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Annales de dermatologie

Celte action combinée de la scrofule et de la syphilis se produit de deux manières différentes : Ou bien les deux diathèses manifestent leur action en même temps, la syphilis réveillant la scrofule, ou bien la syphilis vient évoluer sur un terrain déjà occupé par cette dernière. Dans le premier cas, on aura l'hypertrophie amygdalienne réputée purement syphilitique et que nous considérons, dans la majorité des cas, comme mixte aussi bien que la deuxième forme, dans laquelle il n'est plus possible de nier l'action combinée des deux diathèses, puisqu'on les voit évoluer successivement et se confondre sur un même terrain. Cette connaissance de l'action de la scrofule dans les manifestations bucco-pharyngées de la syphilis, et en particulier dans l'hypertrophie amygdalienne, explique les divergences des auteurs sur le moment d'apparition de cette dernière, ceux-ci ayant surtout tendance à faire de l'hypertrophie amygdalienne un résultai de l'action des plaques muqueuses ou des différentes syphilides tonsillaires (Bassereau, Lancereaux, Gouguenheim), ceux-là constatant simplement la coïncidence fréquente des deux sortes de lésions (Després, Martineau), d'autres enfin, comme MM. Cornil, Jullien, affirmant, en se basant sur la clinique, l'indépendance fréquente de l'hypertrophie des amygdales, lesquelles se rapprochant par leur structure des ganglions lymphatiques, sont soumises comme ces derniers à une augmentation de volume produite directement par le virus syphilitique.

Pour nous, la question paraît simple : ou la diathèse congénitale qui sommeillait chez les scrofuleux est réveillée localement sous forme d'induration, d'hypertrophie, par les manifestations ulcéreuses et même exanthématiques de la syphilis : chancre, plaques muqueuses syphilides, etc.; ou la scrofule étant en pleine évolution dans la gorge, sous forme d'amygdalite aiguë et surtout chronique, et de scrofulides, la syphilis vient^se combiner avec elle, modifier son processus pathologique et accélérer sa marche en y ajoutant ses manifestations propres. Ce n'est pas là une simple vue de l'esprit, car l'anatomie pathologique permet parfois de prendre sur le fait la combinaison des deux diathèses.

Je serai bref sur la séméiologie des manifestations syphilo-strumeuses de la bouche. Le plus souvent la syphilis, diathèse acquise, vient greffer ses manifestations sur la scrofule, diathèse congénitale qui a déjà plus ou moins évolué dans le pharynx. Presque toujours, en effet, le malade a présenté antérieurement une des différentes formes de l'angine scrofuleuse.

En général, chez les scrofuleux, les lésions ont la plus grande

tendance à se diffuser et presque toujours les deux amygdales sont prises à des degrés divers; la muqueuse pharyngée est elle-même le siège d'une inflammation subaiguë, caractérisée par un gonflement général avec aspect œdémateux qui la rapproche des angines strumeuses chroniques; ce n'est guère que sur les points où le virus syphilitique porte plus spécialement son action que l'on observe cette coloration rouge lie de vin vernissée et disposée en coups de pinceau, qui est un des meilleurs signes de l'angine syphilitique simple.

Les amygdales présentent des caractères différents, suivant que l'angine strumeuse a été primitive et a revêtu la forme chronique, ou qu'elle a été seulement suscitée par la syphilis. Dans le premier cas, les amygdales présentent une consistance beaucoup plus grande; elles sont dans le second mollasses, œdémateuses, quelquefois même violacées et saignantes. Les bandes de rougeur localisée sont aussi plus diffuses.

Si les manifestations syphilitiques revêtent la forme ulcéreuse, elles offrent des modifications que l'on peut rattacher à la scrofule. Les ulcérations ont une tendance marquée à se creuser et à envahir les tissus voisins. Leur fond prend un aspect pullacé, diphthéroïde, parfois gangreneux. Les parties voisines sont tuméfiées, œdémateuses. C'est ce qui explique les variétés d'aspect du chancre de l'amygdale, tantôt réduit à une simple érosion (Obs. I de la thèse de Gilles), tantôt au contraire anfractueux, abord décollés, ulcéreux, comme Diday en a montré des exemples. Ce qu'on dit du chancre de l'amygdale peut se répéter des différentes espèces de syphilides, érosives, hypertrophiques, papulo-érosives, tuberculeuses, gommeuses, qui prennent pour siège la gorge et surtout l'amygdale.

Telles sont les principales modifications locales imprimées par la strume. Mais il y a aussi une action à distance, s'exerçant sur les ganglions qui reçoivent les lymphatiques de la région affectée. Nous en traiterons longuement dans le chapitre consacré à l'action de la scrofule sur les manifestations ganglionnaires de la syphilis et nous montrerons que la tendance à la suppuration est manifeste.

Quant aux modifications imprimées aux troubles fonctionnels, la douleur a souvent des caractères mixtes, car si dans l'angine syphilo-strumeuse elle est moins vive que dans l'angine syphilorhumatismale, elle offre souvent des exacerbations nocturnes qui la différencient nettement de la douleur peu intense de l'angine strumeuse simple. Mais ce dernier caractère, loin d'être constant, est même contesté (Fournier). Les troubles de la déglutition, de la

phonation, sont uniquement régis par l'acuité du processus pathologique et l'étendue des ulcérations. Cependant, chez les scrofuleux, l'angine paraît retentir particulièrement du côté de l'oreille.

La marche des angines syphilitiques est évidemment influencée par la scrofule. Elle peut revêtir la forme aiguë et alors les manifestations syphilitiques proprement dites occupent la première place. La rougeur en traînées et la douleur atteignent leur maximum d'intensité. Cette forme évolue rapidement, laissant après elle dans la muqueuse un état inflammatoire subaigu, qui a grande tendance à devenir chronique. Mais ce n'est pas là la forme la plus habituelle. En général le malade avait déjà une angine scrofuleuse chronique que la syphilis survenant a fait passer à l'état subaigu. Puis, sous l'influence d'un traitement approprié, ou par l'évolution naturelle de la maladie, la syphilis perd de son intensité et disparaît complètement, il ne reste plus alors que l'angine scrofuleuse avec sa marche torpide; ou bien cette syphilis prend elle-même les allures de la chronicité, et les deux diathèses évoluent lentement et de concert. La première de ces formes s'observe de préférence dans la période des [accidents secondaires : érythème, éruption papuleuse, plaques muqueuses; la deuxième est plus commune à la période tertiaire. Parfois des poussées aiguës viennent imprimer à cette forme essentiellement chronique les caractères de l'intermittence.

Disons quelques mots des lésions histologiques qu'entraîne le mélange des deux diathèses. On n'est pas d'accord sur les lésions que l'on doit rapporter à la vérole. M. Hamonic dit, en parlant de l'hypertrophie amygdalienne simple sans érosions et sans ulcérations, qu'elle est de nature syphilitique et que la lésion est une hyperplasie lamineuse. Nous avons déjà dit que cette forme appartient à la scrofule et à la syphilis mélangées. Il est encore plus douteux que l'on puisse affirmer la nature syphilitique des lésions glandulaires. On retrouve en effet cette hyperplasie lamineuse, cette sclérose des faisceaux conjonctifs intra-glandulaires, parfaitement décrites dans l'histologie pathologique de l'hypertrophie simple des amygdales. Nous pensons donc qu'elles n'ont rien de particulier à la syphilis. M. Vidal a décrit, comme habituelles dans l'amygdalite chronique, scrofuleuse, l'induration de la glande, l'hypergenèse du tissu cellulaire, l'augmentation en nombre et en volume des follicules clos, la dégénérescence granuleuse trouble des cellules1. D'autre part, M.Gilles attribue surtout à la syphilis les modifications histologi-

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