DE LA SYPHILIS DANS SES RAPPORTS AVEC LE TRAUMATISME
Par le Dr L. Henki Petit. INTRODUCTION.
« Un jour viendra, prochain je l'espère, où chaque auteur, décrivant un état constitutionnel ou une maladie générale, songera à cette double question :
» 1° Quelle influence les lésions traumatiques peuvent-elles exercer sur cet état? 2° Quelle influence cet état peut-il exercer sur la marche et l'issue des lésions traumatiques? » (Verneuil.)
Dans ce travail, comme dans ceux qui ont élé déjà publiés sur les rapports qui existent entre les lésions traumatiques et les maladies générales, par M. Verneuil ou par ses élèves, la question se pose de la manière suivante : une lésion traumatique survenant chez un sujet syphilitique prendra-t-elle une apparence spéciale, suivra-t-elle une marche particulière ou se comportera-t-elle comme chez un individu vierge de toute contamination? Réciproquement, si un sujet syphilitique, actuellement sans manifestation de sa diathèse, vient à être blessé, la blessure provoquera-t-elle l'apparition de lésions dépendant de la syphilis?
1. Thèse inaugurale. Paris, 1875. — Plusieurs observations de ce travail ayant déjà été publiées dans les pages précédentes, nous ne les reproduirons pas ici; par contre, nous y ajouterons quelques documents historiques qui n'avaient pu être vérifiés au moment de l'impression de la thèse ; la plupart d'entre eux, relatifs aux auteurs allemands, ont été traduits ou résumés de l'important travail de Diisterhoff : Kritik der bisherigen Ansichlen ùber tien Einfluss der constitutionellen Syphilis auf den Verlauf der Kriegsverletzungen (Arch. f- klin. Chir. 1878, Bd. XXII, p. 637 et 901).
11 n'est guère de chirurgiens qui n'aient observé, dans les fractures, des cas de refard on d'absence de consolidation dus à cette cause1; mais on a lieu de s'étonner que, mis ainsi sur la voie, ils n'aient pas songé à étendre leurs recherches à toutes les autres lésions traumatiques, et que, constatant les vices du travail réparateur en cas de blessure des os, ils n'aient pas examiné si ce travail réparateur était normal ou non en cas de contusions, de plaies, ou d'opérations chirurgicales.
Ce n'est pas à dire pour cela qu'on ait toujours méconnu les faits évidents et qu'on ait négligé le traitement convenable quand la coïncidence syphilitique était dûment constatée, mais on ne trouve nulle part un chapitre distinct sur ce sujet.
Les livres les plus récents de Pathologie chirurgicale, ceux de Vidal (de Cassis), Follin, Nélaton, Billroih, Fano, ne font même pas mention de cette question; M. Desprès2 et M. Lancereaux 3 y consacrent à peine une page.
C'est cette lacune que nous allons nous efforcer de combler en mettant à profit les leçons de M. Verneuil, ainsi que les notes qu'il avait recueillies à ce sujet et qu'il a bien voulu nous communiquer.