‹ Mémoires de chirurgieChapitre 136 sur 209 · Duboué. De l 'impaludisme, Paris, 1867, p · texte numérisé non relu

Duboué. De l 'impaludisme, Paris, 1867, p

nous avons vu même que, dans ces conditions, la diathèse peut encore se développer. »

On le voit, les auteurs sont d'accord sur ce point : le traumatisme peut occasionner des accès de lièvre chez un individu actuellement soumis à l'action des miasmes. Pour le second cas, le rapport entre l'impaludisme et les complications qu'il apporte au traumatisme paraît moins évident, parce que la cause et l'effet peuvent être séparés par un intervalle souvent fort long : un homme a eu jadis des fièvres intermittentes ; il n'en a plus depuis longtemps ; qu'une lésion traumatique survienne, et des accidents d'origine palustre éclatent. Ceci n'a rien qui doive nous étonner, si nous nous rappelons que l'impaludisme se comporte comme une diathèse.

Que se passe- t-il, en effet, pour les autres diathèses? Ne voyonsnous pas tous les jours la syphilis, qu'on croyait guérie depuis longtemps, troubler la marche d'une lésion traumatique? Qu'a-t-il fallu pour réveiller cette affection depuis longtemps endormie? Une cause banale, un coup, une légère blessure. Quoi d'étrange, dès lors, que pareille chose ait lieu pour l'impaludisme? Nous avons vu, dans le service de M. Verneuil, un alaxique qui n'avait plus ressenti de douleurs fulgurantes depuis plusieurs années, être repris, sous l'influence d'une castration, de douleurs qui à la vérité n'ont persisté que pendant vingt-quatre heures.

Qu'un traumatisme ramène un accès de fièvre intermittente, n'est pas plus étonnant que ces observations de Torti, clans lesquelles des fièvres qui semblaient guéries récidivaient sous l'influence d'un purgatif. « Ne sait-on pas, dit Racle, qui rappelle ce fait, que l'on réveille bien des affections latentes par diverses pratiques intempestives. Un bain sulfureux fait apparaître une roséole syphilitique. »

Nous pourrions citer des faits analogues à celui de Racle : il n'est pas rare, d'après le témoignage des médecins les plus autorisés, de voir dans les stations thermales des accès de fièvre survenir sous l'influence du premier bain, chez les individus qui ont eu jadis des fièvres intermittentes.

Dans le traumatisme, des conditions spéciales se trouvent encore réunies pour favoriser les récidives : telle est la perte de sang qui manque rarement dans une plaie un peu étendue, ou dans l'opération la plus légère. Or, voici ce que nous trouvons dans Rorsieri l : « L'émission du sang a souvent pour effet, comme l'atteste Sydenham (Obs. médic, sect. I, cap. v), de donner aux fièvres intermittentes

1. Borsieri. Instituts de médecine pratique, trad. de Chauffard, t. I, p. 256.

le caractère pernicieux, d'en augmenter la durée, etc. Torti s'accorde avec Sydenham. Ramazzini (Costituzione Epidemica rurali, aun. 1690, §§90 et 41) a vu la saignée répétée être nuisible, et par suite les fièvres même récidiver. »

Duboué1 a signalé aussi l'influence des émissions sanguines sur le développement des fièvres ou autres affections palustres, et a publié une observation à l'appui.

Quant au troisième cas, l'influence de l'impaludisme, pour être moins souvent révélée par des accidents intermittents, n'est assurément pas moins évidente ; il s'agit de traumatisme survenant chez des hommes atteints de cachexie palustre ; le malade peut alors se présenter devant la lésion traumatique, soit comme cachectique, soit comme impaludé. L'anémie, la mélanénie, l'hypoalbuminose, cortège obligé de cette cachexie spéciale, sont déjà des causes suffisautes pour que la lésion traumatique soit mal supportée ; mais, en outre, elle peut être compliquée par des accidents aigus se développant comme dans le deuxième cas. Il se passe ici quelque chose d'analogue à ce qui a lieu pour l'intoxication saturnine chronique; tant que l'équilibre entre l'apport et l'élimination des molécules plombiques existe, il ne se produit pas d'accidents aigus; « mais dès que cet équilibre est rompu, dès qu'une certaine quantité de poison, venue du dehors, ou déplacée de la réserve des tissus, vient à repasser dans la masse du sang, on voit se produire des épiphénomènes aigus, dont le type le plus fréquent est la colique saturnine 2. »

En outre, il ne faut pas perdre de vue que la cachexie palustre s'accompagne toujours de lésions viscérales graves; qu'il nous suffise de rappeler les altérations organiques de la rate, celles du foie, si bien étudiées par Frerichs ; celles du rein, qui se compliquent si souvent de néphrite parenchymateuse chronique. Voilà, certes, plus de raisons qu'il n'en faut pour assombrir le pronostic des blessures accidentelles et chirurgicales. Rien, en effet, ne charge plus la mortalité des opérations, que les lésions viscérales méconnues ou cachées, révélées seulement sur la table d'amphithéâtre. M. Verneuil insiste tous les jours, dans son enseignement clinique, sur la gravité exceptionnelle des opérations dans de pareilles conditions. L'érysipèle pardonne rarement aux opérés dont le foie est cirrhotique ou graisseux, l'urémie emporte souvent ceux dont les reins sont altérés.

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