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Yerncuil, Semaine médicale, 5 avril

730 HYBR1DITÉ CANCÉRO-SYPHILITIQUE.

J'administrai un traitement mixte, et, dans les premiers temps, l'espoir sembla se réaliser : l'ulcération marchait vers la guérison avec une rapidité extraordinaire ; elle avait diminué des deux tiers en moins d'un mois.

Malheureusement, après ce résultat obtenu, le mal resta stalionnaire, puis, peu à peu, en dépit de la continuation du traitement, l'ulcération fit de nouveaux progrès, la cicatrice se détruisit, les ganglions se prirent à leur tour, et la malade succomba à la généralisation cancéreuse.

Obs. XXXVI. — Cancer du sein. — Engorgement ganglionnaire de Vaisselle et des régions sus et sous-claviculaires. — Syphilis concomitante. — Indolence. — Généralisation. — Mort (Personnelle).

Antoinette M..., quarante-cinq ans, entre le 15 février 1883, service de M. Verneuil.

Aucun renseignement sur les parents; M... n'a jamais eu de maladie sérieuse; de temps en temps quelques accidents d'arthritisme.

Il y a environ un an, sans aucune cause connue, pas même le trauma classique, apparition dans le sein gauche, d'une tumeur du volume d'un marron, augmentant et devenant sensible au moment des règles, puis diminuant dans l'intervalle des époques.

Quatre mois après le début de cette tumeur, la malade contracte un chancre induré non douteux, avec gonflement des lèvres, adénopathie bi-inguinale et céphalalgie pendant près de deux mois; pour l'instant, la maladie est en pleine période secondaire.

A partir de cette contamination, la tumeur du sein prend un développement rapide et des saillies apparaissent au niveau des régions sus et sous-claviculaires; M... n'accuse que quelques élancements dans la partie externe de la tumeur.

État actuel. — Malade maigre et pale. Forces assez bien conservées. La tumeur présente le volume du poing et envahit toute la glande mammaire ; elle est dure, très inégale et offre des bosselures distinctes. La peau qui la recouvre est adhérente, surtout dans sa partie centrale où elle présente les caractères de la peau d'orange. Le mamelon est affaissé, sans être véritablement rétracté; aucune ulcération. Profondément, la tumeur adhère aux parties sous-jacentes et les mouvements qu'on cherche à lui imprimer sont indolents et très limités.

De la partie externe et inférieure de la tumeur, part une traînée

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lymphangitique dégénérée qui va rejoindre les ganglions axillaires, dont le volume égale celui d'une grosse noix. Dans les régions sus et sous-claviculaires, autres masses ganglionnaires, en continuité avec celle qui occupe l'aisselle. Dans la région carotidienne inférieure, quelques ganglions isolés également très durs. En aucun point ces ganglions ne sont douloureux, ils ne compriment ni les plexus cervical et brachial, ni les vaisseaux axillaires.

Dans la région anale, quelques plaques muqueuses envoie de disparition. Double déviation des gros orteils.

Sauf quelques élancements, aucune douleur véritable n'existe dans les tumeurs.

L'opération était contre-indiquée, mais le mal ayant semblé s'accroître depuis la contagion syphilitique, on prescrit une pilule de proto-iodure chaque jour et l'iodure de potassium.

15 mars. — Les masses ganglionnaires ont subi une légère diminution, mais aucun changement n'est survenu dans la tumeur mammaire; les élancements persistent sans aggravation.

La malade, sortie quelque temps, de l'hôpital, y rentre vers le 15 juillet, pour un gonflement du ventre et des membres inférieurs, et des douleurs de la région lombaire s'irradiant dans les cuisses. La tumeur mammaire, ramollie et ulcérée par places, offre l'aspect ordinaire du cancer. L'ascite, l'œdème des membres inférieurs et les douleurs ont pour cause la généralisation du côté du foie et de la colonne vertébrale.

L'autopsie, faite le 30 juillet, prouve en effet que le foie et les poumons sont farcis de noyaux cancéreux, que tous les ganglions lombaires sont pris, et que les troisièm-e et quatrième vertèbres lombaires sont envahies par le cancer.

Dans la première observation, outre le caractère d'indolence que présentait l'affection, il est certain que le cancer a agi comme cause de rappel de la syphilis, d'où une physionomie spéciale de l'ulcération, reflet de sa double origine. Le traitement mixte a prouvé que cette interprétation était exacte, puisqu'il a procuré une amélioration momentanée il est vrai, mais évidente.

Mais l'élément syphilitique dompté, l'autre diathèse s'est de plus en plus affirmée, et de locale est devenue générale, comme dans la deuxième observation. Faut-il en accuser le traitement spécifique? C'est une question que nous ne faisons que poser pour le moment.

Dans l'autre cas, intéressant parce que la syphilis a été contractée

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alors que la malade portait déjà une tumeur cancéreuse, plusieurs points doivent être mis en relief.

Avant la contamination syphilitique, le cancer avait une marche lente; du jour où l'économie a été envahie par les deux maladies, le néoplasme a fait des progrès rapides. Nous examinerons plus loin s'il y a eu simple coïncidence ou véritable influence, en rapprochant ce fait des observations prises dans les autres régions du corps.

Mais on peut remarquer dès maintenant que la syphilis a contribué à l'engorgement des ganglions axill aires, sou» et sus-claviculaires, car dans la plus grande partie des cancers du sein il y a immunité des glandes cervicales. Il faut encore rappeler, en faveur de cette participation de la syphilis, la diminution de la tuméfaction ganglionnaire sous l'influence de l'iodure de potassium et du mercure.

Quant à l'absence de douleurs, étant donnés les nombreux cas de cancers indolents, nous ne sommes pas autorisés à l'attribuer au virus syphilitique ; nous pouvons cependant supposer que là, comme dans la région buccale, le système nerveux peut être impressionné dans cette lutte entre les deux maladies constitutionnelles.

A côté de ces cas d'hybridité, nous rapportons quelques observations dans lesquelles le diagnostic a été si difficile, qu'on a été amené à pratiquer l'ablation de la tumeur, qui était d'origine syphilitique (Obs. XXXVIII). Dans l'observation XXXIX le doute disparaît devant l'épreuve thérapeutique, et quant à l'observation XLI, malgré tout le respect que nous avons pour la mémoire de Velpeau, nous hésitons à la regarder comme un exemple de guérison d'un squirrhe.

Obs. XXXVIII. — Gomme ulcérée de la région mammaire. — Traitement spécifique. — Pas d'amélioration. — Extirpation. — Syphilides pustuleuses et ulcéreuses. — Mort1.

Obs. XXXIX (résumée). — Gommes ulcérées de la région mammaire prises pour un cancer. — Traitement anti-syphilitique. — Guérison2.

1. Landreau, 1874. Des syphilomes mammaives, obs. IX. — Voy. cette obser ration plus haut, p. 237 et 473.

v2. Yvaren, Métamorphoses de la syphilis, 1854. — Voy. cette observatio plus haut, p., 464.

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Obs. XL (résumée). — Cas douteux de squirrhe du sein; guérison sans opération.

Madame X..., quarante-huit ans, forte, bien constituée ; tumeur dans le sein droit depuis six mois. Au premier coup d'œil, ce sein a conservé sa forme et son volume naturels ; maïs au dessous et un peu en dehors du mamelon existe une plaque sur laquelle la peau est légèrement déprimée. Celte plaque se continue avec une tumeur dure, demi-ligneuse, du volume d'un œaf de poule, mal limitée, semblant faire partie de la mamelle. De moins en moins dense à mesure qu'on s'éloigne de son centre, qui seul avait quelque chose de la densité du squirrhe, elle se perd insensiblement dans le reste de la région, par des prolongements dépourvus eux-mêmes de mobilité distincte. Siège de quelques élancements depuis deux ou trois mois, cette tumeur avait pris un développement rapide en dernier lieu. Un traitement antiphlogistique, des onctions iodurées, de l'iodure de potassium à l'intérieur (50 centigr.) font diminuer la tumeur, qui, au bout de deux mois, ne présente plus qu'un noyau central induré. Six mois plus tard, guérison complète, sans récidive dans les dix années suivantes.

Obs. XLI. — Gomme de la région mammaire simulant un cancer. — Engorgement ganglionnaire de Vaisselle. — Traitement antisphylitique*.

Obs. XLII. — Gomme de la région mammaire d'un diagnostic douteux. — Traitement antisyphilitique. — Guérison2.

HYBRIDITE GANCERO -SYPHl LITIQUE DE LA VERGE ET DU TESTICULE.

Quelques-unes des observations suivantes montrent le développement d'un cancroïde sur la verge après des manifestations syphitiques répétées : malheureusement les descriptions données ne

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