MES ANCÊTRES, MA NAISSANCE ET MON EDUCATION
L'origine de ma famille remonte au xrve siècle , et commence a un certain Pezolo dei Gozzi. Un arbre généalogique convenablement enveloppé de toiles d'araignée , saupoudré de poussière , dégusté par les vers , non encadré, mais sans contradiction, affirme cette vérité. N'étant pas Espagnol, je ne me suis jamais recommandé a aucun généalogiste pour me procurer une origine plus ancienne. Il y a, je ne sais où, des monuments historiques qui veulent absolument que ma famille dérive des Gozze de Raguse, fondateurs de cette antique république. Dans l'histoire de Rergame, on lit que Pezolo dei Gozzi fut félicité par le sénat de Venise d'avoir exposé ses biens et sa vie contre les Milanais , pour maintenir sa province dans le domaine de cet invincible et très-clément gouvernement.
Les Gozzi, devenus citoyens de Venise, élevèrent
des habitations dans cette ville pour leurs vivants et pour leurs morts , comme on le peut voir dans la rue et l'église de Saint-Cassiano. Une des brandies de notre maison eut l'honneur de s'allier, au xvne siècle, avec une famille patricienne ; après quoi elle s'éteignit immédiatement. L'autre branche, d'où je descends, demeura dans sa bourgeoisie originaire a laquelle jamais elle ne fît honte. Aucun de mes ancêtres n'occupa de ces hauts emplois lucratifs auxquels peut prétendre la cittadinance vénitienne, d'où je conclus que les Gozzi furent de bonnes gens , pacifiques et point intrigants.
Il y a deux cents ans , le bisaïeul de mon père acheta six cents arpents de terre avec des bâtiments dans le Frioul, a cinq milles de Pordenone. La plupart de ces biens étaient des fiefs; or, a chaque succession, l'héritier devait renouveler l'investiture en payant quelques ducats a l'État. Les ministres de la chambre des feudataires a Udine, sont des gens d'une vigilance admirable. Si quelque héritier néglige d'apporter les ducats , et de jurer fidélité au gouvernement, ils mettent le séquestre sur son patrimoine le plus fidèlement du monde. C'est ce qui arriva lors de la mort de mon grand-père, par un oubli de ma famille : il nous fallut payer une grosse somme d'argent pour obtenir cette très-respectable investiture.
Mon titre de comte doit m'ètre accordé assurément par quelque parchemin. Ceux qui me refuseraient ce titre ne m'offenseraient point ; j'aimerais mieux cela que si l'on m'eût contesté sérieusement le peu de biens que mon père m'a laissés. Je suis fils de Jacques-Antoine