Bull, 1™ série, t. VIII, page
opérations, telles : les désarticulations de l'épaule, de la hanche et les amputations partielles du pied. Pour la jambe, la cuisse et le bras, c'est-à-dire pour les membres qu'on sacrifie bien plus souvent que tous les autres, je n'ai pas de relevé intégral et je le regrette infiniment.
Cependant, quand je fais appel à mes souvenirs, quand j'invoque en particulier mes revers, toujours plus présents à mon esprit que mes succès, j'en arrive à diviser ma pratique en plusieurs périodes.
A mes débuts, j'apportais, on peut m'en croire, un soin, une minutie, une attention extrêmes à toutes mes opérations. Mais je suivais les errements communs, je pratiquais le plus souvent la réunion immédiate qui, naturellement, échouait dans l'immense majorité des cas et laissait des moignons enflammés longs et difficiles à guérir, quand ils guérissaient. Je comptais pour peu l'insalubrité des hôpitaux, ayant souvent exercé à Saint-Louis, à Beaujon, à l'Hôtel-Dieu, qui passaient pour relativement bons.
A mon arrivée, en 1865, à Lariboisière , réputé à cette époque le plus meurtrier de nos hôpitaux, j'eus de nombreuses occasions de pratiquer les amputations traumatiques ou pathologiques. Je perdis encore bon nombre de mes patients, cependant moins qu'auparavant, parce que j'avais renoncé à peu près complètement à la réunion immédiate, et proscrit le cérat, les épaisses couches de charpie, les tours de bandes multiples. Je faisais volontiers des pansements à l'eau fraîche, fort analogues au pansement ouvert, avec cette différence pourtant que je recouvrais le moignon de taffetas gommé et de quelques compresses maintenues par le bandage triangulaire de Mayor.
Un peu plus tard, quand les propriétés de l'alcool furent mises en lumière par les travaux de Batailhé, de Gaulejac et de Chédevergne, j'adoptai ce topique et m'en trouvai bien. C'était en quelque sorte le premier pas vers le pansement antiseptique ouvert que j'emploie aujourd'hui pour certains cas exceptionnels.
Telle fut ma pratique jusqu'au siège (1870). Mais à cette époque, à partir du mois d'octobre dans les hôpitaux, et de novembre dans la plupart des ambulances de Paris, tous les modes de pansement devinrent mauvais à cause de l'intensité que prit l'épidémie de septicémie grave et de pyohémie.
Il était temps qu'un secours nous arrivât. M. Alph. Guérin nous l'apporta. Naturellement l'emploi du pansement ouaté changea du tout au tout ma pratique et la rendit relativement excellente, mais j'avais encore çà et là divers accidents et quelques pyohémies.
Il me suffit pour en diminuer considérablement le nombre d'adjoindre à l'emploi du coton quelques précautions fondamentales de la méthode antiseptique, de ne plus appliquer le pansement nouveau dans les cas où il a peu de chance de réussir et de le remplacer par différents procédés de la méthode antiseptique.
J'arrivai de la sorte à sauver la presque totalité de mes amputés.
Je ne sais si je continuerai à être aussi heureux, mais, comme on le verra dans mon dernier relevé des amputations pratiquées en 1876, 1877 et partie de 1878 *, je n'ai plus observé un seul cas d'infection purulente, et mes cas de mort, fort peu nombreux d'ailleurs, ne paraissent plus devoir retomber sur les pansements.
Je crois donc être parvenu à mon apogée ou à peu près. Je l'attribue sans hésitation, d'une part, à l'adoption d'une série de mesures sévères, tendant à protéger la plaie contre les influences du dehors (germes atmosphériques ou contages, peu m'importe, jusqu'à nouvel ordre); d'autre part, à l'éclectisme dans les pansements, c'est-à-dire à l'application raisonnée, suivant la variété des cas, de procédés variés appartenant tous à la méthode antiseptique.
Je résume tout mon passé dans les lignes suivantes :
Première période : Réunion immédiate, pansements classiques, nulle précaution contre les agents septiques: résultats mauvais, mortalité très-forte.
Deuxième période .'Abandon de la réunion, pansement ouvert, topiques très-simples, eau fraîche : résultats moins mauvais, dans un hôpital réputé détestable.
Troisième période : Dans le même hôpital, succès plus nombreux par la seule substitution à l'eau fraîche de l'alcool plus ou moins étendu; c'était un premier pas vers l'emploi des antiseptiques locaux.
Quatrième période : Même hôpital, pansement ouaté, transformation complète des résultats, proportion de succès inconnue jusqu'alors ; cependant quelques revers encore.
Cinquième période :. Idées théoriques plus nettes sur la septicité, ses causes et ses effets; d'où précautions raisonnées prises contre la septicémie et ses formes graves, et éclectisme dans les pansements; comme résultat, suppression des accidents traumatiques imputables au milieu, disparition de la septicémie et de la pyohémie
1. Voir plus loin : Note sur une série de 27 grandes amputations, etc.