‹ Mémoires de chirurgie (volume 3)Chapitre 98 sur 124 · Bull. Soc. de chir., lro série, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Bull. Soc. de chir., lro série, t. VIII, p

J'ai vu en 1862 un autre exemple d'amputation du métatarse dans sa continuité; le résultat en était excellent. Voici la note que m'a remise M. Tenesson, alors interne des hôpitaux.

Obs. IL — Plaie contuse du pied. — Phlegmon diffus du pied et

de la jambe. — Amputation dans la continuité du métatarse.

Guérison.

Adèle Degournay, vingt-deux ans, de Fontainebleau, fut blessée en avril 1871. Une vache lui ayant marché sur le pied gauche chaussé d'un sabot, un éclat de celui-ci pénétra dans les chairs^ et fit une plaie contuse assez profonde. Le fragment de bois fut extrait et bientôt Adèle se remit à marcher. Huit jours plus tard une inflammation violente envahit le pied et la jambe, causant de telles douleurs que l'amputation proposée fut acceptée aussitôt et exécutée sans chloroforme par un praticien de Nemours. L'opérée se rappelle fort bien qu'on se servit de la scie pour enlever la partie antérieure du pied. Au bout de trois semaines la cicatrisation était complète. Quinze jours plus tard la marche s'exécutait avec des béquilles, et librement peu <le temps après.

Au mois de février 1862, dix mois après l'opération, on constate l'état suivant : le pied, bien conformé dans sa portion conservée, n'offre ni gonflement, ni inflammation, ni déviation, ni élévation du talon. Ti se termine par un bord épais, arrondi, oblique en dehors et en arrière, suivant une direction parallèle à la ligne articulaire métatarso-phalaugîenne. La cicatrice, linéaire et solide, siège plus près de la face dorsale que de la face palmaire. La section des os a porté à peu près vers la moitié du métatarse, car le bord interne du moignon s'étend à 6 centimètres au delà du tubercule du scaphoïde et le bord externe à 3 centimètres de la tubérosité postérieure du cinquième métatarsien.

Les mouvements de flexion et d'extension dans l'articulation tibio-tarsienne sont normaux. La rotation dans la jointure médiotarsienne est un peu moins libre ; il n'y a dans la marche ni douleur ni fatigue, mais seulement un peu de claudication quand l'opéré progresse vite ou porte un fardeau. Le pied est renfermé dans une chaussure ordinaire dont l'extrémité est seulement remplie de coton ou de linge mou.

Ces faits -tendent à démontrer que l'amputation dans la continuité du métatarse estime bonne opération en cas de lésions traumaliques

et qu'elle est digne de prendre place à côté de la désarticulation tarso-métatarsienne.

Il ne s'agit donc point d'établir un parallèle entre ces deux opérations comme on le fit à la Société de chirurgie en 1861 *, et d'adopter l'une de préférence à l'autre, en se fondant sur les difficultés plus ou moins grandes de l'exécution, sur les inconvénients d'ouvrir les articulations tarsiennes et sur les avantages de conserver telle ou telle insertion musculaire. Sachant que les deux mutilations donnent de bons résultats et sont d'une gravité à peu près égale, il faut choisir celle qui conviendra le mieux à la lésion qu'il s'agit de supprimer.

Page 1