‹ Mémoires de chirurgieChapitre 65 sur 209 · Léveillé, loc. cit · texte numérisé non relu

Léveillé, loc. cit

2. Le sujet de cette observation est celui dont il a été question dans l'observation XI.

Le 24 février, vers cinq heures du soir, cet homme, étant en étal d'ivresse, tomba de sa voitnre et se frappa contre la roue la partie postérieure du crâne; il fut relevé sans connaissance et transporté chez lui ; pendant la nuit, il vomit à plusieurs reprises du sang et de la bile; il y eut un léger écoulement de sang par l'oreille droite et des mouvements convulsifs répétés. Il ne reprit ses sens que vers huit heures du matin. Un médecin appelé ordonna l'application de 20 sangsues aux apophyses mastoïdes. Le lendemain 26, on conduisit le malade à l'hôpital.

On constate un peu d'hébétude, l'intelligence pourtant n'est pas complètement obscurcie; la mémoire surtout paraît atteinte : les circonstances de l'accident sont racontées par le malade autrement que par les témoins; il dit qu'il n'avait pas bu et il est prouvé qu'il était ivre. Il nie formellement les habitudes alcooliques ; mais nous apprenons qu'il a été soldat et a fait un congé en Afrique; là, il a contracté l'habitude de boire de l'absinthe; et, malgré l'absence d'antécédents dans sa famille, vers la fin de son congé, il est devenu épileptique. Il s'est marié en quittant l'armée, mais il a conservé ses habitudes d'intempérance. Il a eu, cinq ans auparavant, de fréquentes attaques, souvent la nuit, sans se réveiller; sommeil toujours agité ; tremblement le matin au réveil ; humeur très irascible. Du mariage sont nés cinq enfants, tous morts avant l'âge de six mois dans des attaques de convulsions. Il y a sept ans, lemalade futatteint de pneumonie et dan s le cours de sa maladie eut, pendant plusieurs jours, des symptômes dont l'ensemble se rapporte bien au delirium tremens. Depuis cinq ans, il a des hémorrhoïdes qui fluent périodiquement : depuis leur établissement, les accès d'épilepsie ont cessé ; il n'y a plus que de loin en loin des secousses convulsives la nuit. Pendant les quinze jours qui ont précédé l'accident, le flux hémorrhoïdal a été très abondant.

27. — A la visite, on constate tous les signes d'une fracture du rocher droit : paralysie faciale, surdité, écoulement séreux par l'oreille, ecchymose sous-palpébrale, etc. Prostration un peu plus marquée que la veille; somnolence, peu d'appétit, pas de fièvre ni de chaleur à la peau. Rien d'anormal du côté des membres ni des cavités splanchniques.

28. — Flux hémorrhoïdal très abondant; prostration plus accusée; pouls lent, cérébral; pas d'augmentation de chaleur à la peau. — Prescription : 18 sangsues appliquées successivement, deux par deux, dans la région mastoïdienne.

29. — Un peu de subdelirium à forme paisible. Pas de fièvre. —

Calomel, 50 centigr. ; jalap, 50 centigr., à prendre en deux doses.

t mars. — Le délire n'a pas cessé; exacerbation le soir; un peu de réaction fébrile, cris, agitation plus marquée. — 3 gouttes de laudanum de Rousseau, à prendre toutes les heures.

A la visite du soir, M. Laurent, interne du service, croit qu'il s'agit plutôt d'encéphalite que de delirium tremens et fait supprimer l'opium; mais le lendemain M. Verneuil persiste dans son opinion et rétablit la médication.

Le 4, le délire a diminué, mais non cessé.

Le 8, encore un peu de délire; il y a plutôt agitation musculaire que désordre dans les idées; ce jour-là, le malade est pris subitement d'attaques épileptiquesbien caractérisées; elles se renouvellent plusieurs fois dans la journée. M. Verneuil prescrit 3 grammes de bromure de potassium à prendre dans les vingt-quatre heures.

Encore du subdelirium ; mais les convulsions n'ont pas reparu : on continue le bromure à la même dose.

Le 10, plus de délire.

Le 17, le malade sort dans le jardin.

Le 27, il quitte l'hôpital; bon état général; facultés intellectuelles nettes, sauf la mémoire qui paraît affaiblie; paralysie faciale toujours apparente. Bromure de potassium continué aux mêmes doses.

Jusqu'au 30 mai, le malade vient de temps en temps à la consultation. 11 n'a pas cessé l'usage du bromure ; les crises épileptiformes n'ont pas reparu; mais la paralysie faciale persiste et il y a quelques troubles de la vision du côté paralysé.

Obs. XVII. — Fracture du rocher; délire alcoolique; méningite traumatique. — Mort ; autopsie.

G..., 51 ans, homme de peine, entre le 17 octobre 1868 clans le service de M. Verneuil.

Ce jour-là, étant en état d'ivresse, il tombe du haut d'une échelle, se frappe la tête contre le sol et perd connaissance. A son entrée à l'hôpital, on constate un écoulement de sang par l'oreille droite.

Le 18 octobre, à la visite du matin, écoulement séreux, très légère déviation de la face. Le malade est dans un certain état de prostration; on lui parle, il ne répond pas un mot; mais on apprend qu'il est complètement sourd depuis longtemps. On lui présente des questions écrites; mais il ne sait pas lire : il est donc très difficile d'entrer en communication avec lui et d'en tirer aucun renseignement. Cependant l'intelligence n'est pas complètement abolie; quand on fait signe au malade de montrer la langue, il la tire, mais après

VERNEUIL. m. — 13

avoir hésité un instant, comme s'il y avait retard dans les perceptions. Peau modérément chaude; pouls lent, cérébral, 54 pulsations. Insensibilité complète de tout le tégument externe ; on a beau pincer, piquer le malade, il ne sent rien; motilité intacte. Toutefois la sensibilité au froid paraît conservée, car chaque fois qu'on découvre le patient il en paraît incommodé et cherche à remettre les couvertures en place; le chatouillement des pieds détermine des mouvements réflexes manifestes.

M. Yerneuil diagnostique une fracture du rocher droit; il pense que la stupeur observée peut résulter de la commotion cérébrale, à laquelle se joint peut-être l'influence de l'ivresse de la veille. — Prescription : 10 sangsues à la nuque.

18. — Pendant la journée d'hier, le malade a été très agité : il quittait son lit à chaque instant et courait dans la salle, mais sans proférer un cri, une parole; il avait alors la face rouge, animée et couverte de sueur. La nuit pourtant a été calme. Ce matin, à la visite, l'agitation n'a pas reparu. On apprend alors que le malade, grand buveur d'eau-de-vie, en boit chaque jour près d'un litre. M. Yerneuil pense qu'il s'agit de delirium tremens, d'autant plus que le malade a bien l'habitus d'un alcoolique. Toutefois, il ne rejette pas complètement l'idée d'une méningite traumatique, car le pouls est plus fréquent que la veille, la peau plus chaude, la langue plus sèche. — Prescription : 5 ou 6 gouttes de laudanum toutes les deux heures. La paralysie faciale n'est pas plus accusée; la prostration et le mutisme persistent; il y a un peu de contracture des membres inférieurs. Piespiration gênée, fréquente, courte et bruyante ; rien pourtant d'anormal à la percussion et à l'auscultation. Battements du cœur un peu sourds. Le foie a ses dimensions ordinaires. Le malade a déféqué et uriné dans son lit, non que les sphincters soient paralysés, mais sans doute parce qu'il n'en a pas conscience, ou parce que, privé de la parole, il ne peut demander le bassin.

20. — En six fois, 40 gouttes de laudanum ont été prises. Journée plus tranquille ; à la visite du soir, le pouls à 84 ; nuit calme ; le malade ne s'est pas levé. Ce matin, peau chaude, pouls à 96, stupeur plus marquée ; le malade met plus de difficulté à montrer la langue, qui est un peu sèche et noirâtre au milieu, rouge sur les bords. Au lieu de contracture, il y a résolution incomplète des membres inférieurs. Pas de miction ; la sonde cause un peu de douleur; urines normales. On soupçonne un peu de narcotisrne : si la prostration persiste, larges vésicatoires aux cuisses, calomel à l'intérieur; si le délire se reproduit, opium à doses fractionnées.

21. — Journée tranquille : à la visite du soir on a appliqué deux larges vésicatoires à la face interne des cuisses; mais la nuit le malade a eu encore de l'agitation et arraché l'un des emplâtres ; l'agitation n'a pas duré. Ce matin peau chaude, pouls à 100, langue sèche, stupeur moins marquée, respiration gênée.

22. — Journée calme. Vers le milieu de la nuit, hoquet qui a cessé au bout d'un certain temps pour reprendre ce matin. A la visite, état grave : face altérée, corps entier couvert d'une sueur visqueuse ; respiration haletante, bruyante, trachéale.

Le malade meurt quelques instants après la visite .

Autopsie, trente-six heures après la mort.

Crâne. — A droite, en arrière, dans la région occipito-temporale, large ecchymose sous-cutanée ; dans la partie correspondante, décollement de la dure-mère, épanchement de sang entre le feuillet décollé et l'os. Fracture parallèle et antéro-postérieure du rocher et de l'occipital.

Yascularisation marquée des méninges cérébrales, surtout à droite; en ce point, correspondant à l'épanchement, la face interne de la dure-mère est recouverte d'une couche purulente assez épaisse *, non mêlée de sang. On n'observe pas d'épaississement.

Épanchement sanguin au niveau de la corne antérieure gauche ; le cerveau, sur une surface de -4 centimètres environ, est transformé en une bouillie sanieuse.

Au voisinage, la face interne de la dure-mère est recouverte d'un dépôt adhérent, rougeâtre, analogue pour la consistance au dépôt purulent déjà signalé. Des deux côtés, la faux du cerveau est recouverte du même dépôt sanieux.

Absence complète de liquide dans les ventricules latéraux.

Th orax. — Adhérences nombreuses, solides et anciennes, des deux

1. Ce pus, ainsi que celui que l'on trouve au niveau de la corne antérieure, n'est pas crémeux, opalin, comme le pus que l'on observe dans la méningite franche; il est plutôt gélatineux, colloïde, ressemblant à ces produits inflammatoires que l'on rencontre parfois dans les plèvres et dans le péritoine chez les sujets alcooliques. ^ous avons fait la même remarque chez un sujet dont nous avions pris l'observation à l'hôpital Cochin, dans le service de 31. le Dr Le Fort; malheureusement, cette note a été égarée; il s'agissait là, non d'un traumatisme du cran e, mais d'une fracture compliquée de l'humérus. Pendant plusieurs jours, le malade présenta les symptômes du délire alcoolique ; à l'autopsie on trouva à la face inférieure du cerveau, près des bandelettes olfactives, deux ou trois petits agglomérats de la matière décrite plus haut; il y en avait aussi à la face inférieure du cervelet; on crut à une méningite, et cependant ce n'était pas le vrai pus méningitique que l'on avait sous les yeux. On dirait que dans ces cas le processus inflammatoire est incomplet.

côtés, pas d'épanchement. Congestion généralisée des deux poumons; pas d'hépalisation.

Pas de liquide dans le péricarde; le cœur a son volume normal, il paraît flasque, décoloré; pas de surcharge graisseuse, pas d'altérations valvulaires. L'examen microscopique, fait par Terrillon, donne les résultats suivants : Toute la moitié externe de l'épaisseur de la paroi est saine; la moitié interne présente une altération graisseuse assez avancée; les fibres musculaires sont granuleuses; les stries sont entièrement masquées par ces granulations, qui ne se dissolvent pas dans l'acide acétique.

L'altération des fibres des piliers est plus profonde encore. Toutes ces fibres sont très friables, car si l'on cherche à les dissocier, on ne les enlève que par lambeaux.

Abdomen. — Adhérences nombreuses, résistantes et anciennes de Tépiploon avec les parois.

L'estomac a son volume ordinaire; la muqueuse ne paraît ni épaissie, ni ramollie; mais elle présente des arborisations marquées et des ecchymoses limitées qui ne disparaissent ni par le lavage ni par le grattage ; quand on les examine au microscope, on voit qu'elles sont situées sous la muqueuse et remontent à un temps déjà éloigné, car la plupart d'entre elles présentent à leur surface des cristaux d'hématoïdine. En certains points on voit des vaisseaux rompus, avec des caillots à leur extrémité.

Le reste de l'intestin ne présente rien de particulier ; cependant le csecum présente aussi des ecchymoses ressemblant beaucoup à celles de l'estomac; elles ne disparaissent pas sous un courant d'eau, mais on les enlève en raclant avec l'ongle.

Les reins, la rate et le pancréas n'offrent aucune altération appréciable.

Le foie a sa forme, sa consistance, sa couleur et son voluma ordinaires. A sa face convexe on observe seulement quelques taches jaunâtres, peu étendues, groupées en certain nombre. La coupe n'offre rien de particulier; le couteau ne paraît pas graissé. L'examen microscopique montre que les plaques de la surface sont composées par du tissu embryonnaire, des agglomérations de cellules petites et nombreuses, dont quelques-unes sont graisseuses et d'autres désagrégées. Chaque petite plaque fait saillie du côté du tissu propre du foie et aplatit les lobules voisins.

Quand on porte sous le microscope une mince tranche du tissu hépatique, on observe : 1° Que toutes les cellules de la zone périphérique du lobule hépatique sont brillantes et contiennent des

gouttelettes de graisse, ordinairement deux ou trois par chaque cellule. Le noyau de la cellule a complètement disparu ou bien est masqué par delà graisse. Toute cette zone paraît jaune. — 2° La partie interne du lobule est congestionnée, rouge; les cellules y sont granuleuses, mais sans altération évidente.

La vésicule biliaire ne présente rien à noter.

Obs. XVIII. — Fracture du tibia compliquée de plaie; delinum tremens. — Mort rapide.

Constant G.., marchand de vaches, 34 ans, entre le 10 septembre 1868, à onze heures du soir, à l'hôpital Laribosière, salle Saint- Augustin, n° 31.

Ayant reçu un coup sur la jambe gauche, il est immédiatement transporté à l'hôpital ; le membre, placé dans une gouttière, est arrosé d'un liquide résolutif.

Le 11, M. Anger constate une fracture du tibia gauche, au tiers inférieur, sans chevauchement marqué, mais dont le foyer communique avec l'extérieur par une plaie large comme une pièce de deux francs et qui laisse voir les fragments. On se contente de mettre des cataplasmes sur la partie lésée. Le malade demande à manger. C'est un homme très robuste, à la face rubiconde; sa profession l'expose, dit-il, à de fréquentes libations, mais il supporte très bien le vin, et n'arrive que très rarement à l'ivresse. Aucun signe évident d'alcoolisme chronique.

La journée du 11 se passe bien; la nuit suivante il y a de l'in-. sommie.

Dans la journée du 12, un peu de malaise, de céphalalgie, d'embarras gastrique. Le soir, le malade est pris de délire avec agitation; il veut à toute force se lever et s'en aller chez lui; on lui met la camisole et on lui donne 20 gouttes de laudanum.

13. — Le délire, qui n'a pas cessé la nuit, dure encore ; la face est animée, les yeux humides, la peau chaude, le pouls fréquent, la langue blanche, la soif très vive. Il n'y a pas une très grande agitation ; le malade parle de ses occupations, de gens qui l'ont trompé dans un marché ; son idée dominante est de se lever et de s'en aller, mais il ne fait pas pour cela d'efforts trop violents. Vers trois heures de l'après-midi il y a un peu plus d'exaltation; le malade crie beaucoup; on lui a administré 25 gouttes de laudanum à dix heures du matin, autant à midi, et une dose égale à trois heures. Vers quatre heures, le malade tombe tout à coup clans le coma et meurt une demiheure plus tard, c'est-à-dire moins de trois jours après l'accident.

À l'autopsie, on trouva une dégénérescence graisseuse du foie. La muqueuse stomacale présentait des taches grisâtres vers le pylore. Il y avait épaississement des méninges.

Obs.XIX. — Fracture compliquée de la jambe droite; amputation au lieu d'élection; gangrène du lambeau antérieur ; hémorrhagie; delirium tremens; attaques épilepli formes, fracture intercurrente de la jambe gauche; accidents tétaniques. —Mort l. Jean Baptiste N..., 49 ans, entre le 15 août 1868 dans le service de M. Verneuil.

Etant en état d'ivresse, il s'est fait une fracture compliquée de la jambe droite. L'amputation au lieu d'élection est immédiatement pratiquée. Au bout de quelques jours le lambeau antérieur se gangrène légèrement; le 22 août, hémorrhagie par ce même lambeau; elle a lieu en deux endroits par petits jets faibles; l'écoulement du sang est peu abondant; il y a quelques caillots dans les interstices musculaires. Les urines examinées ne renferment ni sucre ni albumine. Le même jour, le malade est pris de delirium tremens et d'attaques épileptiformes.

Le 1er septembre, le malade se lève de son lit, tombe et se fracture l'autre jambe où se trouvait une plaie contuse, en voie de guérison, et qui ne communique pas avec le foyer de la nouvelle fracture. On applique un appareil; à l'autre membre la plaie d'amputation se sèche. Il survient de la dysphagie, du trismus; le soir, un peu d'opisthotonos ; mort le 2 septembre.

A l'autopsie, pratiquée vingt-quatre heures après, on ne trouve ni abcès méfastatiques, ni phlébite. Il n'y a qu'un petit foyer purulent sous les jumeaux.

Foie gras, sans abcès.

Obs. XX. — Fracture compliquée des deux jambes ; occlusion à gauche, résection à droite; délire probablement alcoolique. — Mort cinquante-quatre heures après l'accident. Anémie cérébrale; foie gras 2.

Obs- XXL — Fracture compliquée de la cuisse; amputation; delirium tremens. — Mort z.

L..., 51 ans, charretier, adonné à l'ivrognerie, entre avec une

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