Léveillé, loc. cit
-. Obs. de M. Saison; interne à l'hôpital Cochin. service de M. le Dr Le Fort.
épistaxis abondante, qui dure depuis plusieurs heures, sans qu'on ait pu l'arrêter par les moyens ordinaires.
On ne trouve d'autre cause à cette hémorrhagie que l'exposition aux rayons d'un soleil ardent pendant que le malade travaillait à charger sa voiture. Il dit, du reste, qu'il est sujet aux saignements de nez. A son entrée, il exhale une forte odeur alcoolique, mais il ne semble pas dans un état d'ivresse bien prononcé. L'écoulement, qui n'a lieu que par la narine droite, est facilement arrêté par un tampon intérieur imbibé d'une solution de perchlorure de fer.
Dans la journée du 4, le malade est en proie à des hallucinations : il croit voir ses camarades auxquels il parle; il voit aussi des bêtes de toutes sortes qui courent autour de son lit. Du reste, il est sans fièvre et l'appétit est conservé.
Le samedi 5, il répond d'une façon intelligente aux questions : on ne trouve dans ses antécédents aucun symptôme d'intoxication alcoolique. Il boit volontiers, mais il n'a jamais eu de vomissements pituiteux ; l'appétit est généralement bon, pas d'insomnie, pas de tremblement sensible. — Prescription : 15 centigrammes d'extrait, d'opium, à dose fractionnée.
Dans la nuit de samedi à dimanche, grande agitation; on met la camisole de force.
Le dimanche matin 6, on le trouve extrêmement agité, furieux d'être attaché et cherchant à se débarrasser de ses liens; on lui ôte la camisole de force et il se calme de lui-même. — Prescription : 30 centigrammes d'extrait d'opium.
Les hallucinations ont continué dans la journée ainsi que la loquacité; le soir, A... est calme et répond assez bien aux questions; seulement la face est légèrement injectée et les yeux un peu hagards l.
L'agitation a repris pendant la nuit, et le malade meurt le 7 à cinq heures du matin, après une période de coma extrêmement eourte.
Il a malheureusement été impossible de faire l'autopsie.
Obs. XIV. — Angéioleucite; delirium tremens. — Mort; autopsie.
Henri H... 58 ans, cocher, entre le 21 septembre 1869 dans le service de M. Verneuil.
On manque de renseignements sur ses habitudes, sur l'époque à laquelle remonte son affection; la religieuse dit qu'à son entrée cet
1. Il est plus que probable qu'il existait dans ce cas une lésion assez avancée <!u foie ayant donné lieu à l'épistixis. — A. V.
homme présentait du trouble dans les idées, de l'agitation, du tremblement ; cet état a duré toute la nuit; on a administré 25 gouttes de laudanum.
Le 22, à la visite, on trouve une angéioleucite intense occupant toute la jambe gauche; le malade est atteint d'un tremblement marqué de tout le corps, présentant son maximum aux. membres supérieurs; ce tremblement augmente encore dès qu'on s'approche du lit. Le délire toutefois parait peu violent, les réponses sont souvent nettes; parfois cependant elles manquent de précision et de clarté; la mémoire semble faire défaut.
Le malade raconte qu'ayant une petite plaie au niveau de la malléole interne de la jambe gauche, il l'a pansée avec du tabac, et que c'est à la suite de ce pansement que le gonflement et la rougeur du membre se sont manifestés. Il ne peut préciser la date du début de son mal; il dit bien qu'il avait la jambe enflée depuis plusieurs années, peut-être par suite d'une disposition variqueuse, masquée actuellement par la tuméfaction des tissus. Il tremble, paraît-il, depuis fort longtemps, mais le tremblement ne le gênait pas ; il est cocher depuis vingt-cinq ans et n'a jamais eu d'accident de voiture, ce qui indiquerait que ses mouvements ont d'ordinaire plus de précision qu'aujourd'hui. On lui demande s'il boit du vin ou de l'eau-de-vie : ((Del'eau-de-vie,s'écrie-t-il,pas un seul débitant de mon quartier ne voudrait m'en vendre ! » Cela prouve que sa réputation d'ivrogne est notoire dans son voisinage, et nous éclaire sur ses habitudes, bien qu'il prétende ne pas abuser des liqueurs alcooliques. Pu reste, il dit qu'il a fréquemment le matin la pituite et des vomissements bilieux; il mange peu, habituellement il dort bien la nuit, mais ressent souvent des picotements dans les pieds et des crampes dans les mollets.
Ce matin, la chaleur de la peau est modérée; la face est rouge sans être vultueuse; les conjonctives sont légèrement injectées, l'œil un peu hagard; le pouls bat à 60; cependant il y a anorexie, soif vive, langue blanche et sèche. — Prescription : Position élevée du membre. Onguent napolitain, cataplasmes, 15 grammes de sulfate de soude. Le soir, potion avec la teinture d'aconit.
23 septembre. — La nuit dernière a été plus agitée ; à chaque instant le malade voulait se lever. 25 gouttes de laudanum, gilet de force.
Ce matin l'agitation persiste; le malade jette bas ses couvertures, fait de grands efforts pour se débarrasser de ses liens ; la conjonctive est rouge, humide, la peau chaude, la sueur peu abondante pourtant; grande loquacité; incohérence dans les idées; cependant ce qu'il dit est intelligible ; il comprend même quand on lui parle avec autorité;
la langue est très sèche. Le pouls bat à 96; rien du côté des organes thoraciques ; à la percussion, le foie paraît avoir son volume normal. La lymphangite remonte par une large traînée rouge, le long de la face interne de la cuisse, jusqu'au pli de l'aine. M. "Verneuil pratique quelques incisions en divers points delà jambe malade qui paraissent être le siège d'un empâtement plus marqué; il s'en • écoule du sang noirâtre, mais pas de pus.
24. — Le'déliren'a pas cessé depuis hier matin; la nuit a été très agitée. 25 gouttes de laudanum. — M. Verneuil avait recommandé l'analyse des urines; mais l'agitation du malade n'a pas permis d'en recueillir. Ce matin l'excitation est extrême; les mouvements sont désordonnés; le malade pousse des cris furieux; le corps est baigné de sueur, la face et les yeux fortement injectés ; peau chaude, pouls fréquent, irrégulier, respiration gênée. Vers la fin de la visite, le malade tombe dans la prostration; la respiration est haletante. Mort à une heure après midi.
Autopsie vingt-quatre heures après.
Crâne. — Pas d'engorgement des sinus. La dure-mère incisée, il s'écoule environ cinq ou six cuillerées à soupe de sérosité. La pie-mère est modérément injectée. A la coupe, la pulpe cérébrale présente un léger piqueté. Il y a à peine une cuillerée à café de sérosité dans les ventricules latéraux; pas d'injection des plexus choroïdes; pas de plaques laiteuses à la surface de la pie-mère; pas d'adhérences des méninges; la pulpe cérébrale a la consistance ordinaire; en aucun point on ne trouve de foyer apoplectique. Le cerveau a son volume normal et n'exhale aucune odeur alcoolique. Thorax. — Congestion hypostatique des deux poumons, vers les bases et les bords postérieurs. Pas d'apoplexie. La congestion est plus marquée dans le poumon droit, qui adhérait à la paroi thoracique par des fausses membranes anciennes. Pas de liquide dans le péricarde; le cœur n'offre de particulier que sa coloration pâle; pas de surcharge graisseuse; pas de caillots dans l'artère pulmonaire; les cavités droites sont pleines d'un sang très noir, demi-liquide; le ventricule gauche en contient aussi un peu; valvules saines. L'examen microscopique ne dénote aucune altération des fibres musculaires de l'organe.
Abdomen. — Le foie a son volume normal; couleur jaune pâle et uniforme, bien que ce viscère soit gorgé de sang noir ; la coupe graisse le couteau. Le microscope montre les cellules hépatiques remplies de vésicules graisseuses; on n'en trouve pas qui soient indemnes. La vésicule biliaire très distendue a doublé de volume.
Les reins sont congestionnés, surtout au niveau des pyramides; la substance corticale commence à subir la dégénérescence granulo-graisseuse.
La rate est rouge foncé, très friable. Pas d'infarctus.
L'estomac ne paraît pas dilaté; les parois semblent amincies; la muqueuse présente sur toute son étendue des plaques rouges, ecchymotiques, irrégulières, très rapprochées les unes des autres et qui ne disparaissent pas sous un filet d'eau. Rien à noter dans le reste du tube digestif.
Membre malade. -- Les lymphaliques qui partent de la jambe ne contiennent pas de pus; il n'y en a pas davantage dans la veine saphène, ni dans la veine fémorale, ni dans les ganglions inguinaux; mais ces derniers sont très injectés, ainsi que la portion de séreuse péritonéale qui avoisine le pli de l'aine.
Obs. XV. — Fracture simple de jambe; délire alcoolique. — Traitement par l'alcool. — Guérison i.
A un homme qui s'était cassé la jambe, Alex. Monro ordonna pour boisson ordinaire du petit-lait coupé et du lait de gruau; ce malade ne dormit pas la nuit suivante.
Le lendemain, soif et céphalalgie, pouls fort, agité et petit.
Monro s'imagina que quelques ivrognes, qu'il avait vu sortir, avaient fait boire des liqueurs fortes au malade; il fit surveiller attentivement et recommanda une diète rigoureuse. La nuit suivante, insomnie etdélire; le malade, échappé de son lit, avait jeté la boîte qui contenait sa jambe réduite; il avait des soubresauts dans les tendons et ne reconnaissait personne. Un ivrogne était présent : il assura qu'on tuerait le malade si ou ne lui permettait l'usage de la bière et de l'eau-de-vie, parce qu'il menait depuis plusieurs années une conduite fort peu régulière. Au lieu d'une petite quantité qui fut accordée, il but une quarte de bière et un poisson d'eau-de-vie, ce qui amena le sommeil et calma le transport. On s'en tint donc à ce régime pendant tout le reste du traitement. — Guérison sans le moindre accident.
Obs. XVI. — Fracture du rocher; délire alcoolique; épilepsie.
Guérison2.
Edouard M..., 38 ans, camionneur, entre le 26 février 1868 dans le service de M. Verneuil.