‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 115 sur 192 · Archives de médecine navale · texte numérisé non relu

Archives de médecine navale

tumeur apparaît à la partie postérieure, supérieure et interne de la cuisse gauche, dans la région des adducteurs, et causant de vives douleurs. D'abord du volume d'une noix, mobile et comme perdue dans l'épaisseur des muscles, elle croît avec rapidité, de façon qu'au bout de quinze jours elle a acquis le volume du poing. Les souffrances sont violentes et provoquent des plaintes continuelles. On commence les injections de morphine à la dose de deux centigrammes.

Appelé en consultation le 14 décembre 1886 parle D1 Launay, je reconnais sans peine au front une éruption bien caractérisée de rupia syphilitique, une périostite non moins évidente delà première côte droite, enfin à la racine de la cuisse, une grosse tuméfaction gommeuse, mal limitée, englobant les muscles, infiltrant le tissu conjonctif, etentourant le nerf obturateur qu'elle comprime sans doute.

Je reconstitue de la manière suivante cette histoire. En août, chancre infectant très bénin localement et guérissant seul, chez un sujet atteint depuis trois mois de diarrhée rebelle.

En septembre, paludisme surajouté à forme grave et laissant à sa suite une débilitation profonde; traversée longue, fatigante ; soins insuffisants, apparition précoce de Ja corona venerls.

Arrivée en France en novembre; la syphilis n'est pas encore reconnue ; à la fin de ce mois, développement d'une périostite costale et d'une gomme profonde de la cuisse.

L'état général est très mauvais, la diarrhée persiste ; les douleurs sont violentes dans la tumeur fémorale. Le pronostic est grave, car si le traitement spécifique est indiqué et indispensable, tout fait craindre qu'il ne soit pas toléré.

Désirant faire contrôler mon opinion, j'engage la famille à consulter mon éminent ami et collègue le professeur Fournier, qui le 16 décembre accepta complètement mon diagnostic ; il déclara en plus que le pronostic était fort grave et que le malade lui semblait inévitablement perdu. Il prescrivit néanmoins : iodiure de potassium, 3 grammes; extrait mou de quinquina, 2 grammes : à prendre chaque jour en deux doses matin et soir clans une tasse de café noir. — Puis le régime alimentaire du Dr Féris (peptones, lait, bouillon dégraissé, poudre de viande avec pepsine, etc.). Enfin, sur la tumeur de la cuisse et la périostite costale, les frictions avec l'onguent napolitain.

25 décembre. — L'amélioration ne se produit pas; la tumeur grossit, acquiert le volume d'une tête de fœtus à terme et se ramol-

lit maintenant à son centre, sans présenter néanmoins de changement de couleur à la peau. On avait essayé de porter l'iodure de potassium à 4 grammes par jour, mais l'appétit se perdant et la fièvre revenant sous forme d'accès, on est obligé de diminuer la dose, et de reprendre, le 30, le sulfate de quinine et l'extrait mou de quinquina, qui ne sont pas beaucoup mieux tolérés. Les douleurs de la cuisse devenant de plus en plus vives, on administra jusqu'à 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine en injections souscutanées.

Le 2 janvier, je revois le malade avec MM. Fournier et Launay ; nous découvrons derrière l'oreille un ganglion tuméfié et sensible à la pression. La tumeur de la cuisse s'est étendue dans tous les sens ; la fluctuation y est très manifeste et les douleurs toujours très vives. Nous faisons avec l'aspirateur Dieulafoy une ponction qui extrait environ 500 grammes de pus très liquide et sans odeur; la tumeur diminue beaucoup, mais sa base indurée et diffuse présente encore une grande épaisseur ; on pousse dans la poche 40 grammes d'éther iodoformé à 5 p. 100

Le soulagement se produit rapidement, l'état général s'améliore; l'adénite auriculaire n'est plus douloureuse; mais ce résultat ne dure pas.

Le 5 janvier, une gastralgie intense force à suspendre l'iodure de potassium. L'appétit disparaît, la cavité purulente se remplit et les souffrances y reviennent, l'érosion chancreuse du gland se rouvre.

Le 7 janvier, les frictions mercurielles déterminant de la salivation doivent être abandonnés à leur tour. Le régime alimentaire se compose de lait, de poudre de viande, de peptones et de glucose. La diarrhée continue. Amaigrissement, faiblesse extrême, agitation nerveuse continuelle.

Le 17 janvier, une nouvelle ponction parait nécessaire pour amener du soulagement; elle soutire 250 grammes de pus; on injecte 20 grammes d'éther iodoformé ; l'ouverture faite par le trocartne se ferme pas, l'abcès s'affaise, une fistule s'établit.

Le 20 janvier, subdélirium; alimentation nulle; cachexie à marche rapide. Mort le 25. Pas d'autopsie.

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