SUR SES MEMOIRES
JuE chevalier GuilIauI^e Temple , né à liOndres en 162?;, dç$çen^c4t 4'une branche cadette de la famille des Temple, 4^ Teipple-Hall , comté de Leicester, SeS( aïeu^ étoient venus, dit- on, s'établir en Angleterre avec Guillaume-le-Conquérant. Cette famille , après avoir été long-temps riche et puissante , fut proscrite sous le règne de Richard m, et dépouillée de «p^•esq^e tous ses biens 5 elle ne put pas même conserver Temple-Hall. Le grand-père de Guillaume suivit Sidney dans ses voyages , devint secrétaire du comte 4'Pssei^, pt n^OUrut preyôt ^e l'université de Dublin; i) composa en latin plusieurs ouvrages qui furent estimés dans le temps. Jean, son fils aîiié, voyagea d'a- I^rd à l'étranger 9 fut présenté à Charles i, qui lui dpnna la charge ^e ms^Ure de$ rôles (0 en Irlande, perdit spn emploi , fut jnembre du parlement d'Angleterre en 1644 ^t ^Ti i648, redevint maître des rôles après la rest^iir^tipn de 1660, et mourut en Irlande en 1677, à l'âge de soixante-dix-sept ans.
Le cl^evalier Guillanme Temple fit ses premières études sous la direction du docteur Hammond son
(i) Qarde des archives.
oncle, et les termina dans un des collèges de Tuniversitë de Cambridge. En 1648, il fit un voyage en France, où il séjourna pendant deux ans : il visita ensuite la Flandre , la Hollande et PAllemagne , apprit les langues de ces divers pays, retourna en Angleterre en 1654, et y épousa la fille du chevalier Osborn, gouverneur de Guernesey sous Charles i. U ne voulut exercer aucune fonction publique jusqu'à la restauration, et vécut pendant cinq ans en Irlande au sein de sa famille , entièrement livré à Tétude de rhistoire et de la philosophie.
En 1660, il fut membre de la Convention dlrlande, ptiis nommé, ainsi que son père, député au parlement d'Irlande par le comté de Carlow. H s y fit remarquer par ses talens et par son caractère : en 1662, il fut un des commissaires envoyés au Roi par le parlement, et connut pendant son voyage le duc d'Or-' mond , qui venoit d'être noiQmé lord lieutenant d'Irlande. Peu après son retour à Dublin , il prit la résolution d'aller s'établir en Angleterre avec sa famille. Le duc d'Ormond le recommanda au lord chancelier Clarendon et au comte Arlington, qui étoient les deux principaux ministres de Charles 11.
En i665 , lorsque la guerre éclata entre l'Angleterre et la Hollande, le comte Arlington, auquel il avoit témoigné le désir d'être employé à l'étranger, le fit charger d'une mission secrète auprès de Tévêque de Munster. U s'agissoit d'offrir des subsides à cet évêque , sous la condition qu'il attaqueroit sur-le-champ les Hollandais. La négociation réussit; Temple eut le titre de baronnet, et fut envoyé comme résident à Bruxelles. En 1667, il reçut ordre de se rendre à La
Haye. L'année précédente, il avoit déjà fait un voyage en Hollande , et y avoit connu le grand pensionnaire Jean de Witt.
La puissance toujours croissante de Louis xiv donnoit de sérieuses inquiétudes aux autres souverains de l'Europe ^ TAngleterre cberchoit à former une ligue qui fût en état de s'opposer aux conquêtes de ce prince. Les Pays-Bas, qu'il mônaçoit, ne pouvoient êtrc/sauvés que par Tinterve^tion de la Hollande, et la Hollande étoit alliée de 1^ France. L^ mission de Temple avoit donc pour objet de rompre cette alliance : il y détermina le grand pensionnaire, et le traité de la triple alliance fut conclu entre FAngleterre, la Hollande et la Suède. L'Angleterre et la Hollande se portèrent comme médiatrices entre la France et TEspagne ; il fut contenu que si Louis xiv ref usoit de faire la paix aux conditions qu'il avoit lui-même proposées à l'époque des premières . h^ostilités , nonseulement on fourniroit des secours à l'Espagne , mais .qu'on feroit la guerre par terre et par mer à la France, jusqu'à ce qu'elle, se fût restreinte d^s les limites fixées par le traité des Pyrénées. La médiation fut acceptée par les puissances belligérantes : Templeas- . sista avec Jenkins aux conférences d'Aix-la-Cbapello, ou la paix fut signée le a mai 1.668.
Peu de teinps après il eut le titre d'ambassadeur extraordinaire auprès des Etats -généraux, qui lui firent rendre de trèsrgrands honneurs : depuis Jacques I il n'y avoit eu que de simples çiivoyés anglais à La Haye. Il se lia plus étroitement que jamais avec Jean de Witt , et sut captiver toute la confiance du prince d'Orange , qui fut depuis roi d'An-
gleterte sous le noiti de Guillaume m. D'après ses instructions , il devoit ne rien négliger pou'r faire confirmer les stipulations de la triple alliance, et '^ur obtenir que l'Espagne, TEmpereuret les princes d'Allemagne y accëdassetit. Il y avoit réussi , lôrs- ■cju'il reçut idôpinémeht Tordre de revenir éù Angleterre.
Par suite de la triple alliance , Louis xrv avoit été obligé sinon d'abandonner, au moins diè suspendre, ^exécution *de ses desseins. Comme cette alliance avoit été négociée à La Haye; que les Etats-généraux âVôient rompu avec la France saiis qu'on leur eût donné aucun sujet de plainte 5 que depuis le traité d'Aix-la-Chapelle Jean de Wîtt avoit travaillé, de concert avec le chevalier Temple, à réunir les principales puisssmces de l'Europe contrëXouis xiv, Ce prince se ménageoit secrètement les moyens de faite tbmber tout le poids de 'éà vengefahce sur la Hollande. Le comte d'Estrades, son ambassadeur à Londres, agit habilement auprès du ministère anglais, dont il parvint à changer les dispositions. Lorsque les premières difficultés furent à^latiîes, la dûChésse d'Orléans (0 fit un voyage eh Angletert^ , ^^t profita de l'ascendaiit qu'elle avoit siirChariésïi^Oùr obtenir de lui' fout ce que Louis xiv désitoit. Il tfy eut ^ucun* traité signé, mais il fut décidé que Louis xiv pourroit attaquer la ^Hollatide sans iqtie l'Angleterre s Y opposât, et qrie Chartes déclareroit la guerre aux Etats-généraux aussitôt qu'il auroit pu feiire naître quelque prétexte de tuptùre.
(1) Henriette d^Angle terre, sœur de Charles ii, avoit épouse Monsieur, duc d'Orlëans, frère de Louis xiv.
Telle ëtoit Ja situation des choses lor^ue Temple arriva ^en Angleterre. Ayant rem{^ avec ^ële et avec succès toutes les missions dont ilavoit été charge , ne s'étant jsanais écarte en rien des instructions de son gourernement , il fut on ne peut plus étonné d'être accueilli très-froidement par le Roi et par les ministres : il ignordit les changemens qtù étoient survenue dans la politique de sa cour, et que Ton avoit soigneusement dérobés à la oonnoissânce du public. Âj^rès quelques conférences , dans lesquelles iJi ne fut question que de choses indifférentes, on l'instruisit des nouveausc engagemens que le Roi avoit pris avec la France : on voulut qu'il retournât à La Haye , et qu'ep continuant d'y entretenir des relations amicales avec les Etats^généraux , il cherchât quelque prétexte pour leur déclarer la guerre. Ce qu'on proposoit au chevalier Temple étoit également contraire et à ses idées jK)litiques , et à la loyauté de son caractère : il désapprouvoit toute alliance avec la France, et dans aucun cas il ne se seroit prêté au rôle qu'on vouloit lui faire jouer auprès des Etats-généraux. Les ministres ne pouvant le faire repartir pour La Haye, exigèrent que sa femme, qu'il y avoit laissée, y restât encore pendant quelque temps , afin de ne pas éveiller les soupçons. Par un hasard singulier, ce fut le retour de ^a famille en Angleterre qui fournit aux ministres le prétexte de rupture qu'ils cherchoient. Le capitaine du yacht qui ramenoit madame Temple avoit ordre de &ire baisser pavillon à la flotte hollandaise qu'il devoit traverser -, et si ou refusoit, de tirer jusqu'à ce qu'on tirâtsur lui. L'amiral hollandais, surpris d'une pareille bravade , vint à bord du yacht , et tenta vainement
d'entrer en explication. Lés ministres rejetèrent toutes les offres de satisfaction des Etats-gënëraux, et la guerre fut déclarée.-
Le chevalierTemple, après s'être prononcé contre les projets des ministres, s'étoit retiré à la campagne ; il y employa ses loisirs à composer divers ouvrages. Ce fut à cette époque qu'il écrivit ses Observations sur les Provinces-Unies. .
Cependant Charles ii, loin de trouver les ayantages qu'on lui avoit fait espérer d'une guerre contre la Hollande , avoit perdu un grand nombre de vaisseaux dans divers combats dont l'issue étoit restée douteuse-, d'un autre côté, cette guerre déplaisoit à la nation anglaise, et les communes menaçoient de ne plus voter de subsidetk Charles sentit la nécessité de faire promptement la paix ; il appela le chevalier Temple, et le chargea des négociations. L'ambassadeur d'Espagne en Angleterre avoit les pouvoirs des Etats-généraux : le traité fut conclu en huit jours, et signé le ig février 1674.
Temple fut alors en grande faveur : Arlington loi offrit d'abord l'ambassade d'Espagne qu'il refusa , et ensuite une place de secrétaire d'Etat qu'il ne put accepter, n'ayantpas àsadispositionlasommedesixmille livres sterlings qu'il lui auroit fallu payer pour en être investi. Au mois de mai, il fut nommé ambassadeur en Hollande : il étoit spécialement chargé d'offrir la médiation de l'Angleterre pour une paix générale, mais les puissances liguées contre la France élevoient de hautes prétentions -, Louis xiv étoit peu disposé à renoncer à ses conquêtes, et de longues discussions eurent lieu avant qu'on pût même tomber d'accord sur la