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Incision de l'abcès

Pour en revenir au bain antiseptique, je suis convaincu qu'il a empêché la fièvre traumatique, et que, sans modifier la fièvre inflammatoire, il a favorablement agi dans ce cas en empêchant l'association cà cette dernière d'un élément septique qui aurait pu la rendre plus grave.

Le fait suivant est plus riche encore en enseignements, car il nous indique nettement dans quelles conditions le bain antiseptique réussit ou échoue. En effet, chez le même sujet, avec la même lésion, c'est-à-dire dans des circonstances aussi semblables que possible en apparence, nous constatons à un mois d'intervalle d'abord le succès, puis l'insuccès du même moyen thérapeutique. J'ajoute qu'en analysant avec soin les détails du fait nous arrivons à expliquer très aisément cette contradiction.

Plaie contuse de la main; pansement ouaté, fièvre, lymphangite, bain antiseptique, cessation des accidents; plus tard, retour de l'inflammation à la paume de la main. Drainage, bain antiseptique, élévation de la température ne cessant qu'après l'ouverture de deux abcès.

Van Ostro, dix-neuf ans, palefrenier, d'une bonne constitution et n'ayant aucun indice de diathèse, entre dans mon service le 24 avril 1879; il a reçu la veille un coup de pied de cheval sur la face dorsale de la main droite. Au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne du médius existe une petite plaie contuse produite très probablement par l'extrémité du fer et mesurant en travers 2 centimètres environ. Toute la région est le siège d'un gonflement assez notable. On ne constate pas de fracture.

La main est enveloppée dans un pansement ouaté et l'on permet au blessé de se lever et de se promener, le bras en écharpe. Aucun

accident jusqu'au 29; mais le soir de ce jour malaise, frisson violent, élévation brusque de la température, qui dépasse 39°.

Le 30 au matin, l'état restant mauvais, le pansement ouaté est enlevé et l'on constate une tuméfaction considérable du dos de la main avec décollement sous-cutané étendu, accumulation d'un pus fétide que la pression fait sortir par la petite plaie, traînées lymphatiques rouges sur le dos de l'avant-bras, légère adénopalhieaxillaire, soif, inappétence, etc.

Voulant montrer à mes élèves les propriétés du bain antiseptique pliéniqué, je ne prescrivis rien autre chose que deux immersions du membre, un peu prolongées si c'était possible, et dans l'intervalle l'enveloppement dans des compresses imbibées de liquide phéniqué. Je ne pratiquai pas même le débridement, fort bien indiqué cependant, pour donner au pus une issue facile, et ne fis rien de spécial pour la lymphangite.

Or voici quelle fut la marche de la température. Avant le bain : 38°, 8. Deux heures après la première immersion, aucun changement : 38°, 8. Le soir à 8 heures, après six heures de bain, 38°,8. Cet état tout à fait stationnaire indique nettement l'arrêt de la septicémie, ou, pour parler plus rigoureusement, la cessation de l'absorption putride, car, suivant toutes les prévisions, 38°, 8 fe matin annonçait pour le moins 39°,5 le soir.

Le lendemain matin l'apyrexie était complète, le thermomètre marquait 37°, 1 : le malade se trouvait bien, l'état général était meilleur, le gonflement moindre et la douleur fort atténuée; le foyer dorsal était cependant encore rempli de pus assez fétide, mais les traînées rouges de la lymphangite étaient beaucoup moins apparentes.

Je continuai le même traitement, c'est-à-dire les deux bains de trois heures par jour. Le soir il y eut encore une légère ascension jusqu'à 38°, mais à partir du troisième jour l'apyrexie était complète, l'inflammation locale dissipée, et le pus, de moins en moins abondant, n'avait plus d'odeur.

Dans cette observation si simple, l'action antiseptique est très nette. Pendant les premières heures la température ne descend pas, ce qui veut dire que l'empoisonnement antérieur persiste. En revanche elle ne monte pas le soir, comme elle le fait invariablement dans les cas ordinaires, ce qui veut dire que le poison ne pénètre plus. Le lendemain la fièvre est tombée, ce qui veut dire que la dose du toxique qui existait la veille a quitté l'économie.

Ce même malade est devenu quelques jours plus tard le sujet d'une seconde observation non moins intéressante que la première,

et dans laquelle nous avons vu échouer dans une seconde application le bain antiseptique, qui avait si bien réussi trois semaines auparavant. En cherchant les causes de cet insuccès nous pourrons mettre en évidence les conditions nécessaires à la réussite du moyen.

Après avoir paru guéri dans les premiers jours du mois de mai, van Os... fut repris le 8, puis le 14, de poussées inflammatoires nouvelles. La première se dissipa en vingt-quatre heures à l'aide de deux bains et du repos au lit, la main élevée. A la seconde, le pus s' accumulant encore sous la peau du dos de la main, je débridai l'ouverture dans l'étendue de 2 centimètres. Tous les accidents locaux cessèrent, mais ils reparurent le 26 sous forme de tuméfaction assez considérable de toute la région métacarpienne , de douleurs locales assez vives et d'un retour de la fièvre. En examinant la main avec plus de soin que je n'en avais mis jusqu'alors, je découvris la cause de ces rechutes continuelles. L'affection, que j'avais crue limitée à la face dorsale, s'était propagée à la face palmaire, où je constatai l'existence d'un foyer purulent assez spacieux, lequel se vidait difficilement par la plaie dorsale et à travers le deuxième espace interosseux, quand on exerçait sur lui une pression lente et assez forte.

L'indication était formelle : il fallait faire une contre-ouverture à la paume de la main et passer un drain. Je remis au lendemain cette petite opération. Mais comme il s'agissait de blesser un foyer pathologique en état d'inflammation, je voulus prendre mes précautions, comme chez le jeune Trouvé. En conséquence je prescrivis de placer l'avant-bras dans un bain antiseptique avant la visite et de l'y laisser jusqu'au moment de l'opération. Ainsi fut-il fait.

Le 27, à 10 heures du matin, l'immersion ayant commencé à 8 heures, j'opérai de la façon suivante : Une pression exercée sur le foyer palmaire ayant fait sourdre du pus par un point circonscrit de la plaie dorsale, j'introduisis par là une sonde cannelée qui glissa entre le 2e et le 3e métacarpiens et arriva à la paume de la main. Cet instrument, poussé avec quelque force, traversa la peau de dedans en dehors et fit ainsi la contre-ouverture. Un stylet aiguillé guidé par la cannelure de la sonde servit à porter un drain qui ne parcourut pas sans quelque peine et sans y être assez fortement serré le trajet, que j'avais pourtant cherché à élargir avec la sonde cannelée. Cela fait, je remis pendant une heure environ l'avant-bras dans le bain antiseptique, que d'ailleurs je recommandai de renouveler le soir même.

Je m'attendais à constater une apyrexie complète : il n'en fut rien. La température au moment de l'opération était à 38°, à 4 heures elle atteignait 39°,3 et à 8 heures 39°, 7; à la vérité, le 28 au matin nous

n'avions plus que 37°, 8, mais le soir on notait encore 39°, 8, et les douleurs comme le gonflement avaient encore augmenté.

Dans la nuit, à côté de l'ouverture palmaire donnant passage au drain, un abcès s'était ouvert, ce qui avait amené du soulagement.

Le 29. Température du matin, 38°, 8; tuméfaction persistante et sensibilité au toucher au niveau du premier espace interosseux; fluctuation obscure en ce point. Température du soir : 40°, 8.

Le 30 au matin, 37°, 8. Le petit abcès palmaire ne fournit plus de pus et le gonflement a quitté la paume de la main ; en revanche, la collection du premier espace s'est accrue ; un coup de bistouri en fait sortir une cuillerée à café de pus crémeux. Les douleurs et la tuméfaction cessent presque aussitôt. Le thermomètre marque encore ce soir-là 38°, 8; mais dès le lendemain la fièvre disparaît définitivement.

Il reste à chercher maintenant pourquoi le bain antiseptique a arrêté la septicémie lors de sa première application, et pourquoi il n'a point prévenu la fièvre après l'opération du drainage.

Voici l'explication que je propose. Dans les premiers accidents qui éclatèrent à la fin d'avril, la septicémie avait pour cause l'altération du pus, sa rétention dans le foyer, d'où pénétration du poison septique dans le torrent circulatoire, et même inflammation des lymphatiques. Le premier pansement est enlevé ; la main plonge dans le liquide phéniqué, lequel, pénétrant dans le foyer infecté, y neutralise l'agent nuisible. L'absorption de ce dernier cessant sur-le-champ, il ne restait à l'économie qu'à éliminer la dose du toxique qu'elle recelait, ce qui n'exigea que dix à douze heures à peine, après quoi tout rentra dans l'ordre.

Un mois plus tard la fièvre reparaît, mais elle est d'une autre nature et causée cette fois par un phlegmon de la partie profonde de la paume de la main. Je fais dans ce foyer une nouvelle blessure, insuffisante pour arrêter le phlegmon, et qui ne fait même que l'accroître encore. C'est en vain que pour combattre la septicité du foyer j'emploie le bain antiseptique avant et après le drainage ; le moyen, si efficace qu'il soit d'ordinaire, n'a ici aucune action; aussi la fièvre continue, s'élève deux jours de suite et ne cesse qu'après l'évacuation du pus collecté en deux points.

Ici encore éclate la différence entre la fièvre septique et la fièvre inflammatoire.

x\vant de terminer ce petit chapitre, je veux indiquer l'application du bain antiseptique à deux ordres d'affections fort commrunes dans la pratique journalière : je veux parler du panaris à forme grave et des plaies de la main compliquées d'hémorrhagie.

Les deux observations suivantes paraîtront, je l'espère, tout à fait démonstratives.

Panaris gangreneux. — Combinaison du bain antiseptique et de la cautérisation au fer rouge. — Guérison.

Je fus appelé, le 15 mai 4879 au matin, dans la banlieue de Paris, pour une dame de cinquante ans atteinte depuis une douzaine de jours d'un panaris de l'index droit. Celte affection, survenue à la suite d'une piqûre insignifiante à la pulpe du doigt, était restée quatre à cinq jours limitée et bénigne, puis avait pris soudainement une marche envahissante; deux incisions, un peu timides il est vrai, avaient été pratiquées, l'une à la face palmaire, l'autre à la face dorsale, au niveau de la seconde phalange; mais elles n'avaient rien produit, de sorte que le sphacèle occupait l'index presque tout entier et s'avançait déjà de plusieurs centimètres sur la partie correspondante de la main. Une tuméfaction livide avec induration considérable avait envahi toute la région métacarpienne et carpienne et s'étendait jusqu'à la partie inférieure de l'avant-bras. La douleur au toucher était médiocre et limitée au trajet prolongé des tendons extenseurs et fléchisseurs de l'index; mais les souffrances spontanées étaient vives et troublaient le repos le jour et la nuit.

L'état général n'était pas très mauvais; la fièvre semblait modérée ; il y avait anorexie sans soif vive; le moral était bon; la malade affirmait s'être toujours très bien portée et n'avoir souffert que de maux de tête assez violents. D'ordinaire elle mangeait fort peu et buvait abondamment à ses repas; l'an dernier elle avait eu, sous l'influence d'un léger froissement de la face interne du genou, une éruption furonculeuse qui laissa des traces évidentes sous forme de cicatrices brunâtres éparses.

La marche envahissante, le peu de sensibilité au toucher et l'absence de réaction inflammatoire franche, me firent penser que nous avions affaire à une gangrène diabétique. Nous fîmes l'analyse de quelques gouttes d'urine que nous pûmes recueillir; elles étaient très chargées d'urate de soude, mais nous n'y trouvâmes pas de sucre. Comme il n'y avait nulle part de collection, et comme je n'aime guère à inciser quand même avec le bistouri les tissus ainsi altérés, je prescrivis seulement le bain antiseptique réitéré, et dans l'intervalle l'élévation de la main et de l'avant-bras enveloppés de compresses de mousseline imbibée d'eau phéniquée.

Le bain devait renfermer 1 p. 100 d'acide phénique et la solution pour les compresses devait être à 2 p. 100.

'" J'avais d'autant plus volontiers prescrit ce mode de pansement que les pommades opiacées, l'onguent napolitain belladone et les cataplasmes émollients, loin de soulager, semblaient accroître considérablement les douleurs et que la malade affirmait être mieux quand il n'y avait aucune application sur son bras. Les cataplasmes surtout lui semblaient horriblement lourds.

Je prescrivis en même temps l'eau de Vichy, le lait, la potion de Todd, une légère alimentation si la chose était possible, et enfin un purgatif salin pour remédier à la constipation.

Le lendemain malin, les médecins ordinaires trouvèrent l'état plus mauvais; la nuit avait été très cruelle et l'on en découvrit la cause. Au niveau de la face dorsale du deuxième métacarpien, la peau était manifestement soulevée par une collection fluctuante récemment formée. Un coup de bistouri donna issue à une cuillerée de pus; une autre incision parallèle fut pratiquée à la face palmaire, moitié dans l'eschare et moitié dans les parties vivantes ; elle ne fournit pas grand'chose.

Ces incisions amenèrent un soulagement qui ne fut que momentané; le soir même les souffrances reparaissaient.

Je vis la patiente le lendemain 17 à 5 heures du soir et constatai les progrès du mal; la tuméfaction de la main, des doigts et du poignet s'était accrue, les tissus étaient durs comme du bois; un œdème considérable, indolent, mais également très ferme et comparable à celui qu'on observe dans la pustule maligne, avait envahi tout l'avant-bras et le bras jusqu'à l'aisselle; la fièvre était vive, le faciès fatigué, la langue sèche et comme vernissée à son centre. Je portai un pronostic fort grave. Toutefois il est bon de dire que les prescriptions de l'avant-veille n'avaient pas été rigoureusement suivies. N'attachant pas autant d'importance que moi aux bains antiseptiques, mes confrères n'avaient pas insisté sur leur emploi, de sorte que dans les soixante heures écoulées depuis ma première visite, à peine le membre malade avait-il été immergé six ou sept heures.

Quoi qu'il en soit, je jugeai nécessaire de pratiquer des débridements et surtout de faire une révulsion locale énergique. Je m'étais muni dans ce but de mon thermo-cautère; la malade étant endormie, je commençai à diviser largement les escliares pour empêcher le pus de séjourner au-dessous d'elles; puis je pratiquai successivement à la face dorsale de la main trois incisions parallèles, longues de 5 centimètres et intéressant toute l'épaisseur de la peau ; à la face palmaire, trois incisions plus courtes au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes des doigts médius, annulaire et auricu-

3i8 BAIN ANTISEPTIQUE.

laire; sur les côtés et sur la face dorsale du poignet, quatre incisions de 3 centimètres ne franchissant pas les limites profondes du derme. En avant, au contraire, en raison de la tuméfaction et de la résistance que je percevais au niveau de la gaine commune des tendons fléchisseurs, je pénétrai profondément jusque dans la séreuse par une incision de 4 centimètres de long, parallèle à l'axe de l'avantbras et occupant le milieu de la face antérieure du poignet. Cette incision était indispensable, car déjà il existait du pus dans la cavitétendineuse et nous avions là tous les éléments d'un phlegmon diffus, profond, redoutable.

A la partie de la paume de la main occupée par les arcades palmaires je ne fis point d'incision, mais seulement des pointes de feu pénétrant assez loin pour créer des voies à l'écoulement du pus infiltré profondément ; je fis notamment trois de ces ponctions dans le premier espace interosseux.

Incisions et ponctions, faites lentement dans ces parties tuméfiées avec le thermo-cautère chauffé au rouge sombre, donnèrent à peine quelques gouttes de sang, mais en revanche livrèrent en plusieurs points issue à du pus. Je n'insistai point pour extraire tout ce liquide et m'abstins de toute pression et manipulation des parties enflammées. Je me contentai de laver sommairement les parties souillées de sang et d'humeur, puis je fis plonger le bras dans le bain antiseptique phéniqué à 2 p. 100.

L'opération avait été faite avec l'aide du chloroforme ; elle avait duré près de 20 minutes.

Au réveil, les douleurs étaient modérées; mais au bout d'une demi-heure, loin de se calmer elles s'accrurent, de sorte que nous ajoutâmes de l'eau de façon à réduire de moitié la dose d'acide phéniqué. L'immersion dura seulement une heure et demie, mais elle fut reprise à 10 heures du soir et continuée jusqu'à près de minuit. Dans l'intervalle, pansement simple à l'eau phéniquée.

Les effets de cette opération et de ce mode de pansement ne se firent pas attendre; les douleurs cessèrent et la malade dormit presque toute la nuit.

Le lendemain matin, amélioration considérable aussi bien dans l'état général que dans l'état local; le gonflement avait diminué d'un quart au moins; la rougeur était également moins intense, moins livide surtout; l'œdème du bras et de l'avant-bras était moins dur.

La température ne fut pas prise au thermomètre, mais elle était certainement diminuée d'une manière notable.

Je revins quarante-huit heures après mon opération et trouvai les

choses dans le meilleur élat. Il ne restait que deux points suspects, gonflés, tendus et douloureux au toucher, au niveau de l'extrémité inférieure du radius et du cubitus. Je songeai à les inciser, mais la malade me pria d'attendre. J'y consentis et n'eus pas à m'en repentir, car le lendemain les signes d'inflammation locale avaient disparu; le pus s'était écoulé dans la gaine synoviale commune que j'avais largement ouverte.

A partir de ce moment la cure ne fut plus douteuse. Le gonflement de la main se dissipa avec une grande rapidité : l'empâtement de l'avant-bras et du bras résista plus longtemps; les plaies si longues, si profondes le premier jour, se réduisirent de plus de moitié et se remplirent vite de beaux bourgeons charnus. L'eschare se sépara un peu plus lentement, mais au bout de douze jours néanmoins on put d'un coup de ciseaux détacher les parties mortifiées, qui comprenaient seulement les deux phalanges terminales de l'index et tous les téguments de la face palmaire correspondant à la première phalange.

Cette petite opération a fourni la preuve de l'utilité des bains antiseptiques dans les cas de ce genre.

Les choses allaient si bien à ce moment que depuis deux jours le bain était supprimé, et qu'on s'était contenté du pansement phéniqué simple. Or trois ou quatre heures après la section des quelques débris fibreux qui maintenaient les parties sphacélées, section faite aux ciseaux, presque sans douleur, et qui avait laissé couler à peine de sang, la fièvre s'allumait, les douleurs revenaient dans l'avant-bras avec rougeur et tuméfaction, à ce point qu'on m'envoyait chercher en toute hâte. Je ne pus venir que quarante-huit heures après la petite opération, et lorsque l'orage était presque tout à fait calmé. Mais je reconnus aisément, par le récit qui me fut fait, une de ces inoculations subites qui succèdent à la blessure des foyers septiques quand on ne prend pas les précautions nécessaires.

La malade a parfaitement guéri.

Plaie de la main par une scie circulaire. Blessure de l'artère radiale, ligature des deux bouts; tamponnement de la plaie; suppression du pansement compressif remplacé par le bain antiseptique. Absence de fièvre traumatique, guérison prompte. D... (Edouard), trente-deux ans, entre salle Saint-Louis, n° 34, le 23 avril 1879 au soir, pour une blessure récente de la main droite. Un trait de scie circulaire atteignant le pouce à sa base l'a presque complètement détaché du reste de la main, à laquelle il ne

tient plus que par les parties molles du premier espace interosseux.

La plaie renferme plusieurs esquilles et fournit en abondance du sang par l'artère radiale, qui a été divisée au niveau de la tabatière anatomique.

On lie aussitôt les deux bouts de ce vaisseau ; mais comme il y a encore une sorte d'hémorrhagie en nappe et que le blessé a perdu beaucoup de sang pendant son transport à l'hôpital, M. Weiss, interne du service, croit nécessaire, après avoir soigneusement lavé la plaie avec la solution phéniquée à 2 p. 100, de la remplir de charpie sèche et d'appliquer un bandage roulé compressif.

Le sang cesse de couler, le malade reprend ses forces et n'est tourmenté la nuit que par quelques douleurs assez vives.

Le lendemain je trouve les choses dans l'état suivant : l'hémorrhagie ne s'est pas reproduite, mais le pansement est légèrement imbibé et exhale déjà cette odeur fade caractéristique du sang qui commence à s'altérer. Depuis le matin les douleurs se sont un peu calmées, l'état général n'est pas mauvais, mais la fièvre débute et le thermomètre est à 38°.

Quelle conduite fallait-il tenir en pareil cas? Devais-je laisser le pansement en place pendant un jour ou deux encore pour assurer l'hémostase, ou bien au contraire convenait-il de débarrasser la plaie des corps étrangers, sang, esquilles, charpie qui la remplissaient? Les deux pratiques avaient des avantages et des inconvénients. En maintenant le statu quo je laissais le temps aux caillots vasculaires de se consolider et à la suppuration de s'établir, mais je risquais de voir les fluides altérés dans la plaie et retenus par la charpie susciter une fièvre intense, et peut-être une inflammation diffuse des gaines tendineuses et du tissu conjonctif de la paume de la main ou de l'avant-bras. En ôtant le bandage compressif et en nettoyant la plaie, je faisais cesser les douleurs et j'avais chance de prévenir l'intoxication générale et les complications locales. En revanche, je devais m'attendre à ne débarrasser le foyer traumatique des susdits corps étrangers, qui à cette époque adhéraient intimement à la surface, qu'en m'exposant à créer ces nombreuses petites blessures si insignifiantes en apparence, si sérieuses en réalité; enfin à provoquer le retour de l'écoulement sanguin provenant des vaisseaux oblitérés seulement par compression.

Pour prendre un parti il suffisait, après avoir énuméré la somme des accidents à craindre, de savoir auxquels d'entre eux on était exposé en suivant l'une ou l'autre des deux conduites indiquées plus haut. Or les dangers respectifs étant mis dans la balance, il n'y avait

point à hésiter. En laissant le pansement en place on avait en perspective les douleurs, la septicémie par absorption, les inflammations locales graves et les hémorrhagies secondaires; tandis qu'en débarrassant aussitôt la plaie on n'avait à redouter que la septicémie par inoculation et une hémorrhagie immédiate par des vaisseaux d'ailleurs peu volumineux. J'optai d'autant plus aisément qu'avec quelques précautions des plus simples je pouvais conjurer ces derniers périls.

En conséquence voici ce qui fut fait : un bain antiseptique étant préparé avec de l'eau tiède additionnée d'un centième d'acide phénique, j'y fis plonger l'avant-bras et la main recouverte encore de son pansement, à l'exception des bandes les plus externes qu'on avait coupées en plusieurs points. Au bout d'une heure et lorsque tout permettait de croire que bandes et charpie étaient bien imbibées, on ôta le tout avec précaution, lenteur et douceur, ce qui s'effectua sans nulle difficulté, sans provoquer ni douleur ni écoulement sanguin. Si on eût trouvé quelques brins de charpie trop adhérents, on les eût laissés en place, ou bien on eût replongé la main pendant quelque temps encore dans le bain.

Lorsque la plaie fut bien débarrassée on remit le membre dans le bain pendant une heure encore; toutefois par prudence, par excès de précaution, pourrais-je dire, M. Weiss, muni de pinces hémostatiques et de tout ce qu'il faut pour faire les ligatures, monta la garde auprès du blessé pour intervenir aussitôt qu'un peu de sang se serait montré. Il n'en fut heureusement rien et les choses se passèrent avec la plus parfaite simplicité; l'heure écoulée, le membre fut sorti de la baignoire et placé sur un plan légèrement incliné, dès que la plaie eut été couverte d'un pansement phéniqué simple.

Le soir, le bain antiseptique fut renouvelé pendant trois heures environ; la journée fut excellente, la fièvre et les douleurs absolument nulles.

Le même traitement fut continué les jours suivants, et les choses marchèrent si favorablement que dix jours plus tard le blessé commençait à se lever et à se promener dans la salle, et qu'il allait en convalescence à la fin du mois.

La santé générale n'avait pas été troublée un seul jour et l'apyrexie avait été complète. La plaie s'était rapidement recouverte d'une belle couche de granulations et le pouce s'était réuni à la main très régulièrement, de sorte qu'on n'aurait jamais pu soupçonner l'étendue de la blessure si la section des tendons extenseurs du pouce n'en avait pas laissé par malheur des traces irrécusables.

VERNEU1L. 21

Conclusions. — Des faits qui précèdent on peut tirer quelques conclusions :

Le bain antiseptique permanent ou prolongé et réitéré est d'une grande utilité dans un bon nombre d'affections chirurgicales de la main, de l'avant-bras et du coude.

Il prévient à peu près sûrement la fièvre traumatique en cas de plaies récentes accidentelles ou opératoires siégeant sur des tissus sains, et sous ce rapport rivalise avec l'irrigation continue classique et le pansement ouaté.

Il a la même propriété préventive en cas d'opérations pratiquées sur des foyers morbides plus ou moins anciens imprégnés de substances purulentes ou putrides, et rend ainsi plus innocentes les résections, les extirpations d'os, les amputations en cas de gangrène, le drainage, les contre-ouvertures, etc. Sous ce rapport il est bien supérieur aux pansements rivaux. .

Enfin il a de plus que ces derniers le pouvoir inestimable d'arrêter la septicémie aiguë ou chronique en modifiant les foyers pathologiques récents ou anciens, de telle sorte que la production ou la pénétration du poison septique soit empêchée ou au moins entravée.

L'action préventive ou curative du bain antiseptique sur les fièvres chirurgicales permettra d'étudier avec soin et profit les qualités et les allures du poison que recèlent les plaies, et de dissiper quelques points encore obscurs de la doctrine septicémique.

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