper de mes affaires personnelles, que f avais toujours trop négligées jusqu’à ce jour.

M. Garnier-Pagès prétendit que si je résignais mes fonctions, j’étais appelé à rendre encore des services à la République, et qu’une mission de haute importance me serait confiée. Je répliquai que, si je me retirais, je ne demanderais point d’emploi public , ce qui a’empéchefait pas mon dévouement à la cause populaire.

Ces messieurs m’invitèrent alors à passer dans la salle voisine, pour y attendre le résultat de leur délibération.

Comme je sortais, Flocon me tendit la main ; je la repoussai en lui disant :

— Je ne touche point la main qui me frappe.

— Vous avez tort , me répondit - il , je n’ai cessé de leur dire ce que vous venez d’exprimer ; ce sont des...

Je n’entendis pas le reste, et lui touchai la main.

Au boutd’un instant, je fus rappelé. M. Garnier- Pagès me déclara que la Commission exécutive me conservait dans mes fonctions de préfet de police.

« J’accepte, répondis-je, mais à condition qu’on s’occupera des Montagnards, puisqu’on a promis (les emplois ou du travail à ceux qu’on ne maintiendrait point en service régulier; à condition aussi que, dans le Moniteur de demain, seront insérées les nominations de la garde républicaine ; avec cela, j’aurai des moyens d’action, qui tourneront au profit de la République. >

La Commission exécutive me le promit solennellement. Je dis alors :

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