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Observation prise par M. Michel, externe du service

2. Cette observation a été publiée par M. Verneuil dans la Gazette hebd., 22 octobre 1869, n° 43, p. 679.

Cocher de fiacre, 44 ans, de petite taille, mais robuste, étant en état d'ivresse, tombe de son siège dans la nuit du 28 juillet 1860, et se fracture la jambe droite à la partie inférieure; il est reçu aussitôt à l'hôpital Lariboisière, salle Saint-Louis, 14. Le membre est placé dans une gouttière.

Le 29 au matin, je constate une déformation caractéristique, sans plaie et sans contusion violente ; le péroné est fracturé obliquement au-dessus de la malléole. Les ligaments internes sont rompus. Je me mets en devoir de réduire la fracture. Le malade est en proie à la plus vive frayeur, il contracte énergiquement ses muscles et pousse des cris au moindre attouchement. Bientôt il pâlit, tombe dans un état, demi-syncopal, et vomit une grande quantité de liquide verdâtre. Je profite de ce moment pour réduire.

Le patient, revenu à lui et soulagé, parle très raisonnablement; il avoue qu'il boit un peu, et que souvent il vomit le matin à jeun un liquide filant.

Le membre est convenablement assujetti dans la gouttière ; 15 à 20 gouttes de laudanum seront administrées dans la journée.

Le 30 et le 31, état local et général aussi satisfaisant que possible; le malade ne souffre pas, il est gai, boit, mange, dort et parle très sensément.

Dans la soirée du 1er août, la scène change brusquement. L'agitation commence à la tombée de la nuit et va en croissant jusqu'au matin. Le malade crie, vocifère, injurie les gens de service, et crache tout ce qu'on veut lui faire prendre. Il cherche à se lever, et l'on est obligé de lui mettre les entraves.

A la visite du 2, le délire continue, le patient me reconnaît et me demande de le délivrer. Le déplacement s'est reproduit, et les bandes qui maintenaient le membre clans la gouttière sont tout à fait relâchées. Une ecchymose considérable s'est produite et remonte jusqu'au voisinage du genou. La face est vultueuse, la respiration large, mais irrégulière par suite des efforts, le pouls plein, très accéléré et tumultueux. Réduction nouvelle de la fracture. Contention avec un appareil de Scultet. Le malade consentant à prendre du vin, je prescris l'administration du laudanum à l'aide de ce véhicule; 40 gouttes sont ainsi ingérées dans le cours de la journée. Toutefois le délire et l'agitation ne cessent pas dans l'après-midi, la respiration s'embarrasse et le malade succombe vers six heures du soir.

Autopsie, vingt-cinq heures après la mort. — Face et téguments du crâne fortement congestionnés comme pendant le dernier jour de la vie. Les os du crâne et les méninges sont très injectés. La pulpe céré-

brale offre un piqueté très marqué à la coupe, mais sans trace de ramollissement; les ventricules sont remplis d'une sérosité rougeâtre assez abondante. Je m'attendais à trouver du côté du foie et des reins les lésions de l'alcoolisme, il n'en était rien; ces viscères sont gorgés de sang, mais n'offrent pas d'altérations notables de structure. La muqueuse stomacale, cependant, présente des taches ardoisées et des arborisations que le lavage et la pression ne font pas disparaître; c'est le seul indice anatomique des habitudes du malade.

Le cœur est sain et renferme du sang très noir, épais, demi-coagulé, sans caillots fibrineux. Les deux poumons sont congestionnés au plus haut degré; ils renferment peu d'air, et la coupe laisse suinter en abondance un sang analogue à celui qui remplit les cavités droites du cœur. En certains points, et surtout vers le bord convexe, le parenchyme pulmonaire est presque aussi dense que dans l'hépatisation rouge; cependant il ne tombe pas au fond de l'eau; çà et là la congestion va jusqu'à l'infiltration sanguine interstitielle, ou, si l'on veut, à l'apoplexie capillaire la mieux caractérisée.

Il y a fracture très oblique du péroné, arrachement complet des ligaments au niveau de la malléole interne, subluxation du pied en dehors, infiltration sanguine sous-cutanée remontant jusqu'au tiers supérieur de la jambe.

Obs. V. — Fracture simple delà jambe; délire alcoolique. — Inefficacité de l'opium. — Traitement par le vin. — Guérison l. Il s'agit d'un cocher qui ne buvait pas moins de cinq à six litres de vin par jour, sans s'enivrer. Le I01' mars il est apporté à l'hôpital Beaujon pour une fracture simple de jambe; mis à la diète de vin, ainsi qu'on a l'habitude de le faire dans les hôpitaux pour les cas de cette nature, il fut pris, le quatrième jour de son entrée, d'un délire nerveux violent. Il refusa une potion opiacée et prit en lavement 4 grammes de laudanum de Sydenham. Cette médication n'eut aucun résultat. Administration d'un demi-litre de vin et d'une potion vineuse; cessation des accidents.

Obs. VI. — Fractures de côtes et de la clavicule. — Abcès et furoncles. — Delirium tremens. — Guérison.

François!..., 47 ans, tonnelier, entre, le 26 août 1868, à l'hôpital Lariboisière, service de M. Verneuil, salle Saint- Augustin, n 7.

Il est tombé à la renverse en déchargeant une pièce de vin. On

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