CONCLUSIONS GENERALES
1° Chez les sujets atteints de syphilis grave, comme chez ceux qui, dans une syphilis ordinaire, n'ont pas encore suivi de traitement ou ne l'ont suivi que pendant un temps insuffisant, les lésions traumatiques peuvent présenter un aspect particulier ou suivre une marche anormale.
2° Elles présentent ces caractères immédiatement après la blessure, ou quelques jours, plusieurs semaines et même plusieurs mois plus tard.
3° Cet aspect varie : tantôt la plaie devient une véritable syphilide ; tantôt elle s'ulcère sans prendre l'aspect syphilitique et ne guérit pas ; tantôt enfin, sans s'ulcérer, elle ne se cicatrise pas ou ne se cicatrise que lentement.
4° Lorsqu'il y a des manifestations syphilitiques au moment de la blessure, l'aspect que revêt celle-ci est analogue aux syphilides en voie d'éruption.
5° Lorsqu'il n'y a pas de manifestation actuelle, la plaie revêt en général l'aspect d'une manifestation tardive de la période secondaire, du rupia en particulier.
6° Le traumatisme survenant chez des syphilitiques dont la diathèse est à l'état latent depuis une époque plus ou moins éloignée, peut provoquer des accidents syphilitiques occupant soit la région blessée, (manifestation locale), soit un point du corps éloigné de
cette région (manifestation à distance), soit une surface plus ou moins étendue du corps (manifestation générale).
7° Ces accidents sont provoqués aussi bien dans la période tertiaire que dans la période secondaire.
8° La syphilis peut se localiser fréquemment dans une région qui, avant toute manifestation syphilitique, primitive, secondaire ou tertiaire, avait été le siège d'une lésion traumatique.
9° L'accident syphilitique pourra revêtir alors la forme soit d'une ulcération qui détruira la cicatrice, soit d'une tumeur qui suivra la marche ordinaire des gommes.
40° Une fois développées, les syphilides traumatiques ont le plus souvent les mêmes caractères et guérissent par le même traitement que les syphilides spontanées.
11° Dans certains cas, les complications vulgaires des plaies paraissent avoir eu pour cause déterminante la syphilis.
42° Dans d'autres, ces complications ont pu provoquer des manifestations syphilitiques.
43° Au début, la nature spécifique des syphilides traumatiques et des complications des plaies est en général assez difficile à reconnaître, car on manque presque toujours de renseignements suffisants; mais lorsqu'on verra une plaie prendre une apparence ulcéreuse ou traîner en longueur sans cause appréciable, et sans présenter les caractères connus d'une autre diathèse, on devra songer à la syphilis et administrer un traitement approprié.
44° Avant de pratiquer une opération non urgente, en particulier l'autoplastie, chez un sujet qui peu de temps auparavant aura présenté des symptômes de syphilis constitutionnelle, il sera prudent de donner encore du mercure ou de l'iodure de potassium.
45° Si cette opération échoue une première fois, on attendra quelque temps encore, on remettra le malade au traitement, et l'on n'opérera que six mois au moins après la disparition des accidents syphilitiques.
CONCLUSIONS DE M. DuSTERHOFF (1878)
4° Les manifestations contagieuses de îa syphilis n'ont en général aucune influence sur la marche des plaies.
2° Les contusions à la surface du corps, l'irritation permanente des plaies, etc., peuvent donner lieu pendant la période contagieuse
de la syphilis, à des manifestations syphilitiques au siège même de l'irritation, sans que pour cela la guérison des plaies soit notablement entravée.
3° L'irritation permanente des plaies, les mauvaises conditions hygiéniques, une cure antisyphilitique trop forte, les influences débilitantes avant et après la blessure, un mauvais pansement, entravent bien plus la guérison des plaies que la syphilis constitutionnelle.
4° Chez les syphilitiques, dans la première période, les plaies qui se trouvent dans le voisinage immédiat de l'induration, peuvent guérir par première intention.
5° La syphilis latente, dans ses formes légères, n'exerce, en général, aucune influence sur la marche des plaies.
6° La modification de la nutrition pendant la guérison des lésions graves favorise l'état latent de la syphilis : dès que la cicatrisation est terminée, et que les phénomènes de nutrition rentrent dans leur état normal, la syphilis peut se manifester de nouveau au point même qui a été lésé ou sur toute autre partie du corps.
7° La syphilis latente, même dans ses manifestations tardives, n'empêche pas, en général, la réunion par première intention des plaies résullant d'opérations chirurgicales.
8° Les opérations plastiques faites dans les sièges de prédilection de la syphilis échouent souvent, surtout lorsque le traitement spécifique avant l'opération a été insuffisant. La syphilis apparaît à l'endroit opéré et les tissus sont détruits.
9° Quand on constate, avant les opérations plastiques, une tuméfaction ganglionnaire annonçant l'existence de la syphilis, il est indiqué de soumettre le malade à un traitement anlisyphilitique avant d'opérer.
10° Les éruptions non contagieuses de la syphilis tertiaire, quand elles sont progressives, créent des conditions défavorables à la guérison des plaies; quand, au contraire, elles sont dans une période de régression ou complètement guéries, à la suite d'un traitement spécifique, la marche de la cicatrisation des plaies est favorable.
11° Le mauvais état des ulcères chroniques chez les syphilitiques tertiaires dépend de la région et des conditions mécaniques.
12° La syphilis osseuse non seulement favorise les fractures, mais peut encore entraver ou empêcher définitivement la consolidation.
13° Si, d'une part, dans la majeure partie des cas, la consolidation des fragments s'opère chez des individus atteints de syphilis osseuse très étendue, si d'autre pari, dans quelques cas, cette con=
solidation n'a pas lieu, il faut en chercher la cause dans les lésions diverses que la syphilis amène dans le tissu osseux, ou dans la cachexie syphilitique.
14° Le mercurialisme a été considéré, à tort, comme favorisant les fractures.
15° Le traitement administré avec précaution chez les syphilitiques n'empêche pas la formation du cal.
16° L'abus de l'emploi du mercure conduit au marasme et peut entraver la formation du cal.
17° Chez les syphilitiques invétérés, notamment dans la syphilis osseuse, et avec un organisme épuisé, on remarque sur les plaies une gangrène spéciale qui cède à un traitement antisyphilitique.
18° Il n'est pas prouvé que la syphilis constitutionnelle prédispose à Fhémorrhagie des plaies.
19° La syphilis constitutionnelle chez les blessés n'a aucun rapport avec la pyohémie.
CONCLUSIONS DE M. FoLINEA (1879)
Des faits rapportés ci-dessus nous pouvons tirer les conclusions suivantes :
1° La sclérose initiale1 transforme en indurations syphilitiques les plaies accidentelles ou chirurgicales, en continuité avec elle.
2° La sclérose initiale, dans les lésions traumatiques situées à distance, n'a aucune influence modificatrice sur elles.
3° La période qui s'étend entre la sclérose initiale et les manifestations générales, surtout dans le début de celles-ci, n'a aucune action sur les lésions produites par le trauma.
4° La syphilis, dans la période inflammatoire (secondaire) in actu, agit toujours sur les lésions traumatiques en y faisant naître des lésions spécifiques.
5° Les transformations des lésions traumatiques survenant lorsque la syphilis récente est in actu, peuvent revêtir les caractères de la manifestation syphilitique, qu'elle se trouve près ou à distance du trauma.
6° La syphilis inflammatoire in actu, lorsqu'elle ne change pas la lésion traumatique en lésion spécifique, agit sur la solution de con-
1. Sous le terme de sclérose initiale, M. Folinea désigne le chancre induré.
tinuité de façon que, sans la tranformer en ulcère syphilitique, elle la rend stationnaire; celle-ci ne guérit alors que par le traitement spécifique.
7° La syphilis néoplasique (tertiaire) elle-même a une action négative, que le trauma soit ou non à distance des manifestations syphilitiques; cependant elle peut encore, dans certaines circonstances, transformer une blessure en une syphilide ulcéreuse ou la rendre stationnaire.
8° La syphilis, dans les intervalles de latence de la période secondaire, agit comme lorsqu'elle est en activité, soit en faisant prendre à la lésion des caractères spécifiques, soit en empêchant sa guérison lorsqu'on n'a pas recours au traitement mercuriel.
9° La syphilis latente, dans la période néoplasique, a rarement une action spécifique sur la marche d'un trauma quelconque, qui presque toujours reste complètement indifférent à la diathèse syphilitique.
10° Les lésions traumatiques chez les syphilitiques peuvent devenir le point de départ de nouvelles manifestations spécifiques.
11° Les lésions traumatiques dans la syphilis récente, patente ou latente, peuvent devenir le point de départ de nouvelles manifestations syphilitiques localisées au siège du trauma.
12° Les lésions traumatiques chez les syphilitiques peuvent faire éclater des éruptions à une distance plus ou moins grande. Cela a lieu surtout dans la période inflammatoire, rarement dans la période néoplasique.
13° Chez les syphilitiques, un trauma peut être de nouveau le point de départ d'une lésion spécifique, soit dans la seconde période, soit dans la troisième.
14° Une lésion traumatique chez un individu non syphilitique, et qui plus tard vient à être infecté, peut devenir le point de départ des manifestations de la syphilis.
CONCLUSIONS DE M. Lalanne (1880)
1° Le traumatisme de l'œil peut y déterminer des accidents syphilitiques, alors même qu'il survient chez des véroles dont la diathèse est à l'état latent depuis une époque plus ou moins éloignée.
2° La nature spécifique de ces accidents ne peut être démontrée
que par la rapidité avec laquelle ils guérissent sous l'influence du traitement mercuriel.
3° L'accident provoqué est presque toujours l'iritis spécifique.
4° Il nous est impossible, vu le petit nombre de cas qu'il nous a été donné d'observer, de nous prononcer sur la fréquence de l'iritis syphilitique d'origine traumatique. Nous la croyons cependant rare.
5° Cette manifestation diathésique se montre surtout chez les sujets syphilitiques, lorsque le traitement a été nul ou insuffisant.
6° L'iritis syphilitique survient très rarement à la suite de traumatisme siégeant sur un point du corps éloigné de l'œil.
7° Cet accident est provoqué aussi bien clans la période tertiaire qu'à la période secondaire de la syphilis.
8° L'influence de la diathèse syphilitique sur les opérations oculaires nous paraît démontrée.
9° La lésion qui sous l'influence diathésique complique le plus souvent le traumatisme oculaire, chirurgical ou accidentel, est encore l'iritis syphilitique.
10° Ces complications sont fréquentes.
11° Elles se montrent surtout chez les syphilitiques chez lesquels le traitement diathésique a été négligé ou n'a pas été fait.
12° Cette manifestation syphilitique est justiciable du traitement mercuriel et de l'emploi de l'iodure de potassium.
13° Avant de pratiquer une opération oculaire chez un sujet syphilitique qui peu de temps auparavant a présenté des symptômes de syphilis constitutionnelle, il sera indispensable de le remettre, pendant un temps assez long, au traitement mercuriel et ioduré.
14° Si cette opération échoue une première fois, le malade sera remis au traitement mercuriel, et l'on n'opérera que six mois au moins après la disparition des accidents syphilitiques.