Besnier. Dict. encyc., art. Rate, p
Les quatre premières observations qui suivent ont été recueillies dans le service de M. Verneuil.
Obs. I. — Splénite traumatique chronique datant de deux ans.
Nouvelle contusion avec fracture de côtes. Fièvre à type intermittent rapidement guérie par le sulfate de quinine.
M. ..(Louis), chauffeur, trente-trois ans, entre à la Pitié le 15 novembre 1875, salle Saint-Louis, n° 16. C'est un homme robuste, bien portant, ni syphilitique, ni alcoolique. Il n'a pas été soldat, n'a jamais habité de pays palustre, et n'a jamais eu de fièvre intermittente.
Il y a huit jours, dans une chute de deux mètres de haut, l'hypochondre gauche porta sur une rampe de pierre. Cette région, ainsi que tout l'abdomen, fut le siège d'une vive douleur. M... put se relever et fut ramené chez lui peu après, à minuit et demi.
A peine couché, il fut pris, pendant une demi-heure, d'un violent frisson auquel succéda une vive chaleur qui ne cessa que le lendemain vers onze heures, à la suite d'une transpiration de courte durée mais très abondante.
La nuit suivante vers minuit, sueurs abondantes, mais le malade ne sait si elles furent précédées de frisson et de chaleur. Le médecin appelé fit mettre sept sangsues qui calmèrent la douleur, mais le soir il y avait toujours des frissons sans sueurs, ou des sueurs sans frissons. Au huitième jour M... entre à l'hôpital dans l'état suivant :
A l'hypochondre gauche on constate deux points douloureux : l'un au niveau d'une fracture de la 9e côte; l'autre, situé un peu plus bas, particulièrement énervant, augmente par la pression, la respiration et les mouvements ; la percussion est difficile à cause de l'extrême sensibilité du malade. Rien du côté de la plèvre ni des reins.
L'état général paraît assez grave ; M . . . est très souffrant ; face pâle et terne, regard éteint, forces anéanties, appétit nul, soif assez vive, sommeil agité et interrompu; température, 38,5.
Le diagnostic est ainsi posé : Splénite traumatique avec fièvre intermittente.
Le malade raconta alors qu'en novembre 1873 un sac d'avoine lui était tombé sur le côté gauche ; qu'il avait ressenti une douleur très vive qui s'était calmée peu à peu; cependant la région était restée sensible ; il y avait toujours éprouvé une sensation de pesanteur, de douleur sourde qui revenait surtout la nuit, lorsqu'il s'était fatigué, mais il n'avait jamais eu ni fièvre ni frisson; il y a deux mois la douleur assez gênante avait été dissipée par des sinapismes.
M. Verneuil interprète ainsi ce cas intéressant : Splénite chronique
très légère mais persistante, causée par une première chute; la seconde chute aggrave l'ancienne lésion et provoque l'explosion de la fièvre.
Éméto-cathartique le matin, puis 60 centigrammes de sulfate de quinine à prendre vers quatre heures.
Le lendemain à la visite, changement remarquable; la nuit a été très bonne, sans frissons ni sueurs; la douleur supérieure répondant à la côte cassée persiste, au contraire la douleur splénique a considérablement diminué. M.. . demande quelques aliments.
La médication quinique continuée pendant trois jours a fait complètement disparaître les symptômes généraux et locaux, à l'exception de la douleur au niveau de la fracture.
A partir du quatrième jour, la santé était rétablie, et le malade ne reste à l'hôpital que pour attendre la consolidation de l'os.
Obs. II. — Splénite traumatique; pleurésie double; accès de fièvre intermittente ; influence favorable du sulfate de quinine. — Guérison.
Le 9 octobre 1868, entre à l'hôpital Lariboisière, salle Saint- Louis, n°2,P... (Pierre), maçon, vingt-sept ans, né à La Souterraine (Creuse), où l'on observe fréquemment la fièvre intermittente. Cet homme, d'une bonne constitution, n'a jamais fait aucune maladie. Il a quitté son pays il y a huit ans pour venir à Paris qu'il a toujours habité depuis.
Il venait de tomber du toit d'une maison de six étages, lorsqu'il a été apporté à l'hôpital vers trois heures de l'après-midi. On constate à l'entrée : fracture de l'humérus droit à la jonction du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs; trois côtes fracturées à gauche, contusion de la rate; entorse du poignet droit; contusions multiples dans diverses autres parties.
Le lendemain, 10 octobre, état général bon, intelligence conservée ; rien n'indique une lésion sérieuse des centres nerveux. Le malade demande avec insistance à manger. Application de dix ventouses scarifiées sur la région splénique et au niveau des côtes fracturées.
Le 12 octobre, épanchement dans la plèvre gauche, oppression considérable; faciès fortement congestionné : ventouses scarifiées sur le côté gauche du thorax. Le soir, à cinq heures, accès de fièvre avec frissons, chaleur, sueurs profuses. Cet accès se prolonge bien avant dans la nuit.
Le 13 octobre, au matin, mieux sensible : l'appétit est bon; la
fièvre complètement tombée, le pouls calme, la figure bonne. Ou administre le sulfate de quinine à la dose de 1 gramme, avec 10 centigrammes d'opium ; on applique un vésicatoire sur le côté gauche.
Des accès de fièvre, semblables au premier, reparaissent à la même heure les 14, 15 et 16 octobre. Enfin ils cèdent au sulfate de quinine, que l'on administre chaque jour à la dose de 1 gramme avec 5 centigrammes d'opium. L'épanchement thoracique se résorba sous l'influence des vésicatoires. Depuis cette époque, jusqu'au 27 octobre, l'amélioration fut constante.
Dans la nuit du 28, le malade fut pris d'un violent frisson, de fièvre, d'oppression et d'un point de côté à droite, au-dessous du mamelon.
Le lendemain matin on constate un amaigrissement marqué, qui s'est produit rapidement, les traits du visage sont tirés, le malade est très abattu, son corps couvert d'une sueur visqueuse ; l'appétit qui s'était conservé excellent a complètement disparu. Le pouls est petit et fréquent. Il existe un épanchement considérable dans la plèvre droite et une arthrite du poignet. On pense à la pyohémie.
Sous l'influence des vésicatoires, l'épanchement thoracique disparaît, l'arthrite se guérit. L'état du malade s'améliore.
Le 22 novembre, on enlève l'appareil de la fracture de l'humérus, et on constate que la consolidation n'est pas effectuée après quarante-quatre jours. Appareil dextriné.
Obs. III. — Coup de brancard sur Vhypochondre gauche. Fracture de côtes. Splénalgie et hépatalgie. Fièvre à type intermittent. Dyspepsie tenace: alcoolisme. Guérison lente par le sulfate de quinine.
Antoine V..., chapelier, quarante-six ans, de constitution moyenne? mais jouissant d'une bonne santé habituelle, entre à la Pitié, salle Saint-Louis, n° 3, le 7 avril 1876.11 sortait de convalescence de Vincennes, après être resté 3 semaines à la Charité pour une fracture de côtes à gauche, produite par le choc d'un brancard. A cette époque violentes douleurs, craquements pendant la respiration, crachements de sang pendant quelques heures, avec fièvre, délire, et douleur très persistante au point contusionné.
Ne se trouvant pas bien au sortir de Vincennes, il entre à la Pitié. On constate la fracture aux cals volumineux des 6e, 7e, 8e et 9e côtes, qui sont encore douloureux; mais il existe aussi au-dessous des fausses côtes une douleur vive à la pression.
Cette douleur, plus profonde que celle de la fracture, siège certaine-
ment dans la rate; la région rénale n'est nullement douloureuse. Il y a de plus : sensibilité au toucher dans l'hypochondre droit, vomissements bilieux, toux fréquente et accès de fièvre; l'appétit est conservé.
Le foie n'est pas augmenté de volume, mais la douleur et les vomissements indiquent sinon une hépatite, du moins une congestion du foie avec hypersécrétion biliaire. Cet état pourrait s'expliquer soit par la solidarité entre le foie et la rate, soit par l'alcoolisme (le malade avoue boire trois litres de vin et plusieurs petits verres chaque jour); le contre-coup en est sans doute la cause principale.
Les poumons paraissent sains ; un peu de diminution du murmure respiratoire probablement par défaut d'ampliation de la poitrine dû à la douleur.
Pendant la nuit qui suivit la contusion, le malade eut de la fièvre avec délire, mais ces accidents disparurent et ce n'est que depuis quelques jours qu'il se sent chaque nuit, vers onze heures ou minuit, couvert de sueurs occupant toute la moitié inférieure du corps ; en même temps il accuse une douleur temporale assez vive et une grande faiblesse; pas d'envie de vomir pendant ces accès. Pas de chaleur ni avant ni après les sueurs. Au bout d'une heure les symptômes disparaissent. Nulle fièvre dans l'intervalle. Le caractère intermittent de ces accès fébriles et l'absence d'antécédents paludiques chez le malade, font penser à M. Verneuil que la lésion de la rate en est la cause, sans qu'il puisse se rendre compte de la nature de cette lésion.
Le 11 avril, éméto-cathartique le matin et 80 centigrammes de sulfate de quinine le soir. Pendant la matinée, teinte ictérique de la face et de la sclérotique; les urines ont une belle couleur acajou : par la chaleur et l'acide azotique elles prennent la couleur brune, puis rouge vineux. Pas d'albumine. L'action du sulfate de quinine a été pour ainsi dire instantanée; la première dose a empêché l'accès fébrile de se manifester. On continue les jours suivants, mais la douleur siégeant dans la région du foie et de la rate n'ayant pas diminué, le 13 on applique six ventouses sèches sur chaque région ; la douleur hépatique s'amende, mais non celle de la rate ; la teinte subictérique du visage est encore très prononcée. On met le malade au régime lacté.
Le 15 avril le lait, quoique pris avec appétit, est vomi. Les jours suivants, malgré la disparition complète de la fièvre et la diminution de la douleur produite par les révulsifs, les forces ne reviennent pas. Le malade ne dort pas et présente un faciès cachectique pro-
nonce. Tout en faisant la part de l'alcoolisme dans la production de ces symptômes, il est probable que l'état de la rate doit y être pour quelque chose.
Le 4 mai, l'état gérféral reste le même, quoique la douleur splénique ait presque totalement disparu. Ce n'est qu'en pressant fortement sur la région que le malade accuse une sensation désagréable. Pas de forces, appétit bon. Bain alcalin tous les deux jours. Le malade part pour Vincennes le 7 mai.
Deux jours auparavant, le bras droit est devenu engourdi. La sensibilité et les mouvements étaient abolis et les ongles noirs; pas de douleur ; au bout de deux heures tout était rentré à l'état normal.
On avait pensé, par suite de l'amaigrissement et de la toux, à la présence de tubercules pulmonaires, mais l'auscultation n'a pas confirmé ces craintes.
Cette observation est assez compliquée ; nous avons à la fois fracture de côtes, contusion du foie et de la rate, et enfin quelques manifestations alcooliques, d'où une association de symptômes dans laquelle il fut cependant assez facile de reconnaître ce qui appartenait à chacune des lésions.
Obs. IV. — Splénite traumatique chronique datant de deux ans.
Contusion de la région occipito-cervicale. Céphalalgie fronto-
occipitale intermittente (fièvre larvée). Guérison en quelques
jours par le sulfate de quinine1.
Kirsch (Pierre), âgé de vingt-quatre ans, bardeur de pierres, de moyenne constitution, jouit ordinairement dune bonne santé. Dans son jeune âge toutefois, il a été atteint de la variole, qui a laissé de nombreuses traces sur son visage. Il n'existe pas dans sa famille de maladie dominante; il n'a jamais eu de fièvre intermittente ni habile de pays paludéen.
Il y a deux ans, une roue de voilure a passé sur la partie supérieure de la région abdominale, et le traumatisme a été assez violent pour amener, pendant six semaines, des douleurs très vives au niveau de la région splénique, et une incapacité absolue de travail. Il lui en est resté un malaise et un sentiment de pesanteur presque continuels dans la région abdominale supérieure. Au mois de juin dernier, sans cause connue, fortes douleurs dans la région lombaire, s'irradiant dans les membres inférieurs et qui ont cédé à l'emploi de bains de vapeur.