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SYMPTÔMES FONCTIONNELS

En même temps que l'hybiïdité cancéro-syphilitiqiie s'accuse par des signes physiques particuliers et revêt un cachet emprunté auxdeux diathèses, elle engendre des troubles fonctionnels caractéristiques.

Dans la première période, ces troubles sont peu prononcés, et l'on n'a pas lieu de s'en étonner, si l'on songe qu'il en est ainsi pour chacune des diathèses prises séparément. Assez communément, les lésions existent déjà depuis quelque temps sans provoquer aucun désordre. Soit que le malade considère son mal comme une suite de lésions syphilitiques antérieures et qu'il ait recours au traitement spécifique, soit qu'il regarde comme sans importance la crevasse, la fissure, la verrue, reposant sur un fond induré, et qu'il n'ait fait qu'un traitement insignifiant, il ne commence réellement à s'en préoccuper que le jour où une entrave survient aux fonctions de la langue.

Une sensation de plénitude buccale, une gêne légère des mouvements de l'organe, ayant pour premier résultat une altération de la phonation, et exposant à quelques morsures, sont, dans la majorité des cas, les seuls accidents que l'on ait à remarquer. Il faut cependant faire une exception pour ces hybrides où une sclérose profonde, de jour en jour plus développée, est insensiblement envahie par une tumeur cancéreuse; en pareil cas, les symptômes de l'hyperplasie existent depuis une époque variable.

A la deuxième période, époque de l'ulcération, on constate non pas un ensemble de signes bien tranchés, 'capables à eux seuls de faire porter le diagnostic, mais plutôt une diminution des troubles que l'une ou l'autre des diathèses déterminerait, si elle existait seule.

Lorsque la langue a acquis un certain volume, dû à la sclérose et à l'infiltration néoplasique, elle accomplit difficilement ses mouvements ; la mastication, la phonation et la déglutition sont notablement gênées. Néanmoins une augmentation assez considérable de l'organe n'entrave pas absolument sa mobilité, et, en tout cas, le fait moins que lorsque le cancer seul est en jeu. D'ailleurs, ces

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rouilles ne se montrent véritablement que lorsque le néoplasme s'étend vers le plancher de la bouche et la base de l'organe, créant ainsi des adhérences, nouvelle cause d'immobilité.

Dans cette même période, il est rare de voir la sécrétion salivaire exagérée; le liquide à peine sanieux, qui s'écoule des surfaces ulcérées, n'existe guère dans l'hybridité cancéro-gommeuse, remarquable au contraire par ses produits épais et pseudo- membraneux.

Les hémorrhagies sont également rares et consistent plutôt en un suintement minime qu'en un véritable écoulement.

V odeur exhalée est moins forte que dans le cancer pur, et il est exceptionnel de noter la fétidité.

Mais il est un symptôme fonctionnel qui subit plus que les autres une modification constante, et éprouve une telle diminution, qu'il fait le plus souvent défaut, c'est la douleur. Les auteurs sont unamimes à proclamer que le cancer doit être rangé dans la classe des maladies douloureuses par excellence, et que celui de la cavité buccale en particulier tient sous ce rapport un des premiers rangs ; or, s'il ne provoque aucune sensation pénible à son début, il en est tout autrement dans les deux dernières périodes.

Lorsque dans un épithélioma buccal simple la douleur apparaît, elle présente des variétés qui dépendent des différences de durée, d'étendue et d'intensité.

Tantôt elle est fixe et siège exclusivement dans la région malade, sans aucune irradiation, voisine ou éloignée. D'autres fois elle est mobile, étant perçue soit au niveau de la langue, soit dans un point voisin de la même région.

Gomme dans la plupart des névralgies, elle peut être continue ou intermittente. Dans le premier cas, elle est plus ou moins vivement ressentie, constituant chez l'un une sensation sourde, énervante, chez l'autre une tension très pénible. Mais cette permanence n'est pas la règle, et c'est au contraire le caractère d'intermittence que l'on observe le plus souvent. Mêmes variétés dans l'intensité : chaque malade a un langage propre pour traduire ses sensations; cependant certaines expressions reviennent constamment, la douleur étant dite pongitive, lancinante, rongeante, dilacérante, térébrante, etc.

Il n'est peut-être aucune région du corps où les phénomènes douloureux soient plus intenses et plus variés que dans la cavité buccale. Qu'ils restent localisés à l'organe envahi ou s'étendent à la face, à la région cervicale ou vers les oreilles, ils constituent

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l'un des symptômes les plus pénibles et les plus constants du cancer épithélial de la bouche. Mais cette donnée cesse d'être vraie, lorsque le cancer est associé à la syphilis, et si nous ne pouvons pas affirmer qu'il en soit de même dans toutes les régions, du moins, pour l'épithélioma buccal chez les syphiliques, le doute ne paraît guère possible.

Les malades que nous avons observés, atteints de syphilis plus ou moins ancienne et d'épithélioma de la langue ou du plancher de la bouche, ont presque tous offert une absence complète de douleurs. Dans la plupart des cas, l'épithélioma était pourtant arrivé aune période déjà avancée ; l'ulcération, large, profonde, avait gagné les parties voisines du lieu primitivement affecté, et cependant il y avait indolence absolue. Quelques-uns seulement se plaignaient de temps en temps de petits élancements ou d'une sensation de cuisson au moment du passage des aliments sur les surfaces ulcérées.

En est-il toujours ainsi dans l'hybridité de ce genre? Nous sommes autorisés à le supposer, car nous n'avons fait aucun triage parmi les faits venus à nous et nous avons recueilli toutes les observations où la combinaison était évidente ; or, si la douleur est notée dans quelques-unes d'entre elles, elle pouvait être attribuée à une simple compression des nerfs produite par l'engorgement ganglionnaire.

Cependant, dans quelques cas, cette cause ne peut être alléguée ; la compression n'existe pas et pourtant la maladie n'est pas exempte de douleurs. Le cancer ne serait donc pas indolent chez tous les syphilitiques? L'action atténuante de la syphilis ne s'exercerait donc pas d'une façon constante? La lecture attentive des observations où la douleur est notée, fournit une réponse satisfaisante et démontre que le cancer par lui-même, chez les malades en puissance de syphilis, est toujours indolent; quand il y a douleur, elle doit être imputée à la syphilis; si l'action de cette dernière est éteinte, ce n'est plus un hybride que l'on a sous les yeux, c'est un cancéreux pur, chez lequel la diatlièse syphilitique, autrefois en vigueur, ne joue plus actuellement aucun rôle.

Comme preuve de l'influence que possède le virus vénérien sur les manifestations douloureuses de l'autre diathèse, nous n'avons qu'à rappeler les résultats du traitement ioduré, qui fait disparaître les phénomènes de sensibilité morbide. C'est ce qu'on a constaté chez plusieurs de nos malades se plaignant de ressentir des élancements et des douleurs assez vives et irradiées et qu'on a soumis au traitement. Survenue en moins de huit jours, l'amélioration continua dans la suite et la douleur s'éteignit entièrement.

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On doit voir dans ces résultats l'influence de la diathèse syphilitique, car si l'on donne (et l'expérience en est faite toutes les fois qu'il y a doute) du mercure ou de l'iodurede potassium à un cancéreux ordinaire, on sait que les douleurs persistent, augmentent même et que la maladie progresse. Mais que le même traitement soit appliqué à un cancéreux, qui subit encore l'action du virus vénérien, le contraire a lieu et la douleur va disparaître.

Loin de nous être contraires, ces faits plaident en notre faveur, car si on nous objecte que le traitement dans certains cas n'a été suivi d'aucun effet et que les douleurs ont persisté, nous répondrons que la syphilis, contractée à une époque éloignée, a été et est restée guérie, et qu'actuellement le carcinome seul est enjeu.

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