CHAPITRE XI
Les bruits publics m'apprirent que mon ancienne amie se conduisait bien, qu'elle vivait sage et fidèle épouse. Est-il besoin de le dire? je n'étais point né pour faire le galant auprès des femmes. Ma conquête ne pouvait pas être un sujet de triomphe, puisque je n'avais ni la gloire ni la fortune. Ma tournure d'esprit métaphysique ne plaisait que médiocrement au beau sexe, et, comme j'avais résolu de ne point me marier, mes troisièmes amours une fois éteintes, je pris mon parti de traiter désormais les femmes en observateur et non plus en amoureux. Par la suite , ma carrière théâtrale m'introduisit dans l'intimité d'un grand nombre d'actrices , belles, jeunes , dangereuses ; je ne fus que leur ami, et sous ce titre simple je passai , pendant bien longtemps , des heures délicieuses auprès d'elles. Les femmes sont ce qu'on les fait : le commerce d'un honnête homme les rend honnêtes; on pourrait seulement désirer qu'un homme perverti trouvât un peu plus de difficultés a corrompre leur naturel fragile et malléable. Les maris qui ne s'oecupent point de diriger leurs femmes méritent leur sort quand il leur arrive mal. Ce n'est pas que les belles soient faciles a conduire : mes misères en sont la preuve. Je fus si maladroit amant, que j'aurais sans doute fait un maladroit époux. C'est assez pour le repos de ma conscience de n'avoir jamais égaré les cervelles féminines par des sophismes , des discours subversifs tendant a détruire leurs principes, leur pudeur ou leur religion.