Communiquée par M. Méricamp, élève du service
Le 19 octobre dernier, dans un chantier de constructions, K..., lancé à une assez grande hauteur, est retombé lourdement sur le sol. Perte de connaissance qui a duré cinq minutes. Lorsqu'il est revenu à lui, il a ressenti au niveau du frontal et de l'occipital une douleur très vive, et une douleur moindre dans la région trochantérienne droite. La région occipitale et la hanche droite avaient surtout porté dans la chute.
Entré à l'hôpital le 20 octobre, le malade, clans une prostration complète, ne répond que faiblement et à grand'peine aux questions. T., 38°, 1 hier soir, 37», 3 ce matin. Douleurs au front, à l'occiput et surtout à la colonne cervicale, dont les moindres mouvements spontanés ou provoqués sont très douloureux. Au niveau de la deuxième et de la troisième vertèbre cervicale, la peau est rouge et la palpation révèle un empâtement considérable. M. Verneuil pense à une entorse cervicale. A la région trochantérienne droite, contusion presque insignifiante.
Pouls lent, petit, misérable, 60 pulsations, se rapprochant du pouls cérébral. Face vultueuse, faciès typhique, selles nombreuses, diarrhéiques, pas de troubles nerveux moteurs. Les crachats présentent quelques stries sanguinolentes, mais le malade nous apprend que, depuis son enfance, il est sujet aux épistaxis.
Les urines sont recueillies avec soin. Elles ne renferment ni sucre ni albumine; elles sont claires, limpides.
Du 20 au 21, oligurie : 700 gr.
Du 21 au 22, — 1100 gr.
Du 22 au 23, — 1700 gr.
Compresses d'eau blanche et injection de morphine à la région cervicale. La douleur se calme un peu, mais elle revient la nuit avec une telle intensité qu'elle rend le sommeil impossible.
Le 21, nouvelle injection, nouveau soulagement, nouveau réveil de la douleur pendant la nuit.
La céphalalgie fronto-occipitale va en augmentant depuis le premier jour, revenant surtout par accès nocturnes, tandis que la douleur cervicale va diminuant de jour en jour jusqu'au sixième, où elle a totalement disparu.
Le 24, l'état typhique persistant toujours, M. Verneuil prescrit l'émétique en lavage suivant le procédé de Desault. Les vomissements sont assez fréquents et assez abondants, et le bien-être relativement considérable dans la journée. Mais la céphalalgie a reparu toujours intense à onze heures du soir et n'avait pas encore disparu au moment de la visite du matin.
Le 25, température descendue de 38°,2 à 36o,4. Malgré l'absence, de troubles nerveux, mais en raison de la persistance de la céphalalgie, M. Verneuil admet la possibilité d'uue contusion cérébrale, et, dans le but de prévenir une congestion encéphalique, il prescrit l'opium à doses réfractées et successives. L'opium n'apporte qu'un soulagement momentané et l'accès douloureux reparaît dans la nuit avec une nouvelle intensité. Léger purgatif contre la constipation qui, depuis deux jours, a remplacé la diarrhée. Le pouls est toujours très lent.
Le 26, M. "Verneuil, frappé de cette intermittence, interroge de nouveau le malade, qui alors raconte l'accident arrivé deux ans auparavant ; il déclare ressentir dans l'iiypochondre gauche une douleur qui diminue par le décubitus sur ce côté et augmente lorsqu'il se couche sur le côté droit; la pression sur la région splénique provoque une vive douleur, tandis que le foie et l'épigastre sont absolument indolents; la rate n'a cependant guère augmenté de volume.
M. Verneuil pense alors que le traumatisme de la rate a créé un état constitutionnel latent semblable au paludisme et qui a été réveillé par un récent traumatisme. La céphalalgie ne serait alors qu'une forme larvée de la fièvre intermittente.
Le traitement a entièrement justifié ce diagnostic. On administre 1 gramme de sulfate de quinine à quatre heures de l'après-midi. La soirée est meilleure; la douleur toutefois a reparu vers minuit, mais avec peu d'intensité, et le sommeil a été possible pour la première fois depuis l'accident.
Mais un nouvel accès a eu lieu le 27 à huit heures du matin. Le sulfate de quinine a donc déplacé l'accès tout en diminuant sou intensité. Malgré une nouvelle dose de sulfate de quinine, l'accès ne s'est complètement terminé que vers neuf heures du soir, et la nuit s'est passée dans un calme absolu.
Le 28, la douleur splénique existant encore, on applique sur la région un vésicatoire volant qui la fait disparaître. Lavement purgatif. A deux beures de l'après-midi, la céphalalgie, peu intense du reste, avait complètement disparu ; il n'est resté qu'une faible pesanteur de tête, qui a disparu également sous l'influence du sulfate de quinine, le 31 octobre, époque à laquelle il a été suspendu.
Deux jours après, l'état général était excellent, le malade ne souffrait plus, pouvait remuer la tête, et c'est à peine si l'on constatait un peu d'empâtement et de rougeur à la partie supérieure de la colonne cervicale; le pouls était remonté à 72.
Le malade va à Vincennes, et, à sa sortie, il revient nous
apprendre que, dans la nuit du jeudi 9 novembre, la céphalalgie s'est réveillée pour disparaître le matin, mais avec une faible intensité. Ce premier accès a été suivi de trois autres dans la nuiL des 11, 12, 13; le sulfate de quinine en a eu raison et, depuis, la santé ne laisse rien à désirer.
Obs. V. — Splénite traumatique avec fièvre à type intermittent l.
X..., quarante-six ans, charretier, fut amené à l'Hôtel-Dieu, pendant la nuit du samedi (août 1876) dans le service de M. Gusco (M. Marchand, suppléant). Dans un mouvement de recul de son cheval, il fut pris entre sa voiture et un mur, au niveau de l'hypochondre gauche.
Le blessé souffrait beaucoup, au moindre mouvement et au moindre contact. Il n'a pas perdu connaissance, et n'a pas craché de sang. L'interne de garde fait appliquer douze ventouses scarifiées, qui procurent du soulagement et un peu de sommeil. La douleur à la pression est toujours aussi forte, surtout en arrière, sous les fausses côtes. Les côtes sontintactes ; pas de trouble urinaire. Le malade se sent très bien, à part la douleur : aucun symptôme général. Cataplasmes laudanisés el repos complet.
Le lundi, pas de changement.
Le mardi, état fébrile très marqué. Pendant la nuit, frisson violent suivi de sueurs profuses. X... vomit son potage le matin et se plaint d'un hoquet persistant. Rien à la poitrine; ventre un peu ballonné. Pouls, 120. Temp., 37°, 5. Diète. Cataplasme avec onguent mercuriel belladone. Le soir, temp., 39 degrés.
Le mercredi, même état. Hoquet persistant. Temp., 39°, 2. Pouls, 150. Même traitement.
Le jeudi, le malade se trouve mieux; il a dormi un peu. La douleur et le hoquet persistent. T., matin, 37°, 5; soir, 38°, 6. Même traitement.
Le vendredi, la fièvre a presque disparu. Hoquet persistant. Nourriture légère. Cataplasmes belladones.
Samedi, plus de hoquet.
Dans la nuit du samedi au dimanche, nouveau frisson suivi de chaleur et sueur jusqu'au moment de la visite; le malade se sent très bien ; la douleur à la région splénique existe toujours, plus de hoquet. Temp. normale, pouls aussi. 50 centigrammes de sulfate de quinine.