Marseille médical, 1878, p
de la syphilis cérébrale, sans tenir compte du chancre de la verge, ni de l'abcès du doigt, qui constituait pourtant une porte d'entrée à Tinfection; rien d'ailleurs ne vient confirmer l'existence de la syphilis, car aucune lésion spécifique n'est mentionnée dans l'observation.
§ 6. — Diphthérite des plaies.
Nous n'en pouvons donner qu'une seule observation, due à Merkel1.
Obs. LXXVI . — Un homme de vingt-six ans est soumis aux frictions mercurielles, pendant six semaines, pour une syphilis. Guérison. Au bout d'un an, il est opéré d'une hydrocèle par la méthode de l'incision. Trois semaines après, la tunique vaginale était couverte de granulations, et les bords de l'incision presque réunis, quand, subitement, il y eut un épaississement de ces bords et la plaie prit un aspect diphthéritique. Application de sublimé sur la plaie; frictions mercurielles. Guérison au bout de dix jours2.
En résumé, certaines complications des plaies (gangrène, tétanos, névralgie, érysipèle, infection purulente, diphthérite) paraissent donc avoir eu pour point de départ les manifestations externes de la syphilis, ou avoir elles-mêmes provoqué les manifestations d'une syphilis latente 3.
Elles agissent donc à la manière du traumatisme, lorsqu'elles subissent l'influence de la syphilis ou qu'elles en provoquent les manifestations.
La nature spécifique des accidents survenus ne semble ailleurs pas douteuse, dans quelques cas où ils ont cédé au traitement antisyphilitique.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil en arrière, nous voyons
1. Merkel, Cent ralblatt fur med. Wissenschaft, 1871, et Arch. gén. de méil., 1872, 6° série, t. XIX, p. 335).
2. Ce fait a encore été cause d'une inexactitude de la part de MM. Dusteriiolï et Bénicy: « Petit, disent-ils, cite cette observation comme la seule connue de lui où la syphilis ait envahi une plaie diphthéritique.» — J'ai dit que parmi les complications des plaies qui peuvent survenir chez les syphilitiques, la diphthérite avait été observée une fois par Merkel, mais non que la syphilis avait envahi une plaie diphthéritique, ce qui est le contraire.
3. Nous avons dû modifier un peu la rédaction de ce résumé, faite trop hâtivement au moment de la soutenance de notre thèse. — L.-H. Petit, 1887.
que les causes les plus diverses ont provoqué des manifestations de la diathèse apparente ou latente, dans la région blessée ou dans une région éloignée. Ces causes sont tantôt minimes (écorchures, petite plaie, ouverture d'abcès, saignées, vésicatoire, tantôt graves (plaies par arme à feu, fracture, luxation, gangrène, érysipèle, etc.).
Dans notre introduction, nous avons, essayé théoriquement de démontrer pourquoi toutes les plaies, chez les syphilitiques, ne prenaient pas l'aspect ulcéreux, et pourquoi toutes les lésions ne donnaient pas lieu à des éruptions spécifiques. Les observations que nous avons rapportées n'ont fait que conlirmer nos arguments.
Dans les cas où une lésion légère a suffi pour faire apparaître des accidents souvent fort graves et fort rebelles, le malade devait être nécessairement en imminence morbide. La lésion n'a fait alors qu'avancer le jour où la dialhèse devait éclater.
Lorsque, au contraire, il a fallu une lésion grave pour provoquer l'éclosion delà syphilis, il est probable que celle-ci serait restée pendant longtemps encore à l'état latent et qu'une modification profonde, une violente secousse imprimées à l'organisme, ont pu seules la réveiller. Avec ces cas nous pouvons ranger ceux dans lesquels des froltements longtemps répétés ont élé suivis d'accidents, et où une irritation peu intense à la vérité, mais continue, a produit à la longue les mêmes résultats qu'un traumatisme grave. Nous pouvons dès lors accepter l'opinion de Thoman et des chirurgiens militaires dont il parle. D'après eux. en effet, l'aspect particulier que prend une blessure chez un syphilitique, n'est dû qu'à l'irritation produite par les frottements qu'on ne peut éviter.
Nous avons supposé que dans les cas où les accidents étaient survenus à la suite de graves traumas, la syphilis serait sans eux restée à l'état latent pendant un temps plus ou moins long. Ne peut -on admettre maintenant que la syphilis soit assez neutralisée à un moment donné pour que rien ne puisse la provoquer? Que le syphilitique se blesse dans ces conditions, qu'on lui pratique une opération chirurgicale, et il guérira comme s'il était sain. Ces cas sont d'ailleurs les plus communs, car tous les chirurgiens qui ont été conduits par leur expérience à penser que la syphilis pouvait entraver la cicatrisation des plaies, ont fait suivre à leurs malades un traitement approprié avant de les opérer. Telles sont, d'après nous, les raisons pour lesquelles un syphilitique peut souvent se blesser ou être opéré impunément.
Ces données nous paraissent de la plus haute importance pour la
chirurgie générale et les opérations. Puisque la syphilis peut dans certains cas imposer aux plaies une marche anormale et amener des insuccès dans les opérations, et que l'on peut éviter ces insuccès grâce à une certaine préparation du malade, on devra donc, lorsqu'on aura un syphilitique à opérer, et que l'opération ne sera pas urgente, prendre les précautions nécessaires pour sa réussite. Ces précautions consistent à attendre assez longtemps pour que les manifestations de la diathèse paraissent bien guéries, et à donner en même temps le traitement antisyphilitique.
Tout en regrettant que les observations sur lesquelles nous appuyons nos conclusions ne soient pas plus nombreuses, et reconnaissant d'ailleurs la part de la théorie dans les idées que nous avons émises, il nous semble que l'on peut, jusqu'à nouvel ordre, émettre les propositions suivantes :