‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 62 sur 192 · Métamorphoses de la syphilis, 1854, p · texte numérisé non relu

Métamorphoses de la syphilis, 1854, p

SYPHILOMES MAMMAIRES. 465

On pansa la plaie avec la pommade à l'iodure de plomb; à l'intérieur, liqueur de Van Swieten, aidée de quelques toniques et d'un régime analeptique. A la faveur de ce traitement, les plaies se cicatrisèrent; vers le 7 novembre, la malade cessait les remèdes et vaquait déjà à ses affaires.

Le siège du mal, le développement lent et presque sans inflammation des tumeurs, la destruction ulcéreuse des téguments qui les recouvraient et l'aspect cancéreux des plaies, avaient fait prendre cette maladie pour une affection carcinomateuse.

Peut-être s'agissait-il d'une affection delà peau ou du tissu celluloadipeux sous-jacent, plutôt que d'une gomme du tissu mammaire lui-même. Cette observation n'en est pas moins très intéressante; elle nous montre, en effet, que dans les points contigus à l'ulcère le tissu glandulaire est envahi par l'inflammation et acquiert un grand degré d'induration.

C'est surtout à M. Maisonneuve que revient l'honneur d'avoir signalé la fréquence relative des affections syphilitiques du sein. Après avoir rappelé des faits publiés parBayle, Tanchou, Ullemann; Benabenne,Theallier, Sandras, il en rapporte un dernier, tiré de la pratique de Lisfranc1.

Obs. V. — Un jeune homme entre à l'hôpital avec la poitrine, le cou et les épaules labourés d'ulcères profonds et sanieux; des tumeurs nombreuses et de différents volumes forment un véritable chapelet le long du muscle sterno-mastoïdien. Malgré l'absence complète d'antécédents syphilitiques accusés par le malade, M. Maisonneuve n'hésita pas un seul instant sur la nature du mal, qui disparut rapidement sous l'influence de l'iodure de potassium. En six semaines toutes les tumeurs avaient disparu et tous les ulcères étaient cicatrisés.

Quatre nouveaux exemples de ce genre, appartenant aussi à M. Maisonneuve, sont brièvement rapportés par Velpeau dans son traité des Maladies du sein (2e édit., 1858, p. 534). Dans l'un existait une simple tumeur gommeuse sans ulcération des téguments ; dans les trois autres, il y avait à la fois ulcération des téguments et engorgement circonscrit du tissu même de la glande mammaire; dans les quatre cas, il existait d'autres manifestations syphilitiques, telles que gommes à la tête, périostoses, ulcères aux jambes; enfin,

1. Leçons clin, sur les affections cancéreuses, 2° part. 1854, p. 106.

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dans les quatre cas, la guérison avait été obtenue promptement par les préparations iodurées.

Appuyé sur ces exemples, M. Maisonneuve soutient que les affections syphilitiques du sein ne sont pas très rares, et qu'il faut considérer comme telles bon nombre de cancers guéris par les préparations iodurées.

Velpeau, qui publie ces observations à côté de celle de Richet, dit n'avoir pas rencontré de cas de ce genre; il publie néanmoins un fait qui semble s'en rapprocher, bien qu'il n'y soit pas question de syphilis l.

L'observation suivante a été communiquée, en 1855, à la Société anatomique, par M. Verneuil2.

Obs. VJ. — Il s'agit d'un homme qui avait été atteint, pendant la vie, d'une gomme de la mamelle, et chez lequel on constata, à l'autopsie, l'existence de deux tumeurs gommeuses au pancréas. M. Verneuil présenta les pièces à la Société, et donna, le premier, les résultats de l'examen histologique de ces tumeurs.

Celle du sein, soudée à la peau qui commençait à s'ulcérer, reposait sur le grand pectoral, auquel elle adhérait à peine; elle mesurait 6 centimètres de diamètre et 3 d'épaisseur; son tissu, à l'œil nu, rappelait l'encéphaloïde ramolli; on en faisait suinter, par la pression, un suc abondant, crémeux, lactescent et miscible à l'eau; il suffisait de promener l'ongle sur la coupe pour enlever par le raclage une certaine quantité de cette matière pultacée. Au microscope, on découvrait un élément uniforme, consistant en petits globules réguliers, de même volume que ceux de la lymphe (4, 5, et même 6 millièmes de millimètre). La trame de la tumeur était formée par des mailles irrégulières de tissu cellulaire. Les globules en question n'avaient aucune analogie de forme, de dimensions, d'aspect avec les noyaux du cancer; ils ne ressemblaient pas davantage à ceux de l'épithélium ; ils différaient aussi par leurs dimensions très variables des globules de la lymphe, avec laquelle ils présentaient, cependant, le plus d'analogie; mais le seul fait de l'absence des ganglions dans les points occupés par les tumeurs suffit pour écarter toute confusion à ce sujet. Les éléments histologiques dont ces globules peuvent être rapprochés, sont les noyaux ronds des cellules fibroplastiques, qui, bien distincts des noyaux allongés en grain de

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