‹ Mémoires de ce qui s'est passeé dans la chrétientéChapitre 3 sur 22 · SUR LE CHEYAUER TEMPLE · texte numérisé non relu

SUR LE CHEYAUER TEMPLE

ville OÙ se rëùniroit le congrès. Ce ne fut qu^en 1676 que les négociations s'ouvrirent à Nimègue *, elles se prolongèrent pendant près de deux 'ans; Temple et Jenkins y assistèrent comme médiateurs, et le traité fut signé en 1678.

Dès Tannée 1 676 , le prince d'Orange avoit consulté le chevalier Temple, sur le projet qu'il avoit formé d'épouser la princesse Marie, fille du duc dTorck (0, et nièce de Charles 11. Ce fut la femme de Temple qui porta les lettres que le prince écrivit au Roi et au duc pour demander cette princesse. Le mariage se fit en 1677.

Après ]a signature du traité de Nimègue , le chevalier Temple retourna en Angleterre. Charles u avoit perdu to>ute sa popularité, et ne savoit plus à qui donner sa confiance; il jugea que lés talens et l'expérience du chevalier Temple pourroient lui être d'un grand secours, et il voulut le nommer secrétaire d'E^ tat. Temple refusa, maisil engagea le Boi à former un nouveau conseil composé d'hommes dont les opinions connues rameneroient les esprits, et il ccyisentit à en faire partie. Pour mieux servir le Roi , il se fit nommer membre du parlement par l'université de Cptibridge ; mais il porta rarement la parole à la chaimbre des 43Qmmunes.

Le caractère foible et vacillant de Charles 11 ne lui permettoit ni de persister dans le système qu'il avoit add^té, ni de. conserver loltig-temps sa confiance aux mêmes personnes : le chevalier Temple se vit bientôt négligé, et il cessa d'assister régulièrement au conseil; il n^p^esta même le désir de faire un voyage en Ita-

(l) Depuis, Jacques II.

lO NOTICE

lie. Le Roi lui proposa Tambassadie d'Espagne, qu'il deœpta. Tout ëtoit préparé pour son (départ, lorsifue Charles ii changea d'avis. Leparlement ayaiït été cassé, Temple demanda au Roi s'il devait accepter les offres de l'université de Cambridge, qui avoit l'intention de le nommer membre du nouveau parlement convoqué à Oxford. Charles répondit que , dafis la srtuation des affaires, il doutoit que sa présence p6t être utile dans la chambre des communes. Peu de temps après , en ti68o, il fut rayé de la liste des sm^mbres du conseil, ainsi que lord Essex et lord Cumberland. U se décida alors à renoncer entièrement aux affaires; îi fixa sa -résidenceàSheene, ety restapendant plusieurs années sans aller à la ville, sans même rendre aucune visite il ses voisins. En 1686, il acheta le château de Moor- -Park datts le comté de Surrey , et alla s'y établir. Dans «on voyage il s'arrêta pour voir le roi Jacques 11 (0, qui lui fit des reproches obligeans sur le parti qu'il avoit pris de ne plus exercer aucnn emploi public. Temple fut touché et non ébranlé ; il remercia le Roi, et lui promit de ne jamais rien 'faire contre son service.

Il tint i^eligieusement sa parole lors de la révolution de 1688. Malgré ses anciennes liaisons avec le prince d'Orange , il ne prit aucune part à cette révolution , retint près de lui son fils, qui vouloit aller au devant du prince, et ne vit le nouveau roi que lorsque Jacques Il eut quitté l'Anglef erre. Guillaume m, loin de désapprouver sa conduite, lui fit le meilleur accueil, le pressa d'accepter une f^lace de secrétaire 5 mais

(i) Charles u ëtolc mort en i685i le duc d'Yorck son frère lui avoit •ucce'de.

SUR LE CHEVALIER TEMPLE. Il

Temple ayant engagé sa parole à Jacques ii , résista "aux offres du prîncé et aux sollicitations de ses parens et de ses amis-, il retourna à MoiMr^Park vers la fin de 1689, décidé à y finir ses jours. -Guillaume n'ayant pu l'attacher à son service , le consultoit souvent sur les affaires les plus importantes; il alloittnéme le visiter quelquefois dans sa retraite.

En 1694, Temple perdit sa femme, qui, comme on Ta vu plus haut, avoit été chargée des premières dépêches pour le mariage du prince d'Orange avec la 'princesse Marie, et qui avoit toujours entretenu de^ puis une correspondance suivie avec cette princesse. Il lui survécut quatre ans : il étoit violemment tour- "menté par la goutte ; Fexcès de la souffrance affoiblit à la longue ses facultés intellectuelles. Il mourut en 1698, à Page de soixante-dix ans, et fut enterré à Westminster (0.

Le chevalier Témplé , comme homme public , s'est toujours montré ennemi de la France, et il se montre tel dans ses Mémoires. La haine qu'il porte aux Français, sa 'prédilection pour ses compatriotes, ses préventions en faveur du prince d'Orange, lui permettent rarement de parler en historien tout-à-fait impartial. Qu'il saisisse toutes les occasions qui se présentent de

(i) « L'Angleterre, dit Saint-Simon, perdit cette année dans un siin- (c pie particalier vLn de ses plus beaux omemens , je teux dire le cheya-

*c lier Temple, qui a également figure' arec la première réputation dans « les lettres et dans les sciences, et dans celle de la politique du gou- « Temement, et qui s'est fait un grand nom dans les plus grandes am- <( bassades , et dans les premières m<îdiations de la paix générale. C'e'toit

'«c an hàiaime iâ^spnt , d'ittsinnation et d'adresse, un homme simple « d'aiHears , qui ne cher&hoit point à paroitre, et qui aimoit à se réjouir « en vrai Anglais, sans aucun souci de l'e'lévation de bien ni de i'ora tune, v

vanter k valeur des troupes anglaises, rien de plus naturel ; mais ne pouvoit-il pas faire valoir ses compatriotes sans être injuste à Fëgard des Français, et sans s'exprimer sur eux d'une manière injurieuse ? Nous en citerons quelques exemples :

c( De toutes les troupes de M. de Turenne, dit-il, (( il n'y en eut point qui se signalassent si souvent, « et qui témoignassent tant de bravoure, que les rë- « gimens anglais qui ëtoient encore au service de (( France ; les Allemands leur attribuèrent tous les « succès de M. de Turenne, et lui-4néme leur en « attribua une grande partie.» Les rëgimens anglais firent sans doute leur devoir, mais on ne voit dans aucun Mémoire du temps que Turenne leur ait attribue la plus grande partie de ses succès. « M. de c( Lorges (après la mort de Turenne), dit ailleurs le « chevalier Temple, passa le Rhin à la vue de l'armée « impériale, par les bons ordres qu'il donna partout, « et à la faveur de la bravoure des rëgimens anglais, « qui arrêtèrent plusieurs fois les Impériaux, et douce nèrent temps au reste de l'armée de passer. » Il est encore ici contraire à la vérité que M. de Lorges ait fait entièrement couvrir sa retraite par les rëgipiens anglais, qui auroient seuls soutenu le choc de l'ennemi. « Nos flottes, dit encore le chevalier Temple, « sembloient plutôt affoiblies que fortifiées par la ce jonction de celle des Français ; nos matelots com- « battoient lâchement, et il paroissoit qu'ils se dé- « fioient plus de leurs alliés qu'ils ne craignoient leurs ^< ennemis. » Ces passages ne méritent pas d'être réfutés sérieusement^ en les transcrivant, nous n'avons eu d'autre objet que de montrer jusqu'où les meilleurs

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esprits peuvent être entraînes lorsqu'ils se laissent dominer par d'absurdes préventions.

Le chevalier Temple avoit écrit des Mémoires qui comprenoient tout le l^ps de temps pendant lequel il a exercé des fonctions publiques : la première partie étoit consacrée aux négociations dont il a été chargé depuis l'année i665 jusqu'en 16705 elle n^ jamais été imprimée ni même connue, a Le chevalier Temple, « dit le docteur Swift, m'a bien des fois assuré qu'il « avoit brûlé cette partie de ses Mémoires. »

Swift croit que Temple se décida à anéantir son ouvrage parce que lord Arlington , qui y étoit loué comme ayant puissamment contribué à la conclusion de la triple alliance, avoit plus tard changé de système, et signé un traité avec la France contre la Hollande. Cette première partie des Mémoires de Temple, lors même qu'elle auroit été publiée, n'auroit pas pu être insérée dans notre Collection 5 on n'y auroit traité que des affaires propres de l'Angleterre, de ses démêlés et de ses négociations avec les divers Etats de l'Europe, et elle ne se seroit rattachée qu'accidentellement et indirectement à l'histoire de France. Après avoir supprimé la première partie de ses Mémoires , le <^heyalier Temple consentit à ce qu'on publiât sa correspondance avec les ministres , et il la revit luimême quelque temps avant sa mort. Cette correspondance a été imprimée en 1699, en 1700 et en 1703, et traduite en français. Elle renferme des documens précieux sur les affaires de l'Europe depuis i665 jusqu'en 1670, et plusieurs anecdotes plaisantes et peu connues. Nous en rapporterons une qui ne se trouve dans aucune des relations que nous avons eues

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SOUS les yeux. Louvois ayant fait quelques changeméns dans le service des postes, envoya, un exprès en Hollande pour en avertir les Etats-gënëraux. Ces changemens déplurent aux nëgocians hollandais , et les Etats-gëoëraux hésitèrent sur le parti qu'ils avoient à prendre. M. de Beuninghen, auquel Tenvoyé sV dre&soit pour obtenir la réponse à sa dépêche , lui demanda s'il connoissoit la Hollande. L'envoyé ayant tépondu qu'il y veUQit pour la première fois , M. de Beuninghen lui dit que les villes étoient belles, et fort rapprochées les unes des autres. ; qy,e tous les ëlxangers avoient la curiosité de les visiter ; qu'il lyi conseUloit de se promener pendant huit ou dix jours, qui lui suffiroient pour le$ yoir toutes ; et qu'à sou retour il trouveroit la réponse expédiée. Le Français se retira très^mécontent : il dit que M. de Beuningheu l'avoit envoyé promener 5 que si les Hollandais vouloient avoir leurs lettres, ils les euverroient chercher •, et il repartit immédiatement pour la France.

La deuxième partie dçs Mémoires du chevalier Temple contient le précis des guerres entre la Frçiuçe et la HoUancle depuis l'année 167 a jusqu'au traité (Je Nimègue , et une relation très-détaillée des négociar tions qui précédèrent ce traité. Après avoir lu les Mémoires écrits par des Français contemporains , et dans lesquels on ne parle qu'avec une sorte d'admiration de cette époque brillante du règne de Louis xiy, il est curieux et piquant de conpoitre la mapière de voir d'un fsnnemi déclaré de la Frsince 3ur cette même époque. Sous ce rapport, la deuxième partie 4es Mémoires du chevalier Temple est un des morceaux les plus intër^$sans de notre Collection ; maiç nous fe-

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rons remarquer avec Jacques Bernard (0 qu'il faut la lire avec prëcaution et discernement. En effet, on prendrait une idée très-fausse des hommes et des choses si on adoptoit sans restriction les récits et les opinions de Tauteur.

Cette partie des Mémoires de Temple a été imprimée en anglais à Londres en 1692 , et la même année on en a publié une traduction française à La Haye. En 1693 , on a donné également à La Haye une seconde édition de cette traduction : le texte est absolument le même , à Fexception du premier paragraphe, dans lequel on a fait un léger changement. Le chevalier Temple, au commencement de la deuxième partie de ses Mémoires, padoit de la première, et disoit à quelle époque elle s'arrétoit. Comme cette première partie n*a pas été publiée , le nouvel éditeur a jugé à propos de changer les premières lignes de Touvrage. « La traduction est correcte , dit un journal « ^timé du temps ; elle rend bien les idées de Tau-* « teur, et quelquefois le traducteur ajoute deun^ ou K trois mots qui éclaircissent le texte , et qui tiennent « lieu de commentaire (2). )>

Il nous reste à parler de la troisième partie des Mémoires du dievalier Temple , qui commence à la paix de Nimègue , et qui se termine à Tépoque ou rauteur renonça entièrement aux affaires publiques. Dans cette partie Fauteur ne s'oœupe que des intri-r gaes qai divisoient les membres du conseil , et des déaiélës du Roi avec le parlement; il y est peu question des affaires générales de TEurope. Elle est donc

(i) HooTelles de la république des lettres. — (a) Aaia Eruâitorum , jairier 1693. i

x6 NOTICE

sans intérêt pour Thistoire de France , et nous n V vous pas dû Tadmettre dans notre Collection.

Outre ses Mémoires et ses lettres, lé chevalier Temple a laissé plusieurs autres ouvrages , parmi lesquels on remarque des Observations sur Vétat des Provinces-Unies des Pajrs-Bas; une Introduction à V Histoire ^Angleterre; des X!onsidérations sur la situation des disperses puissances de V Europe par rapport à V Angleterre; des Recherches sur l'ori" gine et la nature du gouvernement^ sur les moyens ^avancer le commerce de F Irlande; un Essai sur les mécontentemens populaires; un Essai sur le savoir des anciens et des modernes^ et une Défense de cet Essai; d'autres Essais sur la santé et sur la longue vie, sur Texcès des afflictions, sur la vertu héroïque, sur la poésie, etc.^ des Pensées sur les divers états de la vie et de la fortune, sur la conversation, etc. Ayant été tourmenté de la goutte depuis Tâge de quarante ans , n'ayant jamais voulu consulter de médecin , et s'étant toujours traité lui-même , il avoit composé un Essai sur Temploi du moxa pour la guérison de cette maladie.

Comme homme public et Comme écrivain , Temple est fort estimé en Angleterre. « Ce ministre, dit Huçie, « à qui la philosophie avoit appris à mépriser le monde « sans l'avoir rendu moins propre à s'y faire honneur « par son mérite, étoit d'un naturel ouvert, sincère, « supérieur à toutes les petites ruses des politiques « vulgaires. » Hume le loue avec raison de s'être préservé de la licence excessive qui déshonore presque tous les ouvrages anglais composés à cette époque. « La teinture de vanité que l'on remarque dans ses

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