‹ Mémoires de Charles Gozzi ... écrits par lui-mêmeChapitre 118 sur 134 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

médie : < Calon s'avance, dêcatomsons-h. » Mon valet de chambre m'avait annoncé d'une voix sonore le seigneur Pierre-Antoine, et je vis entrer le personnage, le visage couvert de son masque, comme s'il eût voulu garder l'incognito. Enfin , il daigna montrer sa face, et je remarquai avec un certain effroi la contraction de ses traits , l'inquiétude du regard , le frémissement des membres, l'inconstance et l'irrégularité des attitudes.

— Signor comte , me dit Pierre-Antoine , je viens dans le dessein de vous faire entendre raison , et non pas comme un suppliant.

Je lui répondis que j'étais extrêmement prêt a écouler ses raisonnements. Le Démosthène avait préparé son discours. Il me vanta sa naissance, son éducation, la richesse de son patrimoine, les hauts emplois qu'il occupait et ceux qu'on lui réservait encore. Il vanta sa jeunesse, sa figure, sa noblesse, sa force corporelle, et traça de lui-même un long et brillant panégyrique. Ce fut pourtant le plus raisonnable morceau de la harangue, car l'incohérence la plus bizarre régna dans le reste de ses paroles.

— Si je suis tombé pour un instant, disait-il, de cette position si belle et si enviée, dans le ridicule, la faute en est a vous seul et a votre comédie... Que cette comédie soit innocente ou offensive , ce n'est pas aujourd'hui le moment d'examiner cette question Une

grande partie de la noblesse est jalouse de mon mérite, et c'est a cette jalousie que votre pièce a dû jusqu'à présent son succès... J'ai fait la cour a quantité de

grandes dames; mais je les ai trouvées en général indiscrètes, insupportables, et je les ai plantées la; c'est pourquoi je compte parmi elles des ennemies... Lorsque je passe dans les rues , la canaille s'assemble en s'écriant : « Voila le secrétaire Adonis de la comédie de Charles Gozzi... J'ai dû me plaindre... Il y a pourtant des gens qui m'ont fermé leur porte au nez... Vous avez de l'humanité, de la religion et de l'honneur; c'est à vous qu'il appartient de suspendre le cours des représentations de cette pièce. Vous pouvez le faire, et c'est votre devoir. Sacchi vous a trop d'obligations pour refuser de se rendre a vos ordres. Le public vous considère comme mon persécuteur; il s'indignera, il embrassera quelque jour ma défense, et vous deviendrez odieux a votre patrie.

Je répondis avec sang-froid a toutes ces idées décousues. Je rappelai au seigneur Gratarol tout ce que j'avais entrepris pour empêcher la représentation des Drogues de V Amour. Je lui démontrai qu'il s'abusait en croyant que j'étais le maître de laisser ou de retirer la pièce. A mesure que je parlais, le malheureux s'irritait et s'exaltait davantage. Il approchait sur une pente rapide du degré de la folie.

— Tout ceci ne conclut pas , disait-il en trépignant. Il

faut , il faut bannir cette pièce du théâtre Par Dieu !

je suis un homme bien né! je ne supporterai pas cette injure... Ce sont des inepties que vos réponses

Je tirai alors du milieu de mes papiers le prologue en vers, et j'expliquai le bon effet quej'en espérais. Pierre-

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