‹ Mémoires de chirurgie (volume 3)Chapitre 14 sur 124 · MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORTALITÉ

manière effrayante la gravité des suites de couches, en provoquant surtout ces épidémies formidables qui souvent franchissent les limites de l'établissement hospitalier pour se répandre dans la ville. On a démontré d'une manière incontestable la bénignité relative des accouchements sporadiques, si je puis employer cette expression; on a montré enfin que la misère, le dénùment, l'insuffisance des soins médicaux et des ressources matérielles, réunis tous ensemble dans les quartiers populeux, ne contre-balançaient pas Tunique influence délétère de l'agglomération nosocomiale corrigée pourtant par l'hygiène bien supérieure et les services éclairés que l'on trouve dans les maternités officielles. Tout cela a été dit et bien dit, et cependant, puisque cette question revient indirectement à l'ordre du jour, je ne crois pas inutile d'y ajouter une nouvelle confirmation.

L'hôpital de Lourcine, consacré, comme on le sait, aux affections vénériennes, est, de plus, le théâtre d'accouchements assez fréquents. Lorsqu'une femme enceinte est affectée d'accidents syphilitiques, de blennorrhagie intense, ou de végétations nombreuses, elle est ordinairement dirigée sur cet établissement, soit du bureau central, soit de la Maternité ou même des autres hôpitaux. Lorsque la grossesse est avancée au moment de l'admission pour maladie vénérienne, la malade reste à Lourcine pour y faire ses couches, et si l'enfant, ce qui est très-commun, est atteint de syphilis congénitale, on le conserve avec sa mère pendant deux ou trois mois, quelquefois plus. On sait encore que sous l'influence de la diathèse syphilitique les avortements sont très-fréquents; nos salles renferment donc souvent des femmes qui accouchent d'une manière prématurée, et qui sont soumises, en conséquence, à toutes les éventualités de l'état puerpéral.

Sans atteindre donc un chiffre total bien considérable, les accouchements à Lourcine sont encore assez nombreux pour qu'on puisse tirer parti de leur chiffre. Voici les résultats que j'ai relevés pour les neuf dernières années.

Totaux... 109 132 101 = 342

En moyenne par an, 38; et par mois, 3 environ. Voici dans quelles conditions les femmes accouchent : Lorsque les premiers signes de travail se manifestent, elles sont transférées, de tous les services de l'hôpital, dans la salle Sainte-Marie. Un cabinet spacieux,

DES FEMMES ENCliINTES A LOUKCINE. 19

bien aéré, situé à un bout de la pièce, sert à l'accouchement. Aussitôt après la délivrance, la malade est transportée dans son lit et l'enfant est couché dans un berceau juxtaposé. S'il s'agit d'un avortement, ou si l'enfant meurt dans les premiers jours, l'accouchée est dirigée de nouveau dans le service qu'elle occupait avant ses couches ; dans le cas contraire, elle continue à séjourner pendant un temps indéterminé dans la salle Sainte-Marie, qui renferme 36 malades adultes et un nombre variable d'enfants, la moyenne est de 12; de telle sorte que la population se compose ordinairement de femmes à grossesse très- avancée, de femmes en état puerpéral, de nourrices avec leurs enfants, et enfin de malades ordinaires.

Cette salle est au rez-de-chaussée, bien éclairée et percée de nombreuses ouvertures; les lits, disposés sur deux rangs adossés aux parois longitudinales, sont très-rapprochés les uns des autres, et l'espace (un mètre environ) qui les sépare est encore rétréci par un berceau. Évidemment, il y a encombrement général, c'est-à-dire que, dans un autre hôpital, on ne mettrait ou on ne devrait pas mettre plus de trente lits dans une pièce de pareille capacité ; mais, en revanche, certaines conditions corrigent, au point de vue pathogénique, les effets de l'agglomération. Les trois quarts des malades sont apyrétiques et ne gardent le lit que pendant la nuit ; pendant le jour la salle est presque entièrement vide. Grâce à la nature de leur affection, les malades sont soumises à une hygiène corporelle très-soignée; elles sont baignées tous les deux jours environ, changent souvent de linge, et ne corrompent leur atmosphère, ni par les émanations des plaies, ni par les miasmes des fièvres. Les lits sont sans rideaux; cette disposition, prise dans un but particulier de morale, n'offre rien de choquant, je dirai même que ces lits toujours découverts et par conséquent bien mieux exposés à une surveillance incessante, m'ont paru beaucoup plus propres à Lourcine que dans les autres hôpitaux. Les partisans outrés des rideaux devraient venir voir nos salles pour se convaincre que ces réceptacles de miasmes sont bien loin d'être indispensables.

Les rares malades alitées d'une manière constante, et j'y range bien entendu les femmes en couches qui se lèvent rarement avant le dixième jour, sont donc relativement très-disséminées, et n'ont guère à souffrir de la dispersion ou de la condensation des effluves morbides émanées de leurs compagnes. En évaluant en moyenne à trois par mois le nombre des accouchements et à douze ou quinze jours la durée de l'état puerpéral, on trouve que de coutume il n'y a guère que deux ou trois malades au plus qui se trouvent simultanément

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