‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 1 sur 73 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Depuis vingt ans j'ai travaillé et produit autant, je pense, que la moyenne de mes contemporains, et néanmoins, si je venais à mourir demain, je laisserais peu de traces de mon activité scientifique, car mon nom ne .figure sur aucun catalogue de librairie. La faute en serait à moi, à la nature de mes écrits et à la tournure de mon esprit.

Je n'ai jamais été capable de composer une œuvre de longue haleine, un de ces gros livres, par exemple, appelés à l'honneur de devenir classiques, et dont je me garderais bien de médire puisqu'ils sont indispensables à l'éducation de la jeunesse. J'ai mieux aimé obéir à mes instincts de curieux et de critique, et disséminer mes efforts sur cent points différents. Que de fois ne m'est-il pas arrivé d'abandonner un travail touchant presque à sa fin, parce qu'au cours de son achèvement j'étais assailli par une idée incidente après laquelle je me mettais à courir pour l'approfondir, Ja fixer et la formuler au besoin. Que de fois, après avoir reproduit une proposition généralement acceptée, j'ai été subitement pris d'un scrupule, me demandant si elle était foncièrement vraie, ou seulement admise d'après l'autorité des maîtres. Alors je me mettais à

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vérifier, à contrôler, à critiquer, à réfuter pour parvenir, soit à l'affirmation, soit à la négation, bien souvent au doute, et le temps passait, et les veilles antérieures restaient infructueuses, et le manuscrit rentrait dans mes cartons. Ceux-là sont à plaindre, je l'affirme, qui sans cesse tourmentés par le doute et toujours en déliance contre les autres et surtout contre euxmêmes, ne se décident à écrire que ce qu'ils croient, à ne croire, que ce qui leur paraît rigoureusement démontré, à ne prendre enfin la parole ou la plume que dans le but arrêté de prouver quelque chose. Pour ceux-là la somme des résultats est loin de représenter celle des énergies dépensées.

J'ai voulu l'aire, ne fût-ce que pour moi-même, l'inventaire de mon labeur direct ou indirect, en dressant la liste des travaux que j'ai publiés moi-même ou inspirés à quelques-uns de mes chers disciples.

Cette entreprise ne constitue ni une protestation anticipée contre l'oubli ni une revendication vaniteuse pour mes mérites; je n'ai jamais été ni incompris, ni méconnu, ni dénigré, ni persécuté d'aucune façon. A la vérité, mes conceptions n'ont jamais été assez transcendantes, hardies ou paradoxales, pour provoquer des débats tumultueux et des négations passionnées. Je reconnais moi-même que mes contemporains ont le plus souvent accueilli avec une extrême bienveillance les quelques idées originales que j'ai introduites dans la science; loin de me plaindre donc, je me considère comme amplement rémunéré.

Le vrai motif qui me pousse à réunir mon bagage scientifique est facile à comprendre; les pièces s'en trouvant, dispersées dans les actes des sociétés savantes, les recueils périodiques et les thèses de Doctorat, il en résulte que souvent j'ai oublié moi-même l'époque et le lieu où j'ai avancé telle ou telle proposition, et qu'il m'a fallu perdre beaucoup de temps pour en retrouver l'indication bibliographique. Et. puis j'ai le désir légitime, j'oserai même dire la prétention d'avoir des élèves qui, adoptant mes vues personnelles, m'aident à les dé-

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fendre, à les vulgariser, à les faire progresser; ceux d'entre eux même qui ne travaillent pas directement à leur propagation veulent les connaître, ne serait-ce que pour me prouver leur sympathie. Or, ils n'ont vraiment pas le loisir d'aller glaner en tous sens les bribes de ma production; aussi est-ce principalement pour eux, passés, présents et futurs, que je réunis en volumes ces mémoires, ces notes et ces faits cliniques.

Plus d'un d'ailleurs s'y retrouvera, soit comme auxiliaire, soit comme auteur de quelque chapitre distinct. On rencontrera, en effet, dans ce livre, des travaux signés non par moi, mais bien par quelques-uns de mes internes, externes ou auditeurs simples de mes cours théoriques ou cliniques. J'ai particulièrement rappelé diverses thèses de doctorat perdues dans la collection immense et trop peu connue de notre Faculté.

On pourrait accuser ces emprunts et ces additions de grossir beaucoup mon œuvre; mais si le profit est incontestable pour moi, il est partagé, ce me semble, par les jeunes travailleurs qui ont plus de chance ainsi de faire connaître le fruit de leur labeur. D'ailleurs, grâce à ces emprunts faits aux jeunes par les vieux et réciproquement, il s'établit une solidarité, une intimité dont ni les uns ni les autres n'ont, je pense, à rougir, et qui servent à fonder ces familles scientifiques où tous les membres partagent et où personne ne se peut croire exploité par les autres.

Lorsque je conçus le projet que je réalise aujourd'hui, j'avais à choisir entre deux manières de faire. Ayant tous les matériaux sous les yeux, je pouvais faire un triage, garder les plus importants, écarter les plus faibles, ou bien réimprimer le tout sous la seule réserve d'adopter un certain ordre et de rapprocher les sujets ayant quelque affinité.

À coup sûr, je crois avoir publié certains bons mémoires et d'intéressantes observations, mais je ne saurais nier la médiocre valeur de quelques-uns de mes écrits; reproduire ces derniers, pensais-je en moi-môme, serait leur faire trop d'honneur. Je

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conclus donc à l'élagage; mais je ne pus réaliser ce projet. La paternité a des faiblesses et vous fait chérir les enfants disgraciés à l'égal des mieux doués; sacrifier une partie de sa progéniture est toujours cruel. D'ailleurs mon œuvre, en dépit de son décousu apparent, présente une certaine unité; les parties quoique séparées convergent vers un but commun et se tiennent par des liens visibles. Tel mémoire n'est que le développement d'une idée générale jetée en passant dans un autre; certaine observation n'est publiée plus tard que pour confirmer une proposition antérieure, une critique jadis formulée; il eût fallu, pour le moins, en supprimant certains opuscules, surcharger les autres de notes et de renvois bibliographiques.

Ces réflexions m'ont décidé à semer dans le même champ le bon grain et l'ivraie, laissant au lecteur le soin de cultiver le premier et de laisser périr la seconde.

Renonçant ainsi à purger mon couvre de ses scories, j'ai voulu être conséquent jusqu'au bout et j'ai reproduit fidèlement les textes primitifs, me bornant à corriger quelques fautes de style, à abréger quelques observations trop prolixes ou rédigées par des élèves inexpérimentés; en aucun point je irai modifié ni le sens ni l'esprit, croyant ainsi obéira une loi de probité scientifique qui veut qu'on accepte sa vie duranl la responsabilité des opinions émises en toute liberté à diverses époques.

J'ai beaucoup critiqué les autres, parfois même assez durement; il est juste que je subisse la peine du talion si je la mérite. Je puis d'ailleurs dire à tout venant qu'il sera le bienvenu s'il me signale quelque erreur ou quelque injustice; je ne demande qu'à me rétracter sur preuves suffisantes.

En relisant mes travaux, j'ai reconnu moi-même plus d'une faute commise et l'expérience m'a fait changer parfois d'avis. Dans ces cas, j'ai ajouté quelques notes en les datant et en les plaçant entre des signes qui les feront facilement distinguer de l'ancien texte.

On n'écrit pas vingt ans de suite sans changer quelque peu

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de manière, d'allure et même de tempérament; le style reflète souvent les impressions passagères sous l'influence desquelles on se trouve, et l'auteur sait bien pourquoi à telle époque il a trempé sa plume dans certain encrier. Si j'avais à refaire tel ou tel article, surtout ceux de critique, je leur donnerais sans doute aujourd'hui une forme différente. En quelques points de science je serais tantôt plus réservé et tantôt plus affirmatif. Mais, la forme mise à part, je n'ai pas, quant au fond, grand'chose à désavouer.

Ceci dit une fois pour toutes, non-seulement pour ce volume, mais pour tous ceux qui, je l'espère, le suivront à des époques assez rapprochées.

Je me livre donc tel que j'ai été jadis, tel que je suis aujourd'hui, et tel que je compte rester jusqu'à la fin de ma carrière, rempli de passion pour la science, d'amour pour la vérité, et d'espérance pour l'avenir de notre chirurgie. Puissent ces déclarations sincères me faire pardonner les imperfections trop nombreuses qu'on trouvera dans ce livre, et que je connais mieux que personne.

Avril 1877.

CHIRURGIE REPARATRICE

Je commence celte publication en reproduisant les divers travaux que j'ai écrits depuis vingt ans sur la chirurgie réparatrice.

J'avais d'abord fait porter mes recherches sur des points particuliers et des faits de détail, lorsqu'en 1860 je fus chargé pour le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales de deux articles de généralités : anaplastie et autoplastie.

Je dus alors utiliser tous les documents que j'avais rassemblés afin de publier plus tard un traité complet sur la matière, et il me fallut condenser beaucoup ces matériaux pour ne pas dépasser la place restreinte qui m'était accordée. Il en résulta pour ces articles une concision forcée qui en rend la lecture assez pénible et la compréhension souvent laborieuse.

J'ai dû rue contenter, en effet, de signaler parfois en quelques mots des faits généraux qui exigeraient de longs développements, et de renvoyer à chaque instant le lecteur à des articles futurs, dont l'ordre alphabétique imposé aux dictionnaires ajournait à plusieurs années la publication.

Je complais, à la vérité, combler peu à peu ces lacunes, en rédigeant moi-même to.us les chapitres afférents à la chirurgie

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réparatrice, ce qui eût certainement donné une plus grande homogénéité à cette importante partie de la médecine opératoire. Il ne m'a pas été possible de remplir ce programme.

S'il m'était permis d'attribuer un certain mérite aux deux mémoires qui vont suivre, je dirais qu'il réside dans la construction d'un cadre complet, méthodique, et capable de recevoir tous les détails relatifs à la restauration organique. De certains chapitres, par exemple, si je n'ai donné que le titre, rien n'empêchera quelque jeune chirurgien de décrire l'anaplastie ipav diérèse, synthèse ou exérèse, comme je l'ai fait pour l'anaplastie par prothèse ou autoplastie.

Le défaut d'espace m'a également interdit les citations complètes et explicites; telle méthode générale, tel procédé capital sont indiqués brièvement par le nom seul de leur auteur, et

supposés connus.

Par la même raison, mes jugements favorables tout aussi bien que mes critiques sont sommaires et dépourvus de preuves à l'appui. Je dois dire cependant qu'aujourd'hui même, après dix ans, je maintiens à peu près entièrement les uns et les autres.

Je ferai suivre Tanaplaslie et l'autoplastie des travaux publiés avant et après. Peut-être eût -il mieux valu suivre l'ordre chronologique, qui aurait mieux montré l'évolution de mes idées; mais j'ai préféré donner d'abord les pièces synthétiques et mettre au second plan les essais plus ou moins réussis de ma plume. J'ai laissé à la lin de l'article autoplastie l'index bibliographique dû à la patiente érudition de notre regretté confrère le Dr E. Beaugrand.

ÀNAPLASTIE (du grec -hy-ly-iiuv, refaire, former de nouveau, rétablir dans sa première forme). Ce mot est d'origine ancienne ; à-jy-iv.m:, dans Hippocrate, signifie le rétablissement de la forme ou ia coaplation d'un os fracturé, et encore la reproduction des chairs dans un membre émacié (Officine du médecin, §§ 15 et 24).

Longtemps oublié, ce terme a été repris par quelques modernes qui, sans en préciser toujours la signification exacte et l'étendue, l'ont appliqué à l'ensemble des opérations sanglantes qui ont pour but de réparer les parties perdues ou mutilées.

S'il fallait choisir entre l'acception moderne trop restreinte, et l'acception hippocralique, si large, si générale, nous adopterions sans hésiter cette dernière; elle implique en effet deux variétés distinctes de réparation organique. La première, spontanée et naturelle, se faisant lentement, molécule à molécule, ayant pour cause la tendance constante de l'organisme au retour- vers la structure normale, et pour agents tous les processus naturels : la cicatrisation, l'atrophie, la résorption des exsudais, la régénération des éléments analomiques, etc. Cesl l'anaplaslie naturelle ou histologiriue. La seconde suscitée par l'art, et pour laquelle le médecin met en usage toutes les ressources thérapeutiques : médicaments, hygiène, régime, moyens mécaniques, chimiques ou physiques, et en dernier ressort les procédés sanglants de la médecine opératoire; c'est l'anaplastie artificielle ou médico-chirurgicale.

L'admission de ces deux variétés est indispensable, car tous les jours elles se réalisent sous nos yeux, ou se combinent entre nos mains. Dans un grand nombre de cas, la nature se charge seule du travail réparateur, et lorsque nous intervenons pour rendre à un organe sa forme et ses fonctions, nous sommes toujours obligés d'ap-

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peler à notre aide les propriétés organiques sans le concours desquelles nos efforts seraient stériles. Quand même,, pour parler le langage de noire époque, et ne point trop étendre notre sujet, nous mettrions de côté l'anaplastie naturelle et la partie de l'anaplastie artificielle qui n'emploie que les médicaments, l'hygiène et le régime, nous trouverions encore insuffisante la définition actuelle; pour nous, anaplaslie chirurgicale est synonyme de chirurgie réparatrice dans l'acception la plus large du mot; c'est Vart d'effacer, de pallier ou de masquer les difformités congénitales ou accidentelles, quels qu'en soient le siège, la forme, l'espèce ou la cause; de restaurer la figure altérée des organes, de rétablir enfin les fondions compromises par des lésions anciennes, permanentes et incurables par les seules forces de la nature.

Celte définition est tellement générale, tellement vaste, qu'elle semble embrasser la plus grande parlie de la chirurgie. En l'adoptant, je m'écarte à coup sûr de la donnée vulgaire; j'espère cependant la justifier dans la suite à l'aide de quelques développements.

Le premier devoir est de tracer aussi nettement que possible les limites du sujet, de déterminer où commence, où finit la chirurgie réparatrice, et de fournir la caractéristique à l'aide de laquelle ou reconnaîtra qu'une opération donnée rentre ou non dans le cadre de l'anaplastie. Cette tâche, infiniment plus ardue qu'on ne le pourrait croire, ne semble avoir jusqu'à ce jour tenté personne. On a écrit de nombreux traités généraux, les monographies abondent et les faits particuliers sont innombrables, mais l'utile et difficile synthèse de ces documents esl encore à faire. Aussi l'étude de cette branche importante de la chirurgie est aujour dliui extrêmement laborieuse et le devient chaque jour davantage.

Une foule de principes contenus virtuellement dans les fails n'en ont pas encore été dégagés; plus on lit, plus on décojivrc d'aperçus nouveaux concordants ou contradictoires que, faute d'ordination méthodique, la mémoire est impuissante à retenir. Les prétendues lois sont étouffées sous les exceptions et les idées les plus ingénieuses sont noyées dans ce chaos. Faute d'inventaire exact et complet, on donne à chaque instant comme nouveaux des méthodes et des procédés déjà connus et appliqués depuis longtemps, sinon à la difformité même dont on s'occupe, au moins à des genres voisins ou tout à fait semblables. On talonne, on expérimente à l'aventure, on marche à l'aveugle sur des routes battues sans profiter de l'expérience des autres; faute encore de principes clairs et bien exposés, la chirurgie réparatrice ne pénètre

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que lentement dans la pratique commune. Constituant presque une sorte de spécialité, elle reste l'apanage d'un petit nombre d'opérateurs, quoique son exécution n'exige qu'exceptionnellement une dextérité particulière.

Je chercherai donc dès à présent à mettre en relief les principes généraux et les idées fondamentales que je traduirai de mon mieux en formules précises. Aux classifications arbitraires et artificielles actuellement en vigueur, je substituerai un ordre fondé sur les bases de l'analomie et de la physiologie pathologiques et qui satisfera surtout les besoins de la pratique. Si le résultat ne répond qu'imparfaitement au but, j'aurai du moins fait mes efforts pour étendre et vulgariser une des branches les plus brillantes et les plus utiles de la médecine opératoire.

Quelques mots d'abord sur la synonymie. La.science est encombrée de termes destinés à nommer les opérations réparatrices particulières, les groupes naturels qu'elles forment, et la partie de la thérapeutique chirurgicale qu'elles constituent. Celle richesse n'aurait pas d'inconvénients sérieux, si l'on avait au moins conservé aux mots leur valeur rigoureuse, mais le défaut de précision dans le langage a souvent produit la confusion dans les faits et dans les idées, de façon qu'une réforme est tout à fait indispensable; elle consisterait à conserver pour chaque opération une dénomination courte et claire ;ta attribuer un nom générique à la réunion des opérations similaires; à adopter enfin un terme unique pour désigner l'ensemble des actes chirurgicaux réparateurs.

Jetons un coup d'œil rapide sur les origines de la synonymie. Dans l'antiquité, les applications de l'anaplastie étaient déjà variées et nombreuses. Mais elles n'avaient pas de noms particuliers, et comme la généralisation était nulle, aucun rapprochement, aucune comparaison ne les réunissaient. Celsc parle de la réparation du nez, des lèvres et des oreilles mutilés, de la formation d'un nouveau prépuce, des opérations applicables à l'alrésie des parties génitales de la femme, à la syndactyiie congénitale et accidentelle, à la rétraction cicatricielle des doigts, à l'ankyloblépharon, à la lagophthalmie, à l'ectropion, à l'enlrcpion, au trichiasis; mais tous ces fragments sont épars dans des chapitres isolés qui ont pour titres des périphrases entières. Il faut arriver à Tagliacozzi pour trouver un essai de synthèse et une expression commune. Il intitule son livre de Chirurgia curtorum per insiiionem, indiquant à la fois le sujet qu'il explore et la méthode qu'il emploie; dans cette dernière seule réside la nouveauté, car titre et matière dérivent directement du fameux chapi-

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tre ix du septième livre de Celse. Tout eu admirant l'œuvre de Tagliacozzi, il faut reconnaître qu'elle ne constitue qu'une monographie circonscrite, excluant une foule d'opérations réparatrices indiquées fort clairement, au contraire, dans l'ouvrage de l'auteur romain.

On sait quel discrédit frappa les essais de Tagliacozzi. Le terme de Chirurgia curlorum, aussi bien que son objet, tout fut oublié; le mot insilio eut un meilleur sort, il fut repris au siècle dernier et au commencement de celui-ci pour désigner les expériences faites par Duhamel, Réaumur, John Hunter, Baronio et d'autres; expériences consistant à implanter sur un animal des parties complètement détachées de son corps ou empruntées à un autre animal. Les mots d'ente ou greffe animale, innesti animali (Baronio, 1801), furent adoptés, et sont à bon droit encore conservés dans la science comme s'appliquant à un ordre de faits spéciaux. Cependant ils reçurent une trop grande extension, car, en 1815, Percy range sous le titre à'enle animale, non-seulement les expériences des physiologistes précités, puis les cas de réunion de parties tout à fait ou presque tout à fait détachées qu'avaient observés chez l'homme Garengeot, Balfour et bien d'autres, mais encore les restaurations nasales de Tagliacozzi et celles des Brahmes récemment importées en Europe.

Comme il s'agissait là de choses évidemment très-distinctes, les Français et les Allemands, qui sont assez enclins au néologisme, s'empressèrent de créer des mots, un peu trop nombreux sans doute; les uns synonymes d'insitio ou de greffe, tels que transplantation, implantation, Yerpftanzung, Ueberpflanzung ; d'autres s'appliquant à la réunion de parties séparées, restitution organique, coalitus, Anheilung, Wiederanheilung, Wiedervereinigung, Wiederanwachsung ; d'autres enfin désignant les emprunts faits pour combler des perles de substance. La souche de ces derniers fut le mot Rhinoplastie, rhinoplastik, introduit par Gnwfe vers 1818. L'illustre chirurgien de Berlin créa dans cette occasion un néologisme des plus heureux en reprenant le verbe lù^cu-i , et en le combinant avec un autre radical grec. Dès lors, il fut aisé de donner à un grand nombre d'opérations réparatrices un nom court et significatif à racines irréprochables ; la nomenclature s'enrichit vite : Wpharoplaslie, cheiloplastie, mèloplastie, uréthroplastie, etc., entrèrent d'emblée dans le langage chirurgical où ils se maintiendront toujours.

Cependant l'art réparateur faisait de jour en jour de nouvelles conquêtes ; il fallait donc trouver encore un nom pour caractériser l'ensemble des méthodes et des procédés nouveaux. Le verbe tùAwiv) et ses#dérivés furent mis à contribution. On retrouva anaplaslie, puis on

forgea autoplastie, néçplasUe, morioplastie, sans compter plastique animale, plastique opératoire, anaplaslie chirurgicale, organoplastie, opérations physico-plastiques, etc. Quoique tous ces termes soient loin d'être utiles, ils valent mieux que les périphrases qu'on employait autrefois, et qui n'ont pas disparu, telles : chirurgia curtorum, reslauralio curtorum advivum, réparation, restauration des parties mutilées, perdues ou faisant défaut, prothèse vivante ou organique, et les expressions allemandes Wiederersatz, Wiederherstellung zersturter Theile, que Dieffenbach adopte encore dans ses Chirurgische Erfahrungen.

Cette exubérance de mots nouveaux ne parut pas encore satisfaire les chirurgiens, à en juger par les suivants, qui prirent également droit de domicile dans la science : Bildende Chirurgie, chirurgie restauratrice, chirurgie réparatrice (Roux), chirurgie plastique enfin, expression qui, née, si je ne me trompe, en Allemagne vers 1838, y est généralement adoptée, et sert de titre au livre de Jobert. Je crois ces termes tout k fait superflus, mais je dois exposer leur origine et leur apparente utilité. La discussion qui va suivre n'est pas purement philologique, elle nous conduira au cœur du sujet.

Lorsque Grsefe créait le mot de rbinoplastie, et qu'il exprimait l'idée de réparer par des moyens semblables les lèvres et les paupières, il entendait bien, comme Tagliacozzi, avoir affaire à des organes mutilés, à des pertes de substance notables qu'on ne pouvait combler qu'à l'aide de la peau prise au loin ou dans le voisinage. Il excluait du cadre de la restitution vivante (restitutio ad vivum pertran spositum cutis) les déhiscences comme celles [du bec-de-lièvre, qu'on ferme sanspeine grâce à l'extensibilité considérable du tégument facial.

Pour ce chirurgien et ses imitateurs, les plasties, qu'on me passe provisoirement ce substantif, entraînent avec eiles l'idée d'un emprunt, ou, comme nous dirions maintenant, la formation d'un lambeau. Le terme général, autoplastie, usité de nos jours, implique la même condition. Blandin la définit en effet la restauration des parties du corps qui ont été détruites, à la faveur d'un emprunt fait à d'autres parties plus ou moins éloignées.

Or, il est évident pour tout le monde que le champ de la chirurgie réparatrice est beaucoup plus vaste, d'où cette alternative : 1° de le scinder arbitrairement pour conserver au mot plastie et à ses dérivés leur acception primitive; 2° ou d'altérer considérablement le sens de ces termes, en leur donnant une extension déraisonnable; 3° ou enfin de créer une nouvelle appellation s'appliquant à la totalité des actes réparateurs.

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Ces trois manières de faire ont trouvé des partisans. Les uns, les français en particulier, réservent ta la seule auloplaslie un chapitre de généralités relatives à la formation des lambeaux et aux opérations qui en exigent l'emploi; ils rejettent les simples restaurations par suture, comme la staphylorrhaphie, la périnéorrhaphie, l'occlusion des fistules vésicales, intestinales, etc.

D'autres, peu soucieux des exigences du langage scientifique, abusent de la terminaison plastic, et l'appliquent là où elle ne convient pas. Ils appellent hetero ou alloplastie, keraloplastie, des opérations qui ne sont que des greffes. Ils rangent à tort dans l'autoplaslic la réunion des parties entièrement séparées; ils composent enfin des mots nouveaux tels que : batracosioplastie, arthroplastie, qui n'ont rien de commun avec les autoplasties véritables, etc.

Les derniers, enfin, comprenant beaucoup mieux l'étendue du sujet èi les nécessités de la généralisation, agrandissent le cadre, et y font entrer non-seulement l'autoplastie, comme partie du tout, mais encore les sutures, les greffes, les réunions d'organes séparés, en un mot, toutes les opérations susceptibles de rétablir les organes dans leur forme et dans leur fonction.

L'insuffisance des termes anciens, l'inconvénient des longues périphrases, la nécessité de dénommer brièvement cette section vaste, importante et spéciale de la chirurgie, expliquent la création des termes si clairs et si généraux de chirurgie formatrice, réparatrice, restauratrice, plastique. Tour ma part, avec Roux, Dieffenbach, Velpeau, Ed. Zeis, ,et d'autres encore, j'adopte pleinement cette large interprétation. J'affirme que sans elle il est impossible de comprendre l'étendue du sujet et d'utiliser l'immense quantité des matériaux acquis; je me fais fort de démontrer même que mes prédécesseurs n'ont pas été assez loin encore, et qu'ils ont laissé hors du faisceau beaucoup d'éléments qui y rentrent. Aussi m'c(Yorcerai-jc d'agrandir jusqu'à ses limites véritables l'enceinte de la chirurgie réparatrice; toutefois, je pense que la création do nouveaux termes n'était rien moins que nécessaire.

Le néologisme est justifié lorsque l'expression manque pour indiquer une idée nouvelle, pour caractériser un ordre de faits récemment mis en lumière, ou bien encore lorsque les dénominations usitées sont longues, confuses, et peu propres à des combinaisons secondaires. Rien de mieux que de remplacer par le mot autoplastie la longue phrase que j'ai citée d'après Blandin. J'admets encore volontiers qu'on substitue chirurgie plastique à « restauration des parties mutilées, perdues ou faisant défaut »; mais je ne comprends guère qu'on fa-

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brique dos termes, n'eussent-ils que deux mots, quand on en possède un aussi court, aussi clair, aussi extensible, aussi facile à combiner que celui d'anaplastie. C'est pourquoi je le préfère à tous ses synonymes. Au reste, je ne fais que suivre en cela l'exemple donné par Velpeau, qui, en 1839, adopte le mot en question pour désigner les opérations qui ont pour but de réparer les mutilations, et qui décrit ensuite, et avec raison, plusieurs espèces distinctes d'anaplastie.

L'étude d'une grande méthode thérapeutique suppose et exige la connaissance préalable et la détermination précise de tous les cas pathologiques auxquels elle convient. L'anaplastic étant l'art de remédier aux difformités, nous croyons devoir fournir sur ces dernières quelques données générales. Ici encore nous sommes arrêtés par le langage, dont les imperfections frappent quiconque veut approfondir un sujet.

Il existe plusieurs termes généraux pour désigner les modifications survenues dans la forme des organes. Tels : Anomalies, déviations organiques, mal formai ions, vices de conformation, hèmitéries, monstruosités, difformités, cicatrices vicieuses, etc. Ces mots ne sont pas synonymes; ils caractérisent des groupes de faits analogues entre eux, mais différents les uns des autres. En tout cas, aucun d'eux ne s'applique à l'ensemble des vices de forme. Tandis que pour les termes chirurgicaux nous avions l'embarras du choix, ici nous sommes dans l'indigence. Un mot résumant la matière justiciable de l'anaplastic est pourtant nécessaire, aussi sommes-nous dans l'alternative d'en composer un ou de garder l'un des précédents, sans souci de son sens grammatical usuel et rigoureux. Nous prenons ce dernier parti, et nous adoptons le mol difformité, comme le plus répandu et le plus capable d'extension (1). Il devient pour nous synonyme de vice de forme, quels que soient, la cause ou le siège de ce dernier, qu'il soit appréciable ou non à la vue, traduit ou non par des troubles fonctionnels, soumis ou non à la thérapeutique.

Nous définirons donc la difformité : un changement permanent dans la configuration, les proportions et les rapports d'un organe ou d'une région, changement qui tantôt altère seulement l'harmonie des formes, tantôt entrave seulement l'exercice des fond ions, mais le plus souvent porte atteinte aux deux à la fois.

Apyrétiquc et le plus souvent indolente, la difformité n'est puint une maladie, pas même une affection, c'est le symptôme persistant,

(1) Si l'on voulait adopter un mot capable surtout d'entrer en composition et de fournir un adjectif on devrait choisir cbjsmorphie.

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le vestige indélébile d'une aberration embryogénique ou d'un état pathologique antérieur, dont le plus souvent la cause a cessé, et dont révolution est accomplie.

L'étude histologïque de l'organe ou de la région difforme montre tantôt l'intégrité complète des tissus ou des éléments, tantôt des modifications anatomiques définitives : atrophie, hypertrophie, agénèse, hypergénèse, métamorphose fibreuse Du modulaire, etc.

A l'aide des caractères précédents, on reconnaîtra sans peine les difformités parachevées, mais, comme la nature n'admet guère nos classifications artificielles, et qu'il existe souvent des affinités et des traits d'union entre les états pathologiques voisins, il est facile de prévoir des combinaisons dont il faut dire quelques mots, ne fût-ce que pour montrer que l'anaplastie ne s'applique ni constamment ni uniquement aux difformités confirmées.

1° La difformité est apyrétique et indolente, mais la région qui en est le siège peut être envahie par l'inflammation. Cela s'observe souvent dans les difformités articulaires, les rétrécissements, les ectopies. Cette complication obscurcit le diagnostic et influe sur le traitement.

11 suffit de signaler une telle association, pour faire comprendre que les indications de l'anaplastie lui sont subordonnées.

2° La combinaison peut se faire en sens inverse : certains états inflammatoires provoquant, surtout par l'entremise du système musculaire, des déviations, qui, à la longue, réagissent à leur tour sur leur cause, et entretiennent opiniâtrement la phlegmasie mère. Exemple : l'entropion, le blépharospasme, qui succèdent à la photophobie, et perpétuent la conjonctivite ; les déviations symptomatiques des arthrites, qui finissent par les rendre incurables, etc. Il ne faut pas méconnaître cette relation, ni attendre pour attaquer la difformité que l'inflammation ait disparu ; il faut procéder en sens inverse, Fanaplaslie devient ici thérapeutique.

3° J'ai dit que la difformité était le reliquat, la terminaison ultime d'un état pathologique antérieur, sur lequel nous n'avons plus de prise : c'est ce qui arrive, en effet, pour les vices de conformation congénitaux, pour les cas où nous sommes consultés tardivement, et pour ceux où l'effet ne se manifeste que longtemps après la cessation de la cause (rétrécissement modulaire des conduits muqueux, prolapsus consécutifs à l'agrandissement des orifices, etc.). Mais en maintes circonstances il en est tout autrement; tantôt la difformité commence avec la cause, ou bien la suit de près, ou enfin, sans être réalisée encore, est assurée dans l'avenir. Une luxation, une fracture avec déplacement, une plaie avec perte de substance, une arthrite, une

ANAPLASTIE. 1 1

large perforation de la cloison vésico-vaginale, une brûlure profonde de la paupière ou de la face palmaire des doigts, ne sont pas d'emblée des difformités ; mais il est certain qu'elles y donneront lieu fatalementsi elles sont abandonnées aux seules forces de la nature. Il faut donc, suivant les cas, instituer sur-le-champ, ou en temps opportun du moins, le traitement réparateur, et, à la difformité prévue, opposer Yanaplastie préventive.

4° Il faut, enfin, distinguer des difformités proprement dites les déformations temporaires. Certaines affections aiguës ou chroniques, en voie de progrès, d'état, ou de déclin, changent la forme naturelle des parties, obstruent un conduit, bouchent un orifice, dévient ou immobilisent un organe, augmentent ou diminuent son volume, sans qu'on retrouve, pour cela, les caractères d'une difformité ni dans l'organe malade, ni dans l'organe déformé. C'est de cette façon qu'on voit agir les abcès, les tumeurs, certains spasmes musculaires. La déformation, souvent passagère d'ailleurs, n'est qu'accessoire, car il suffit pour la faire disparaître d'ouvrir l'abcès, d'extirper la tumeur, etc. Toutefois, il en peut résulter des troubles fonctionnels tels, qu'on soit obligé d'intervenir comme s'il s'agissait d'une difformité réelle et permanente, et comme si la fonction était abolie au lieu d'être simplement suspendue. Que l'œsophage soit comprimé par une tumeur, que la couche musculaire de l'urèthre soit prise de contracture, que l'œdème envahisse l'orifice supérieur du larynx, les conséquences égalent celles d'un rétrécissement modulaire. Il faut agir pour détourner l'imminence du péril, et faire d'urgence Yanaplastie temporaire. Moyennant ces correctifs, je maintiens la définition de la difformité, telle que je l'ai donnée plus haut.

Les difformités sont nombreuses et variées, aussi en a-t-tm depuis longtemps tenté le classement. On a proposé différentes bases :

1° L'origine : Difformités congénitales ou acquises;

2° La cause : Difformités pathologiques ou traumatiques ;

3° Le siège : Difformités superficielles ou profondes, affectant les parties molles ou l'appareil locomoteur ;

4° Le genre de modifications survenues dans la forme : rétrécissements, fistules, rétraction, divisions ou adhérences contre nature, etc.;

5° L'atteinte portée à l'usage des parties, depuis la simple gêne jusqu'à l'abolition fonctionnelle, et même jusqu'à l'incompatibilité avec la vie;

6° La curabilité : Difformités au-dessus des ressources de l'art, ou susceptibles d'être guéries, palliées ou masquées.

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